dimanche 13 septembre 2015

souvenirs danois

En août 2015, je suis allé passer cinq jours au Danemark.  J'avais été invité par ma copine Inga à la rejoindre ainsi qu'un groupe de ses amis et des amis de leurs amis à Vejby, une petite ville maritime à environ 58 kilomètres au nord de Copenhague.  Comme ça allait être mon premier voyage en Scandinavie, j'étais très enthousiaste mais surtout curieux.  Il y avait aussi le fait de passer du temps avec six inconnus qui me rendait un peu anxieux, d'autant plus qu'ils semblaient se connaître déjà pour la plupart.  Mais ils avaient l'air sympathiques d'après les mails échangés dans le groupe et Eglantine, qui avait organisé le séjour avec Inga, ne pouvait pas être plus accueillante par rapport à ma participation.  C'était aussi génial que nous habitions tous dans la région parisienne.  J'avais l'idée que s'ils arrivaient au Danemark avant moi pour démarrer les festivités, le moins que je puisse faire, ce serait de contribuer à la bonne ambiance une fois que je serais sur place.

Voilà un retour au "Danmark", en photos et dessins.


C'était au Frederiksborg Slot, à Hillerød, que j'ai fait mon premier arrêt avec la bande après avoir rencontré certains d'entre eux à l'aéroport de Copenhague et d'autres à la gare d'Hillerød quelque temps plus tard. Nous étions huit au total ‒ Inga, Eglantine, Vincent, David, Christophe, Nilu, Olivier et moi-même ‒ pour affronter ce château, qui abrite le Musée national d'histoire.


Le domaine élégant du château m'a donné l'idée de sortir mon carnet.  J'ai réalisé ce croquis au site de notre pique-nique, sur une pelouse qui se trouvait adjacente au jardin baroque et qui offrait une vue splendide du château à l'autre côté du slotssø (lac de château).  Si on pouvait regarder à l'intérieur du château pendant que je le dessinais, on pourrait trouver le reste de la bande, dans une salle ou plusieurs d'entre elles, en train d'admirer les collections du musée.


Voilà un moment intéressant, pendant lequel j'ai appris un peu de la culture danoise.  Deux jeunes à vélo, probablement adolescents, se sont pointés derrière moi sur la pelouse où je croquais, ont laissé tomber leurs vélos contre le tronc d'un arbre proche et s'en sont allés aussitôt à pied, nonchalamment.  Je les ai regardés jusqu'à ce qu'ils disparaissent de vue.  Pourtant leurs vélos n'étaient verrouillés ni attachés à rien.  Vraiment, rien.  Quand j'avais arrêté de croquer et j'allais partir, quelque quinze minutes plus tard, les vélos étaient encore là.  J'ai observé des situations similaires plusieurs fois pendant le reste du séjour, où des vélos étaient garés dans des lieux publics ‒ de l'entrée d'un célèbre site au mur extérieur d'une maison au bord de la rue ‒ sans antivol.


Après une journée riche en visites touristiques, nous nous sommes arrêtés près de la plage dans notre quartier à Vejby pour regarder le soleil se coucher.  J'ai vite compris que cette activité était devenue une sorte de tradition dans le groupe.  Enchantés, Christophe, Olivier et Vincent absorbaient tout.


Le jour suivant était marqué par une visite à Louisiana, soit "le plus beau musée d'art moderne dans le monde", situé à Humlebæk.  L'une des découvertes importantes de notre visite était une ambitieuse exposition sur l'Afrique qui présentait des oeuvres multimédias, architecturales et sculpturales remarquables des artistes majoritairement d'origine africaine et avec divers points de vue.


Jouer au volley-ball ‒ or à quelque chose qui ressemble plus ou moins au volley-ball ‒ sous le soleil dans la mer à bord d'un beau musée est généralement une proposition attrayante.  Dommage que j'aie laissé mon maillot de bain à la maison.



"Gleaming Lights of the Souls"
de Yayoi Kusama est l'une des attractions principales du musée, sans conteste.  Et moi, captivé largement par le paysage littoral du sculpture park du musée, j'aurais raté cette installation si je n'avais pas entendu certaines personnes de notre groupe demander à d'autres "Vous l'avez vu ?  Vous l'avez vu ?" vers la fin de notre pique-nique.  Naturellement, j'étais curieux.  "Vu quoi ?", ai-je demandé.  Ils ne pouvaient pas le décrire, ou peut-être qu'ils ne voulaient pas le décrire.  J'ai compris que la seule issue était d'aller voir la chose moi-même, tout simplement.


J'ai ressenti l'envie pressante de croquer dans un endroit si beau.  Par ailleurs, j'aimais l'idée de croquer au lieu de notre pique-nique, comme je l'avais fait justement la veille.  Alors je me suis installé en haut de la colline dans le sculpture park du musée qui donnait sur le Sund et me suis mis à dessiner.  Ce qui était extra, c'était de figurer deux pays dans le même croquis.


Sur notre chemin au Kronborg Slot, alias Château de Kronborg, à Elseneur, un d'entre nous a eu la grande capacité de remarquer nos ombres toutes alignées sur l'herbe.  Je ne peux plus me souvenir de qui c'était mais je le remercie de nous l'avoir fait savoir.  Je voulais saisir le moment, ne m'attendant pas à ce que le pied d'Eglantine y figure.


Deux jours plus tard.  Inga, Olivier, David et Vincent sont allés courir dans le quartier, comme tous les matins ou presque.  Quelque temps après, j'accompagnais Eglantine et Nilu à la plage près de la maison pour y faire une promenade.  Pour y arriver, nous avons dû descendre cette remarquable série de marches ‒ les mêmes marches depuis lesquelles nous avions regardé le coucher du soleil le jour de mon arrivée au Danemark.


Après jours consacrés à visiter des châteaux et des musées, nous avons passé la plus grande partie de notre dernière journée au Danemark à nous reposer à la maison à Vejby.  Cette pause était juste ce dont j'avais besoin pour me lancer dans un croquis panoramique de la vue de l'arrière de la maison.  Les encouragements que j'ai reçus de chaque personne qui est passée pendant que je dessinais n'a fait que rendre le moment encore spécial.


Accompagnés de Sylvine, qui est arrivée à la maison dans la matinée, mais sans Christophe ni Nilu, qui étaient déjà retournés en France, nous sommes allés nous promener en fin d'après-midi à Tisvilde Hegn, une forêt près de Vejby qui serait également la cinquième plus grande du pays.  C'est en partant de cet espace vert au bord de la mer que j'ai remarqué ce bijou sur la plage.


Pour la plupart d'entre nous, le lendemain était le dernier jour au Danemark.  C'était aussi, pour certains d'entre nous, une occasion de passer quelques heures à Copenhague avant de rejoindre l'aéroport pour nos vols de retour à Paris.  Après que nous avons déposé Inga à Østerport Station et que nous avons mis nos bagages à la consigne à l'aéroport, j'ai commencé ma découverte de la ville avec un arrêt collectif à Torvehallerne KPH, un marché couvert bien connu près de Nørreport Station.  Cela va sans dire que nous avons pris quelques-uns de leurs pâtisseries pour un brunch rapide et impromptu.


De quoi m'attirer encore à Copenhague pour une visite plus appropriée : un souvenir de Nyhavn, un canal qui partage le nom avec le quartier portuaire environnant.

lundi 31 août 2015

exposure to annihilation

La peur.

C'était ce dont je ressentais souvent avant de lancer une opération en public.  Peu importe le nombre de fois que j'avais effectué la même opération auparavant, sous les mêmes conditions, ces sentiments de peur étaient toujours présents et forts, alors que je m'attendais à ce qu'ils soient absents ou au moins plus faibles avec le temps.  Puis, un jour, je suis tombé sur les mots suivants :
Only to the extent that we expose ourselves over and over to annihilation can that which is indestructible be found in us.

Seulement dans la mesure où nous nous exposons à plusieurs reprises à l'annihilation que peut se trouver ce qui est indestructible en nous. (traduction personnelle)
A cet instant, j'étais amoureux.  Amoureux de ces mots.  Je croyais qu'ils disaient la vérité, quoique d'une façon assez poétique.  Après tout, ils exprimaient ce que j'avais vécu encore et encore ‒ la peur d'être exposé au moment de lancer une opération et la peur de se faire annihiler après, métaphoriquement parlant.  Pourtant, à la fin, c'était plutôt le contraire, car je me sentais plus fort en général pour avoir agi. Parfois, ça allait plus loin que le sentiment de pouvoir ‒ ça frôlait celui d'invincibilité.  Mais seulement pendant un moment, naturellement.

J'avais longtemps attribué les mots à Pema Chödrön, qui les ai écrits dans son libre, "When Things Fall Apart" (Edition française : "Quand tout s'effondre").  Ce n'était qu'il y a quelques semaines que j'ai appris qu'elle aurait cité Karlfried Graf Dürckheim, qui avait inclus les mots dans son livre "The Way of Transformation".  Alors je suis allé à la recherche de la source et j'ai découvert le passage ci-dessous.  Que de l'amour.
The man, who, being really on the Way, falls upon hard times in the world will not, as a consequence, turn to that friend who offers him refuge and comfort and encourages his old self to survive. Rather, he will seek out someone who will faithfully and inexorably help him to risk himself, so that he may endure the suffering and pass courageously through it, thus making of it a 'raft that leads to the far shore.' Only to the extent that man exposes himself over and over again to annihilation, can that which is indestructible arise within him. In this lies the dignity of daring. 

L'homme, qui, suivant vraiment le Chemin, tombe sur des moments difficiles dans le monde ne fera pas appel, par conséquent, à cet ami qui lui donne un refuge, qui assure son confort et qui l'encourage à garder ses vieilles habitudes. Au contraire, il recherchera quelqu'un qui l'aidera fidèlement et inexorablement à risquer sa vie, pour qu'il puisse endurer la souffrance et affronter celle-ci avec courage, en en faisant ainsi un 'radeau qui mène à la côte lointaine.' Seulement dans la mesure où cet homme s'expose à plusieurs reprises à l'annihilation que peut émerger ce qui est indestructible en lui. Dans cela se trouve la dignité de l'audace. (traduction personnelle)

jeudi 6 août 2015

journée presque parfaite

J'avais espéré une bonne journée, mais je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit aussi bonne.  Enfin, cet article même ne devait pas voir le jour.

Tout a commencé lundi matin à Paris, lors de mon trajet au travail.  J'ai pris le métro, profitant de l'opportunité d'entrer en contact avec quelques passagers via l'opération Métro.  Quoique étonnés (qui ne le serait pas ?), ils ont rendu le bonjour en souriant quand je les ai salués.  Ce qui était le mieux, c'est que je n'avais pas perdu de temps avant d'agir.  Je ne m'étais pas demandé si je devrais le faire ou pas, si les gens me regardaient déjà ou allaient me regarder ou comment ça allait être bizarre.  Avec une grande concentration, j'avais simplement sauté le pas et créé les interactions que je m'étais décidé à créer.  Après, j'ai repris la lecture de mon livre du moment : "Ces impossibles Français", Chapitre 5, "Au rendez-vous des libertins".  J'étais détendu pendant le reste du trajet.  J'avais l'esprit tranquille.

Après la matinée passée au travail, j'ai retrouvé le métro à la pause déjeuner.  J'avais décidé de compléter un repérage du jardin des serres d'Auteuil, un jardin botanique agrémenté de grandes serres.  Je n'avais visité le jardin pour la première fois que la veille au soir, pour savoir s'il pourrait être un endroit idéal pour une sortie future entre sketchers.  Comme je devais prendre trois lignes de métro différentes pour y arriver, je bénéficiais de trois occasions de lancer l'opération Métro.  Youpi !  Bien sûr, j'ai éprouvé de l'anxiété comme d'habitude à l'idée de me faire remarquer parmi les passagers, mais plus que tout, j'attendais l'opportunité avec impatience.  Au moment où je suis descendu à Porte d'Auteuil, la station la plus proche du jardin, j'avais marqué deux points sur trois seulement pour l'opération.  Pourquoi ?  Parce qu'à la deuxième étape du trajet, j'ai eu des échanges plus complexes ‒ et plus intéressantes.

Attendant sur le quai du métro à Charles de Gaulle - Etoile pour commencer cette deuxième étape fantastique, j'ai remarqué la présence d'une fille jolissime à proximité, debout.  Puis j'ai remarqué que le sac à dos qu'elle portait était partiellement ouvert.  Ce qui me fournissait un prétexte pour aller lui parler.  Elle était accompagnée d'une autre fille, mais c'était un détail.  Si j'ai hésité une seconde avant de l'aborder, c'était parce que j'étais en train d'apprécier cette occasion inattendue d'effectuer l'opération Insecurity.  Finalement, je suis allé la voir.  Je lui ai dit "Bonjour", suivi d'un "Votre sac est ouvert".  Elle l'a vérifié, souri et dit "Merci", et je suis parti me remettre là où j'attendais auparavant sur le quai.  Formidable.  Attends, je suis parti ?

La seule chose qui m'ait empêché de me faire souffrir après ce "hit-and-run" ("délit de fuite"), comme le dirait ma copine Sophie, c'était une autre interaction qui a eu lieu dans le métro après qu'il est arrivé et que j'y suis entré.  Cela dit, j'étais toujours en mode Opération Insecurity, j'avais donc besoin d'aborder une autre fille attirante pour conclure.  Par conséquent, l'opération Métro ne s'appliquait plus, et elle a été momentanément suspendue.  Dans le métro, il y avait une jolie femme assise à une certaine distance en face de moi (j'étais debout).  Elle avait un petit sac à dos posé sur les genoux sur lequel il était écrit "Keziah".  Après l'hésitation coutumière, j'ai esquivé un couple de passagers pour me rapprocher d'elle.  "C'est pour Keziah Jones ce sac ?", ai-je demandé, faisant référence au chanteur et guitariste nigérian qui est d'ailleurs bien connu en France pour avoir joué dans le métro parisien.  "Non", a-t-elle répondu en souriant.  "Il est à mon fils."  J'ai développé la "blague Keziah" un peu plus, ce qui a donné lieu à une conversation sur l'origine du nom, les langues anglaise et française et d'autres choses.  Lors de la conversation, elle a complimenté mon "français sans accent", tandis que j'ai fait de même pour son anglais (elle était congolaise).  J'ai même trouvé amusant qu'elle ait voulu savoir quels mots français avaient tendance à révéler mon accent lorsque je les prononçais.  J'ai avoué avoir du mal avec certains mots avec le "r", et elle a demandé si le "l" posait problème aussi.  J'ai réfléchi.  En effet, mes collègues, tous francophones, m'avaient taquiné une fois au cours d'une réunion lorsque j'avais dit "les rules", un mot qui avait effectivement un "r" et un "l".  Mais je digresse.  Finalement, la femme a dû descendre et m'a remercié pour une conversation agréable.  Ce qu'elle n'a probablement pas su, c'était que j'étais aussi reconnaissant, sinon plus.

Repérer le jardin (après que j'y suis enfin arrivé) n'était que du bonheur, comme le jour précédent.  J'ai saisi l'opportunité d'explorer d'autres coins et de demander à la femme à l'accueil où on pourrait faire un pique-nique et où se trouvaient les toilettes.  Mais ce qui m'a ému le plus, comme la veille, c'était d'être aux limites du stade Roland-Garros, qui se situe littéralement en face du jardin.  J'ai marché le long de la rue qui séparait stade et jardin en revenant à la station de métro, contemplant les parties de l'extérieur arrondi du court n° 1 qui n'étaient pas cachées de vue par des barreaux ou du feuillage.  Mon attention était particulièrement fixée sur la surface en haut du court, sur laquelle il y avait une longue série de noms inscrits aux années successives.  Des noms tels que G. Kuerten.  S. Graf.  M. Seles.  A. Agassi.  V. Williams.  S. Williams.  M. Navrátilová.  J. Henin.  R. Federer.  Et R. Nadal, encore et encore.  L'imagination en éveil, je me suis identifié à ces champions, appréciant l'occasion d'être proche de l'histoire du tournoi de Roland-Garros au-delà des articles de journaux et des écrans de télévision et d'ordinateur.


Je suis retourné au travail en métro, en bus et en tram et l'après-midi a passé.  Le moment délicieux suivant est venu lors de mon départ de l'immeuble.  Quand je suis monté dans l'ascenseur pour descendre au rez-de-chaussée, j'étais la seule personne.  Je me suis demandé si l'ascenseur s'arrêterait éventuellement à un étage intermédiaire.  Et il l'a fait.  Je me suis demandé ensuite si la personne qui allait le prendre serait un homme ou une femme.  Avec un bout d'anxiété, j'espérais que la personne ne serait pas seulement une femme, mais aussi qu'elle serait solitaire.  Et elle en était une.  Elle est montée dedans.  J'ai dit "Bonjour", elle a dit "Bonsoir" en réponse.  Comme d'habitude dans ces circonstances, je me suis reproché de ne pas avoir utilisé la formule de politesse appropriée pour le soir.  Pourtant j'étais trop concentré à cette rare occasion pour me préoccuper beaucoup des formules de politesse appropriées.  Quand les portes de l'ascenseur se sont refermées, je me suis tourné vers la femme et j'ai demandé : "Vous venez ici souvent ?"  Elle a répondu, de façon plus ou moins sérieuse : "Mais je travaille ici."  Nous avons échangé un regard fixe pendant un instant, son expression du visage plus perplexe que la mienne.  Un silence gênant s'est installé.  Nous sommes restés toujours l'un face à l'autre, mais nous ne nous regardions plus.  J'ai aperçu un sourire discret sur son visage quand même.  Un monsieur est monté dedans à un étage inférieur, mais ça n'a pas fait grand-chose à l'ambiance.  Au rez-de-chaussé, la femme est sortie de l'ascenseur, puis de l'immeuble.  Moi, j'étais à la traîne, réfléchissant à ce qui venait de se produire.  Inutile de dire, j'en étais content.  Un peu troublé, mais content.

Comme on était aux heures de pointe, j'ai décidé d'essayer l'opération Rush Hour avant de descendre dans le métro pour rentrer chez moi.  J'étais déjà dans la rue, et la femme de l'ascenseur était introuvable (même si je ne la cherchais pas forcément).  J'ai vu un groupe de trois filles avancer vers moi.  Hésitation.  Puis j'ai adressé la parole à la plus proche d'entre elles lorsque je la croisais.  "Bonjour, le mois d'août, vous passez vos vacances où en général ?"  "Rwanda", a-t-elle dit.  Voilà une réponse, voire une réaction, à laquelle je ne m'attendais pas.  En fait, j'attendais une répulsion légère (ce qui ne sert qu'à montrer mon niveau d'assurance dans ce genre d'activité).  Mais non, j'étais en train de parler avec un groupe de filles rwandaises.  Nous (elles et moi) avons appris à nous connaître pendant un petit moment, mais trop petit ‒ moins d'une minute ‒ pour être quelque chose d'important.  Après, je suis tombé sur une femme que j'ai trouvée plus âgée et moins attirante que les Rwandaises mais attirante tout de même (traitez-moi de désespéré), et je me suis arrêté pour lui demander quel était le prochain jour férié.  Les idées que j'ai parfois.  Mais toute agréable, elle a joué le jeu.  A chaque fois (sur deux) qu'elle a suggéré un jour férié qui tombait un week-end, j'ai contesté sa réponse, disant qu'elle ne comptait pas.  Alors nous sommes arrivés à la conclusion que le prochain vrai jour férié était le 11 novembre, soit l'anniversaire de la signature de l'armistice de 1918, qui a mis fin à la Première Guerre mondiale.  Nous nous sommes séparés aussitôt après et j'ai poursuivi mon chemin jusqu'au métro, où je n'ai pas hésité à lancer l'opération Métro une fois de plus.  Pur bonheur.

De retour chez moi, j'ai annoncé une sortie prochaine en groupe au jardin des serres d'Auteuil sur le site Web de Paris Sketchers.  J'ai aussi fait une première version de cet article même.

Et dire que ces évènements sont arrivés parce que j'ai décidé à chaque instant de prendre la responsabilité de m'aimer moi-même.

Que la plupart des journées suivantes soient similaires, ou simplement presque parfaites.

dimanche 19 juillet 2015

aventures au pays des queues

Parmi les choses les plus remarquables à voir à Paris sont les files d'attente.  Je ne parle pas uniquement des files pour entrer dans le musée du Louvre ou pour monter au haut de la tour Eiffel.  Je parle plutôt des situations de tous les jours dans lesquelles un Parisien moyen se trouverait en file.  Par exemple, un arrêt à la boucherie.  Un passage à la boulangerie.  Une sortie au cinéma.  Une soirée au théâtre.  Il faut savoir que les endroits qui viennent d'être cités peuvent attirer des queues qui sont formées à l'extérieur sur la voie publique et que pour une partie d'entre eux, une telle chose arrive souvent.  Il semble que ce fait soit quelque chose qui est accepté depuis longtemps par la plupart des Parisiens.  Certains d'entre eux déduiraient en voyant une file de personnes devant l'entrée d'un magasin que les produits qui sont vendus dans ce magasin doivent être de bonne qualité, et parfois de très bonne qualité.  Alors les queues à Paris, ça peut être bien.  Sinon, elles seraient probablement des symptômes d'un problème où il y a trop de gens à servir et trop peu de personnes pour servir ces gens.  Bien sûr, d'autres villes où j'ai vécu (ainsi que celles où je n'ai pas vécu d'ailleurs) peuvent vanter leurs propres queues et ce pour leurs propres raisons, mais je n'avais prêté une attention remarquable aux queues nulle part avant de m'installer à Paris.  Elles ont l'air de faire partie de la vie dans cette ville.  Etant donné les bonnes chances d'en trouver devant la boucherie le samedi matin ou une autre à l'extérieur de la boulangerie le dimanche matin, il a fallu faire quelque chose.  Enfin, sérieusement.

Ce n'était qu'il y a quelques années que j'ai découvert qu'il y avait de la valeur personnelle dans le fait d'entrer en contact avec les gens, surtout ceux que je ne connaissais pas (on les appelle les inconnus en général), et j'ai commencé à faire justement cela.  Un samedi matin, en rentrant de la piscine, j'ai observé une file de personnes attendant à l'extérieur de la boucherie près de chez moi.  J'y avais souvent vu une file d'attente à ce moment-là de la semaine sans trop me préoccuper.  De toute façon, je faisais rarement mes courses là-bas.  Mais, à cet instant-là, je voyais au-delà de la file.  Ce que je voyais, c'était un groupe de personnes aux visages inconnus, chacune ayant quelques minutes à accorder (avant le moment de passer sa commande) pour qu'il se passe quelque chose (peut-être un petit divertissement).  Autrement dit, Mesdames et Messieurs, je voyais une opportunité.  Et comme cela, l'opération Queues est née.

En réalité, la naissance n'a pas été si immédiate.  Alors qu'une opportunité s'était présentée, un processus d'expérimentation naturel a dû avoir lieu avant que l'opération Queues prenne forme.  A la toute première question ("Que faire ?") après la révélation de l'opportunité, la réponse était d'aller quelque part au milieu de la queue et d'avancer en longeant celle-ci vers la fin, disant "Bonjour" à chaque personne en file sur le chemin.  Comme cette approche était une autre façon de dire "Bonjour", elle a été lancée comme une nouvelle phase de l'opération Bonjour.  A la fin, il est devenu clair qu'une telle manière d'établir le contact méritait sa propre opération, même s'il suffisait de dire "Bonjour".  Une opération dérivée a été créée ainsi.

A l'aide d'un ensemble de règles, l'opération Queues est devenue plus officielle.  Ces règles stipulent entre autres qu'en tombant sur une file d'un minimum de cinq personnes dans le cours de la vie de tous les jours, je suis autorisé à faire l'opération sur la file.  Ceci consiste à dire "Bonjour" à une ligne de personnes successives dans la file, au nombre de 5 à 10.  Si la ligne était en désordre ‒ en d'autres termes, pas une ligne ‒ alors il n'était pas nécessaire de faire quelque chose de spécial.  Puisque juger qu'une ligne de personnes est en désordre peut être subjectif, je confie quelquefois le choix d'agir ou non à mes instincts.  De plus, s'il est question de dire "Bonjour" à des personnes dans la queue qui se connaissent et qui sont regroupées ensemble, une famille ou un couple par exemple, je les considère généralement comme une seule personne, à moins que la ligne soit trop courte et que je veuille atteindre la cible nécessaire de cinq à dix personnes.  Dans ce cas, je saluerais autant de membres du groupe une par une que nécessaire.  D'autres limites, telles que le nombre de fois qu'il est possible de faire l'opération de manière régulière (deux fois par semaine au plus), ont été établies pour éviter d'agir trop comme un robot.

Je me souviens un peu de la toute première fois que j'ai fait l'opération.  C'était à la boucherie où j'ai conçu l'idée, et on était un samedi matin.  Même avant d'arriver dans les environs de la boucherie, je me sentais très anxieux sur ce que j'allais faire (je n'étais pas sûr à 100% qu'il y aurait une queue).  Une voix reconnaissable qui venait de l'intérieur de moi tentait de me décourager de faire quelque chose de si étrange, si ridicule et évidemment si vide de sens.  C'était une voix qui me rappelait que la majorité des gens qui fréquentaient la boucherie étaient des personnes âgées et qu'il ne fallait pas les embêter avec mes bouffonneries.  Mais j'étais déjà accro, hanté par une opportunité qui refusait de me quitter.  Avec le recul, j'avoue que ce que je voulais profondément, c'était de saisir l'opportunité.  L'opportunité de donner vie encore à une autre idée, encore à une autre opération et, en le faisant, à moi-même.  Il n'y avait pas d'autre issue que d'aller jusqu'au bout.  Au final, je suis arrivé à la boucherie et j'ai vu la queue.  Tout en nerfs, je me suis mis à faire ce que j'avais prévu de faire.  Quand c'était fini, je suis parti en marchant, sans me retourner.

Les moments qui ont suivi étaient vraiment confus.  Tout s'est passé tellement vite.  Arriver à dire "Bonjour" à la première personne s'est avéré le plus difficile, car j'ai dû vaincre la résistance de la voix intérieure qui me parlait sans cesse pour que j'abandonne.  Après ce "Bonjour", la voix s'est calmée et la résistance a diminué, bien que l'opération ne soit pas encore terminée.  J'avais l'impression d'être hors de moi-même pendant l'épreuve et surtout après.  Mais plus important que tout, c'était le sentiment d'accomplissement.  Il était indéniable et j'étais toujours vivant.  J'étais heureux.

Et les personnes que j'ai "rencontrées" dans la queue ?  Elles n'avaient pas l'air de comprendre ce qui se passait (peut-être que ça ne leur a même pas plu).  Pour la plupart, elles n'ont pas répondu "Bonjour" et elles n'ont rien fait de particulier.  Certains, surtout celles qui m'avaient probablement vu mener l'opération plus tôt dans la queue, ont essayé d'éviter mon regard lorsque je les ai abordées.  Par ailleurs, j'étais trop concentré sur le déroulement de l'opération de la manière la plus simple et, par conséquent, je n'ai pas attendu longtemps qu'on me réponde.  J'ai tout simplement avancé à la personne suivante.

Pendant les quelques dernières années que j'ai fait l'opération à des endroits comme les boulangeries, les cinémas, les musées, les bibliothèques, les cantines, les restaurants, et les boîtes de nuit, le plus souvent à l'extérieur qu'à l'intérieur, j'ai recueilli des réactions peu variées des personnes en file.  En moyenne, la plupart des personnes ont répondu "Bonjour", quelquefois avec enthousiasme, d'autres fois avec indifférence.  D'autres personnes m'ont tout simplement ignoré ou bien ils ont détourné les yeux.  Très rares étaient les fois qu'une conversation s'établisse.  Quand il y en a eu une, c'était généralement parce que j'avais pris l'initiative de l'engager avec la personne.  Tenter d'amorcer une conversation ‒ une conversation avec une phrase d'ouverture choisie sur un coup de tête d'ailleurs ‒ était en fait une amélioration que j'ai apportée à l'opération sur le chemin pour rendre la situation plus intéressante, et ce n'était qu'avec la dernière personne abordée que je l'ai fait, pour des raisons pratiques.  Cela dit, chaque tentative n'a pas toujours abouti à une conversation.  Certains personnes étaient peu enclines à parler, peut-être parce qu'elles ne me connaissaient pas.  Ou peut-être parce que je ne faisais pas ce qu'on attendait de moi.

Certes, ma propre attitude influe beaucoup sur les réactions que j'observe chez les personnes en file.  Plus je suis enthousiaste et engagé pendant mes interactions avec eux, plus il y a des chances qu'ils répondront de manière similaire.  Au moins, c'est ce que je crois.  Par contre, si je fais les choses simplement dans les règles juste pour en finir avec la tâche, je ne peux pas m'attendre à ressentir ou à donner beaucoup de joie pendant l'interaction.  Et c'est là où se situe un grand défi auquel j'ai face dans cette opération.  Apporter de l'enthousiasme et de l'engagement.  Le seul défi plus grand que je vois, ce serait de faire participer les gens que je connais et qui me connaissent à ces interactions.  A ce sujet, je commence à nourrir l'idée qu'un grand défi implique de grandes opportunités.

Et pourquoi toutes ces histoires au sujet des queues en fait ?  C'est sans doute parce que j'y vois un moyen de permettre à l'individu de garder ou de reprendre sa liberté tout en vivant en société.  Sinon, j'ai quelquefois envie d'être un peu différent lorsque je me trouve dans un groupe de gens qui ont l'air de faire plus ou moins la même chose, surtout si celle-ci est attendue.  Il s'avère très souvent que le fait de satisfaire ce sentiment est bon pour ma santé.  Et si, en faisant cela, il y a une possibilité d'avoir un effet positif sur quelqu'un d'autre, même pour une seconde, c'est juste génial.

mardi 30 juin 2015

pourquoi j'aime paris (9)

Le mardi 7 avril 2015, peu après 9h, j'ai rejoint d'autres Paris Sketchers devant Shakespeare and Company, la célèbre librairie anglaise sur la rive gauche de la Seine, à Paris.  Brigitte avait organisé une séance de croquis exclusive dans la librairie, à commencer une heure avant que celle-ci soit ouverte au public et notamment aux touristes.  C'était un évènement que je ne pouvais pas rater, surtout parce que j'avais personnellement tenté presque un an plus tôt d'avoir l'autorisation d'y dessiner en groupe.  Je n'étais pas allé très loin dans ma démarche, à cause des complications liées à la présence d'une douzaine de personnes dessinant dans un lieu commercial qui était aussi singulier, assez confiné et souvent rempli, avec les visiteurs plus nombreux que les clients.  Heureusement, Brigitte, qui était récemment devenue une Paris Sketcher, a décidé de relever le défi toute seule, comme si c'était une chose naturelle à faire et sans connaissance de mes efforts précédents.  Et c'était un défi qu'elle a surmonté avec enthousiasme.

Le simple fait de marcher vers la librairie ce matin-là, depuis la station de métro Cité et à travers la Seine en passant par Notre-Dame, était super.  Certainement, la demi-journée de congé que j'avais posée au travail y était pour beaucoup.  En plus, il y avait le vieux mais agréable sentiment d'être en plein coeur de Paris.  Même si ça faisait huit ans que je vis à Paris, je peux me réjouir de l'idée de redécouvrir une partie populaire de la ville.  Comme un touriste.


Ce qui était encore plus super, c'était de retrouver la dizaine de sketchers qui étaient arrivés à l'heure devant la librairie.  Brigitte, Sophie, Martine, Marion, Blandine, Béatrice, Gu, Claire, Joelle et Constance, que j'ai rencontrée pour la première fois.  J'ai trouvé le moment spécial, comme si nous allions faire partie d'une mission secrète.  Peu de temps après, la librairie était ouverte et nous y sommes entrés en file.  Eriko est arrivée juste à temps, avant que la porte soit refermée.  Je me suis demandé si les retardataires y seraient acceptés.  Puis, mon attention s'est fixée sur ce qui se passait dans la salle.

Nous avons reçu un accueil chaleureux de la part de Camille, une employée de la librairie et notre contact pour la journée (qui, dans l'heure qui a suivi, viendrait nous offrir du café ‒ sympa !!!), avant d'aller visiter les pièces et les couloirs des deux étages à la recherche de quelque chose qui valait la peine d'être croqué.

Moi, j'ai commencé dans une pièce à l'étage dont la plupart des murs étaient bordés d'étagères pleines de livres, de livres et encore de livres.  Une porte menant à une pièce assez cachée et une fenêtre donnant sur Notre-Dame complétaient le décor des murs.  Plusieurs sketchers, notamment Blandine, Martine et Constance, y étaient déjà installées et bavardaient entre elles tout en dessinant.  J'ai vu une place vide sur un long banc et m'y suis assis.


Ce n'était que lorsque j'avais fini ‒ vers 10h ‒ que je me suis rendu compte qu'il aurait fallu passer la première heure privée de visiteurs au rez-de-chaussée, qui avait tendance à attirer plus de gens car tout le monde passait par là.  C'était là d'ailleurs où se situaient les caisses.  Essayant de rattraper l'opportunité perdue, je me suis descendu rapidement.  Même si la librairie était déjà ouverte au public, même si des groupes de passants se succédaient déjà, j'étais résolu à y faire mon deuxième dessin.  J'ai eu de l'espoir grâce à Brigitte, que j'ai trouvée assise sur le sol dans une salle près de l'entrée, avec son grand carnet largement ouvert et les pages de celui-ci ornées par une variété de couleurs.  Je lui ai parlé de la situation dans laquelle j'étais et, à mon grand étonnement, elle s'est débrouillée pour me trouver de quoi s'asseoir !  Elle a fini par sortir un tabouret de l'espace sous une table proche, mais d'une façon qui laissait penser qu'elle n'avait pas su qu'il s'y cachait.  C'était comme de la magie.  Emerveillé, j'ai essayé de faire preuve de gratitude en faisant un croquis d'une partie de la vue qu'elle reproduisait déjà à l'aquarelle.


2 heures, 2 croquis.  J'étais très content de mon rythme.  Il était prévu que nous déjeunions ensemble à 12h30 à La Bûcherie, un restaurant à deux pas de la librairie, ce qui voulait dire que je pouvais facilement me lancer dans un troisième croquis.  Il y avait une petite pièce à l'étage avec un piano où tout le monde (ou semblait-il) avait dessiné.  J'y étais passé plus tôt pour regarder et elle avait l'air intéressante en effet.  Alors je suis remonté pour tenter ma chance.  Une fois dedans, j'ai eu de la chance de trouver une place face au piano, à l'autre bout de la pièce.  Je n'étais pas sans compagnie.  Il y avait aussi Eriko, Lionel, Gu et Blandine.  Plusieurs non-sketchers sont venus ou y étaient déjà, pour visiter, pour feuilleter des livres, ou encore pour lire plus confortablement assis à côté de nous.  Quelquefois, un curieux a engagé la conversation en anglais avec un sketcher ou deux.  Pendant tout ce temps, j'ai dessiné, amusé.


Vers 12h30, j'ai remercié les membres du personnel que j'ai vus et puis je suis sorti de la librairie.  Le calme (relatif) qui y régnait à l'extérieur dans la matinée avait bien disparu, ce qui était peu étonnant.  La majorité des sketchers y étaient déjà, et je les ai accompagnés au restaurant.  Il y avait une quinzaine d'entre nous à recevoir, y compris Camille, mais les serveurs ont bien géré la situation.  A table, nous avons fait passer les carnets, faisant des remarques par ici et des compliments par là.  C'était une façon sympathique de conclure une expérience superbe ‒ au moins pour moi, qui ai dû quitter le restaurant avant les autres, disant au revoir au Paris touristique et bonjour au Paris travailleur.  Hélas.

lundi 22 juin 2015

assume the purpose

Je crois de plus en plus que la question de savoir quel sens donner à sa vie appelons-le sa raison d'être peut être résolue en supposant que quelque chose est sa raison d'être et puis en consacrant son énergie à vivre en accord avec cette raison d'être.  Avec la discipline, ce qui est supposé deviendra ce qui est vrai.

Tout ce qui reste, c'est d'avoir des raisons solides de supposer que ce 'quelque chose' est sa raison d'être.

Cela dit, je peux tout à fait supposer que ce blog fait partie de ma raison d'être.  Après tout, j'ai des raisons de le maintenir qui sont solides.  Enfin, je les suppose solides.

lundi 15 juin 2015

devenir le linchpin

Au cours de ma deuxième et récente lecture du livre "Linchpin: Are You Indispensable?" (Edition française : "Etes-vous indispensable ? Libérez le linchpin qui est en vous...") de Seth Godin, une peur s'est installée progressivement en moi.  "Est-ce que je passerais les sept mois suivants à lire et à relire ce livre comme je l'ai fait avec Flow, analysant les chapitres un par un, surlignant des passages avec mon feutre jaune fluo, tapant des sections entières du livre sur mon ordinateur, faisant des dessins des concepts présentés ?"  Le livre était si bon, si important, et je n'ai pas pu le lâcher.

 

Je ne suis pas du milieu de l'édition, alors je vais simplement copier ce qui est écrit au dos du livre :
In bestsellers such as Purple Cow and Tribes, Seth Godin taught readers how to make remarkable products and spread powerful ideas. But this book is about you—your choices, your future, and your potential to make a huge difference in whatever field you choose.

There used to be two teams in every workplace: management and labor. Now there's a third team, the linchpins. These people figure out what to do when there's no rule book. They delight and challenge their customers and peers. They love their work, pour their best selves into it, and turn each day into a kind of art.

Linchpins are the essential building blocks of great organizations. They may not be famous but they're indispensable. And in today's world, they get the best jobs and the most freedom.

As Godin writes, "Every day I meet people who have so much to give but have been bullied enough or frightened enough to hold it back. It's time to stop complying with the system and draw your own map. You have brilliance in you, your contribution is essential, and the art you create is precious. Only you can do it, and you must."
Et voilà le résumé (un peu réducteur à mon goût) qui se trouve au dos de la version française du livre :
Dans les best-sellers internationaux La Vache pourpre et Tribus, Seth Godin nous apprenait comment concevoir des produits remarquables et propager des idées fortes.

Ce livre est différent. Il s agit ici de vous — de votre épanouissement, de votre avenir et de votre créativité, que vous soyez un entrepreneur, ou un salarié ou que vous cherchiez encore votre voie.

Le Web social et la crise économique ont bouleversé nos repères. Dans un tel contexte, notre société a besoin « de penseurs originaux, de provocateurs, et d individus lucides. »

Allez-vous saisir cette opportunité de vous démarquer, de vous renouveler, et de devenir un
linchpin, quelqu'un d'indispensable, de créatif et d'entreprenant ?
On pourrait commenter le livre en disant qu'il ne présente rien de nouveau, mais Seth écrit d'une manière que je trouve si rare et pénétrante que je débattrais un tel commentaire.  Cela va sans dire, il est un linchpin lui-même et il est indispensable.  Son livre n'est rien de moins que de l'art et il nous en fait cadeau.  Naturellement, comme il l'indique, il n'y a pas de manuel qui explique comment devenir un linchpin.  Chacun d'entre nous doit tracer son propre chemin.  N'est-ce pas d'ailleurs dans cela que se trouve le plus grand plaisir ?

Le poster Linchpin

dimanche 19 avril 2015

amour et responsabilité

Tu déduis que ton WHY résulte "d'une habitude de refouler des choses — pas seulement mes idées préférées — quand je me sentais intimidé par les masses ou par l'autorité".

En fait, ça n'a rien à avoir avec le sentiment d'être intimidé. Ca n'a rien à avoir avec les masses ni avec l'autorité. Le premier n'est qu'un symptôme, tandis que le dernier ne sert qu'à provoquer le symptôme.

Ca ne concerne que toi. Tu n'aimes pas suffisamment tes idées préférées, et au lieu de les aimer suffisamment pour les exprimer, tu as peur d'elles et puis tu accuses les masses et l'autorité de t'intimider.

Tu as trouvé que lorsque tu aimes tes idées préférées suffisamment pour les exprimer en présence des masses et de l'autorité, tu ne te sens pas intimidé par les masses ni par l'autorité.

En fait, tu te sens plus fort.

Et lorsque tu te sens plus fort, il n'y a pas de place dans la conscience pour le sentiment d'être intimidé. Par personne, y compris par toi-même.

mardi 31 mars 2015

"do you have a joke?"

Avant quatorze heures le samedi 28 février 2015, je suis arrivé à Gare de Lyon, l'une des six grandes gares de Paris.  Je n'avais aucun train à prendre et je n'étais venu chercher personne.  Je n'avais pas de billet sous la main et je ne voulais pas à en acheter un.  Je n'allais même pas me restaurer, et je n'avais pas besoin d'aller aux toilettes.  Non, j'étais là-bas juste pour faire l'opération Insecurity.

L'opération Insecurity n'est rien de plus qu'un dérivé de l'opération Les Jolies Filles, qui était aussi destinée aux jolies filles.  En toute honnêteté, c'est exactement la même chose que l'opération Les Jolies Filles.  J'en avais juste changé le nom pour me rappeler pourquoi je la faisais : pour surmonter mes sentiments d'insécurité lorsqu'il s'agit de faire des choses inhabituelles en public.  Et pour m'aider, il y avait les jolies filles à trouver presque partout à Paris, que celles-ci le sachent ou pas.

Dès que je suis entré dans le Hall 1 de la gare, j'ai commencé à chercher une cible.  Allant au long du hall, dans l'espace qui séparait les voies des voyageurs dispersés, j'ai gardé les yeux ouverts, balayant la foule du regard.  Pour calmer ma nervosité et tenir loin les pensées parasites, j'ai répété en boucle une citation du mythologue Joseph Campbell dont je m'étais souvenu seulement après avoir échoué à la même opération au même endroit cinq heures plus tôt : "Trouver à l'intérieur de toi cet endroit où il y a de la joie and cette joie consumera tes peines."  C'était une citation à laquelle je croyais, vu les nombreux succès que j'avais eus en faisant des opérations difficiles dans le passé.

Je suis arrivé au bout du hall sans aborder personne.  Ce n'est pas pour dire qu'il n'y avait pas de jolies filles sur place, au contraire.  Je n'ai juste pas repéré d'opportunités nettes ou, quand j'en ai vu une, je n'ai pas eu le courage de faire quoi que ce soit, me disant que je ne savais pas quoi dire à la fille, même si je m'étais permis de dire tout ce qui me venait à l'esprit.  En tout cas, les moments se sont succédés aussi vite que le nombre de gens qui se déplaçaient dans tous les sens.  Sans me laisser décourager, je suis resté en mouvement, armé de mots de sagesse de Joseph Campbell.

J'ai continué mon chemin dans la Galerie des fresques, qui reliait le Hall 1 au Hall 2.  Peu après, j'ai vu une femme dans une tenue très colorée avancer vers moi, seule.  En me rapprochant d'elle, j'ai rapidement regardé aux alentours et vérifié qu'il y avait des gens tout près : certains restaient debout à sa gauche, d'autres marchant derrière elle et encore plusieurs marchant derrière moi.  Parfait.  Juste avant de passer la femme, j'ai attiré son attention en disant "Hello".  Un échange en anglais s'est ensuivi.

"Alors, comment se sont passées les vacances ?", demandai-je.

"..."

"Vous savez, la période des vacances scolaires viennent de se terminer."

"Oui ..."

"Et elle a duré deux semaines."

"Oui ..."

"Alors ça s'est passé comment ?"

La femme a marqué une petite pause, avant de continuer.

"Je ne comprends pas bien.  Parlez-vous allemand ?"

"Allemand ?", demandai-je en retour, surpris.

"Oui, allemand".

"Non, je ne le parle pas.  Vous êtes allemande ?"

"Non, mais je parle allemand."

"Mais vous parlez français ?"

"Oui", réponda-t-elle.

J'étais intrigué du fait qu'elle voulait savoir si je parlais allemand au lieu de me demander si je parlais français.  Nous étions en France, après tout.  Ou est-ce que ai-je loupé quelque chose ?  En tout cas, je n'allais pas commencer à parler en français, ce qui aurait facilité la communication, alors notre échange s'est rapidement arrêté et nous nous sommes séparés aussitôt.

J'ai repris mon chemin vers le Hall 2.  Après y être entré, je me suis retrouvé au bout de la salle.  Je suis allé tout droit vers les voies pour être au coeur de l'action en marchant jusqu'à l'autre bout de la salle.  Bien sûr, je restais à l'affût d'opportunités.  Et mes efforts allaient finir par payer lorsque, quelque part au milieu de la salle, j'ai remarqué deux femmes attendant debout et face aux trains, ensemble.  L'une avait l'air d'être une trentenaire.  L'autre était peut-être la mère de celle-ci, car elle paraissait bien plus vielle.  Sans tarder, je suis entré en action.  De l'action, c'était ce que je voulais après tout.

"Bonjour", dis-je, regardant la plus jeune femme, qui était plus proche de moi.

"..."

"Vous attendez votre train ?"

"Non."

"Ah, vous attendez quelqu'un alors ?"

"Oui."

Silence.  Pendant tout ce temps, j'ai eu le sentiment qu'elles étaient un peu mal à l'aise (ou est-ce que c'était moi plutôt ?).  La plus jeune femme me répondait à chaque fois avec un seul mot, bien que j'y reconnaisse ma part de responsabilité en ayant posé des questions tellement simples pour commencer.  L'autre femme s'était détournée et ne disait toujours rien.  Moi, je ne savais pas quoi rajouter de plus, alors il me semblait que la meilleure chose à faire à ce moment-là, c'était d'arrêter la conversation.

"Alors, bonne journée", dis-je, souriant.

"Merci", dit la plus jeune femme, avec un petit sourire.  L'autre a gardé la silence tout en esquissant un sourire.

J'ai complété mon tour du Hall 2 et je suis parti, repassant par la Galerie des fresques pour retourner au Hall 1.  Ayant engagé la conversation à deux occasions distinctes dans le même bâtiment, j'avais complété l'opération que j'avais ratée seulement cinq heures plus tôt.  Mais je ne me sentais pas satisfait de cette victoire.  En fait, j'avais le sentiment de ne pas avoir donné un effort acceptable, notamment avec les deux femmes rencontrées dans le Hall 2.  L'échange avec elles avait été tout simplement trop bref, et les questions que je leur avais posées ne nécessitaient pas plus que "oui" ou "non" en réponse.  En plus, j'avais été déconcerté par leur réaction relativement distante.  "Mais pourquoi des gens ne peuvent-ils pas juste se détendre des fois ?", me plaignis-je, presque impulsivement.  Et quelques secondes après, j'avais l'esprit à la recherche de solutions pour amorcer des conversations légères avec des inconnus (en l'occurrence, des jolies filles).  Puis une idée s'est imposée dans ma conscience.  Elle m'a plu et j'ai décidé de l'essayer.

J'étais déjà de retour dans le Hall 1, qui semblait plus rempli qu'avant.  Mais je ne me laissais pas dissuader.  En fait, j'étais plus déterminé que jamais, les mots de Joseph Campbell toujours à mes côtés.  J'ai marché en direction du grand tableau des départs suspendu au centre du hall, parmi les douzaines de voyageurs qui y fixaient les yeux.  Tout près, j'ai vu trois filles debout, parlant entre elles dans un petit cercle.  Vu la masse de gens autour d'elles, c'était une excellente opportunité pour moi de présenter mon insécurité, tout en parlant encore en anglais.  Alors j'ai choisi d'aller la saisir.

"Bonjour", dis-je.

"Bonjour".

"Avez-vous une blague ?"

"Eh ... quoi ?"

"Avez-vous une blague ?"

"Une blague ?"

"Oui.  Une blague.  En avez-vous une ?"

Les filles avaient l'air amusées.  J'ai deviné qu'elles se sentaient également perplexes.  Mais elles se montraient joueuses, discutant à voix basse entre elles-mêmes.  Ca s'est fait plutôt vite, je n'ai pas pu noter tout ce qui se passait.  Cependant, je me souviens de m'être agréablement surpris du succès avec lequel je menais ce jeu.  Un peu de silence s'était introduit, alors naturellement, j'ai fait en sorte de relancer le dialogue.

"Bon, j'attends une blague !", commençai-je avec un geste des mains censé exprimer mon impatience.

"Parlez-vous français ?", demanda l'une des filles.

"Oui, je parle français.  Mais pas aujourd'hui."

Elle avait l'air d'avoir bien pris ça.

"Et une mauvaise blague ?", demanda une autre fille.

"Bon, une mauvaise blague reste une blague", concédai-je.

"OK, je vais la dire, c'est en français."

Je me suis rapproché d'elles pour écouter.  J'avais trouvé un peu étrange quoique drôle que j'allais devoir comprendre une blague en français alors que tout le monde savait que j'avais choisi de ne pas dire un mot de français.

"Qu'est-ce qui est jaune et attend ?"

"'Jaune', OK, j'ai compris ça.  'Attend' ?  Comme du verbe 'attendre' ?"

"Oui."

J'y ai réfléchi un instant, cherchant une solution.  J'ai demandé une indice, mais je ne pense pas que ma demande ait été bien entendue par les filles.  Sans ressource, je n'ai pas mis trop de temps avant de renoncer.

"Jaune-attend !", dit l'une d'elles.

"Jaune-attend ?  Quoi ... oh !  Jonathan ?  Le nom Jonathan ?"

"Oui."

"Attendez ... Jonathan ... prononcé dans quelle langue ?  Français ?  Anglais ?"

Je ne peux plus me souvenir de leur réponse.  Mais la blague ‒ ou plutôt la devinette ‒ a été plus ou moins comprise.  J'ai juste supposé que les Français prononçaient le nom Jonathan différemment par rapport aux anglophones natifs.  "Jaune-attend", répétai-je.  "Hmmn."

"Pas mal du tout, pas mal", ajoutai-je.

Les filles étaient tout souriantes.

"Ca vous dérange si je l'utilise ?", leur demandai-je.

"Pas du tout", réponda l'une d'entre elles, gloussant avec les autres.

J'ai décidé de terminer la conversation.  J'avais le sentiment de ne plus rien avoir de plausible à dire.  Mon esprit était vide en fait.  Je pensais que je m'étais déjà racheté après la déception de la rencontre précédente.  Content de cette dernière expérience, j'ai souhaité aux filles un bon voyage avant de les quitter, même si j'ignorais si elles allaient prendre un train ou si elles attendaient simplement que quelqu'un arrive.

A nouveau seul et me sentant libéré plus que tout, j'ai marché vers l'arrêt de bus en dehors de la gare, m'amusant à imaginer des suites à donner à cette opération.

dimanche 15 février 2015

sécurité et risque

Récemment, j'ai découvert une relation étrange entre le risque et la sécurité.  Et pour cela, je ne peux remercier personne d'autre que Paul Arden, affirme dans son livre "Whatever You Think, Think The Opposite" ("Quel que soit ce que vous pensez, pensez le contraire") que le risque est la sécurité dans la vie.  D'habitude, nous penserions que la sécurité était un pré-requis pour le risque.  Nous nous attendrions à ce que les gens qui ont beaucoup d'argent puissent acheter des produits et des services chers sans s'inquiéter et à ce que ceux qui en ont peu fassent peu d'achats importants.  Dans un lieu de travail, nous nous attendrions à ce que les gens qui ont beaucoup d'expertise dans un certain domaine soient capables de prendre les décisions risquées dans une période d'incertitude et à ce que ceux qui ont peu d'expérience dans le même domaine suivent les instructions.  Mais vu le titre de son livre, Paul Arden nous met au défi d'envisager le contraire, déclarant que c'est le risque qui nourrit la sécurité.

Je suis fasciné par ce lien entre le risque et la sécurité parce que ça fait quelques années que je travaille sur le concept de la sécurité.  Et pour être clair, je ne parle pas de la sécurité financière.  Je parle plutôt d'un type de sécurité plus profond.  Le type de sécurité qui est plus universel que l'argent.  Le type de sécurité qui est même capable d'influencer les décisions liées à la sécurité financière.  Le type de sécurité qui touche chaque personne, riche ou pauvre, tout au long de sa vie, de l'enfance à la vieillesse.  Je parle de la sécurité émotionnelle, et surtout le manque de celle-ci.

En tant qu'être humain vivant en société, chacun d'entre nous a ou a eu des insécurités émotionnelles.  Chacun d'entre nous a eu conscience d'une chose sur soi-même qui, si elle était exposée, ferait naître en soi-même des sentiments peu agréables, comme ceux d'être rejeté, ridiculisé, ignoré ou affaibli.  Qui désire ces sentiments ?  Qui les apprécie quand ils sont éprouvés ?

L'une de mes plus grandes insécurités émotionnelles se manifeste lorsque je souhaite faire quelque chose qui vient d'un endroit profondément personnel mais qui est nettement différent de ce que font la plupart des gens autour de moi, surtout si ceux-ci font plus ou moins les choses habituelles.  Quelque chose comme traîner dans les rues de Paris un samedi pour demander à une de 50 personnes en anglais si elle venait de la capitale d'un des 50 Etats américains, ce qui, j'avoue, n'est habituel.  Ou quelque chose comme aller à chaque bureau dans un petit open space partagé avec 15 collègues entre 16h00 et 17h00 lors d'un jour choisi au hasard chaque semaine pour dire bonjour et bavarder brièvement si possible, pendant que ces collègues travaillent tous sur leurs ordinateurs.  Ou même quelque chose comme utiliser un espace public quoique virtuel comme Facebook pour partager un article personnellement écrit sur l'insécurité émotionnelle alors que beaucoup d'autres utilisateurs de Facebook partagent des photos de leurs voyages ou de leur quotidien, des messages concernant un évènement qui s'est passé ou des articles écrits par d'autres personnes.  Quel que soit le contexte, mon sécurité émotionnelle est en jeu lorsque je prends conscience d'une opportunité de réaliser un de mes souhaits précieux. Des fois, je saisis l'opportunité et récolte les fruits de satisfaction qui suivent logiquement.  D'autres fois, je ne saisis rien, et tout ce que je peux faire ensuite est d'éprouver la peine de la défaite.  Appelez ça une lutte si vous voulez.

Il y a quatre ans, j'ai entendu un homme sage dire qu'on pourrait se débarrasser de ses insécurités en les présentant, et je l'ai cru.  C'est probablement pour cette raison je conçois des plans que j'appelle des 'opérations' pour soutenir mes souhaits de démontrer mes tendances particulières en public, avec l'espoir de gagner en sécurité en ce faisant ou, encore mieux, de surmonter l'insécurité de vouloir faire les choses différemment.

Jusqu'ici tout va bien, la prise de risque semble être en train de payer.  Bien que j'aie toujours des moments où je manque de sécurité émotionnelle, j'ai découvert que je suis moins troublé qu'avant par les évènements qui résultent des actes des autres (ou du manque de ceux-ci).  Par conséquent, j'arrive plus à être maître de mes émotions.

Comme c'est beau de faire sans l'attente que les autres vous reconnaissent, qu'ils vous prêtent attention ou qu'ils approuvent ce que tu fais.

Comme c'est beau de vous sentir libéré du besoin de reprocher aux autres d'être plus normaux que vous, en matière des idées et des opinions.

Comme c'est beau d'ignorer la tentation de garder rancune contre quelqu'un ou d'entretenir des sentiments d'envie envers quelqu'un qui semble bien faire tout le temps.

Comme c'est beau de vous intéresser à la vie des gens que vous connaissez et que vous rencontrez sans les reprocher lorsqu'ils n'agissent pas réciproquement.

Comme c'est beau d'avoir quelque chose qui sollicite votre attention plus que les ennuis de tous les jours et qui dépend principalement de vos efforts.

Comme c'est beau d'éprouver quelque chose de si spécial que vous ne pouvez trouver qu'un seul mot pour le décrire : épanouissement.

Si c'est ça en quoi consiste vraiment la sécurité, j'en veux plus, plus jusqu'à ce que ce soit une seconde nature.  Alors, en m'inspirant de Paul Arden, je dois rester prêt à me risquer en mettant en oeuvre mes idées personnelles et inhabituelles en public.


Les risques sont une mesure des gens.  Les gens qui ne les prendront pas essaient de préserver ce qu'ils ont.  Les gens qui les prennent finissent souvent par en avoir plus.

‒ Paul Arden

dimanche 25 janvier 2015

pourquoi j'aime paris (8)

Dans l'après-midi du mardi 11 novembre 2014, j'ai retrouvé des camarades du groupe Paris Sketchers sur la terrasse panoramique sur le toit du Printemps, l'un des grands magasins situés sur le boulevard Haussmann, à Paris.

J'avais proposé ce rendez-vous, dans le cadre de mon projet de dessin "Paris par arrondissement", pour le 9ème arrondissement.  Le samedi précédent, j'avais visité plusieurs sites de l'arrondissement afin d'en choisir un qui était pratique et suffisamment intéressant pour un groupe de sketchers urbains talentueux et passionnés.  Le choix final a failli être l'opéra Garnier (je sais que j'aimerais bien dessiner dans la célèbre salle d'opéra).  Il y avait même les Galeries Lafayette, qui étaient aussi dotées d'une terrasse panoramique sur son toit.  Mais il n'y avait rien comme celle du Printemps, qui, au neuvième étage du magasin, offrait une excellente ambiance de café avec des meubles confortables, un joli décor et du monde partout.  Et oui, des vues magnifiques sur tout Paris aussi.

Photo fournie par journeyetc.com

Ce qui était encore mieux que tout ça, c'était le temps.  Il était super !  Certes, il faisait un peu frais, mais pour un mois de novembre, il y avait un soleil très agréable.  Et aucun des sketchers qui sont venus n'est resté dans le café qui menait à la terrasse (jusqu'à ce qu'il ait commencé à faire nuit).  Nous étions tous dehors, partageant l'espace avec les visiteurs locaux et touristes qui passaient les uns après les autres, dont certains n'ont pas résisté à la tentation de venir voir ce que nous étions en train de fabriquer.

Dans notre groupe de sketchers il y avait surtout des personnes que je connaissais ‒ Eriko, Jean-Marc, Jérôme, Blandine, Chantal, Tula, Carole, Véronique, Aviva ‒ et quelques autres que je n'avais jamais rencontrées, notamment Monique et Michèle.  J'étais content qu'ils aient tous choisi de passer ce jour férié ‒ l'armistice de 1918 ‒ à dessiner avec moi dans un lieu charmant et assez atypique à Paris.

J'étais attiré toute la visite par une vue sur Montmartre qui culminait à la basilique du Sacré-Cœur, même si je voulais vraiment m'attaquer à quelque chose qui montrait la tour Eiffel.  J'ai dû accepter qu'une rencontre avec la Dame de fer n'était pas mon destin ce jour-là, pour une raison dont je ne me souviens plus exactement.  Mais au moins maintenant j'ai une raison de retourner à un point de vue tellement remarquable.

La butte Montmartre

samedi 17 janvier 2015

au-delà de la conversation

Quand il s'agit de fréquenter des gens, une énorme importance est accordée à la conversation.  Commencer une conversation.  Continuer une conversation.  Changer de conversation.  Eviter un sujet de conversation.  Et ainsi de suite.

Je pense que c'est juste.  Après tout, sans converser, on aurait du mal à savoir si on s'entendait bien avec quelqu'un d'autre, à développer des relations sociales et à apprendre de nouvelles choses sur les gens et parfois sur le monde qu'on partage avec eux.  Certainement, les gens qui réussissent ensemble dans un couple, dans une amitié ou dans un partenariat commercial doivent généralement une grande partie de leur succès à des conversations.

Cependant, en ce qui concerne le plaisir de communiquer en face à face et en temps réel, les conversations ne semblent pas toujours suffisantes ou convenables.  Elles nécessitent en général un temps substantiel de la part des participants, elles peuvent facilement devenir trop factuelles, leur structure est très prévisible et les sujets traités ont tendance à être les mêmes.  Et je dis cela en reconnaissant que je ne maîtrise pas l'art d'engager des conversations qui sont à la fois stimulantes et instructives.  En tant que membre de la société pourtant, je porte une certaine responsabilité pour l'état actuel de la conversation.

Au coeur de la communication en face à face et en temps réel est l'interaction sociale et la conversation n'en est qu'une forme.  C'est au moins la façon dont je vois la chose.  Et il y a plus de joie à tirer d'autres formes d'interaction sociale qui sont libres des contraintes inhérentes dans la conversation courante.  Je ne peux même pas oser les nommer toutes, car elles sont sans limite à mon avis.  Mais il y en a quelques-unes que j'utilise régulièrement, et d'autres moins fréquemment.  Je vous présente quelques exemples ci-dessous.
  • Quand une personne qui regarde dans votre direction fait un signe de la main à quelqu'un d'autre (qui peut être visible selon vous ou pas), renvoyez-lui le même signe.
  • Quand vous êtes à bord d'un avion et celui-ci atterrit après un vol sans histoires et relativement court (1 à 2 heures), applaudissez fort pour célébrer l'atterrissage.
  • Quand vous lisez un livre dans le métro et vous voyez un autre passager lire un livre écrit dans la même langue que le votre, rapprochez-vous de lui et demandez-lui : "On échange de livres ?"
  • Quand vous croisez quelqu'un en mangeant un délicieux morceau de pâtisserie offert par la boulangerie d'où vous venez de sortir, demandez-lui s'il a déjà essayé cette pâtisserie de cette boulangerie.  S'il répond d'une façon autre que de dire oui, dites-lui "Bon, je vous la recommande !"
  • Quand vous tombez sur un animal peu fréquent présenté sur la rue où vous marchez dans le cadre d'un évènement ou d'une fête, par ex. un chameau à l'Epiphanie, pensez à demander à un autre piéton que vous croiserez quelques moments plus tard sur la même rue s'il aime ce genre d'animal.  Encore mieux, convainquez-lui qu'une grosse surprise l'attend.
  • Quand, peu après être sortie d'une station de métro lors de votre trajet au travail le matin, vous voyez quelqu'un devant vous sortir d'un immeuble et puis marcher vers la station de métro, dites-lui bonjour et demandez-lui : "Vous rentrez ?"
  • Quand vous voyez un groupe de cinq filles ou plus confortablement assises dans un bar en train de bavarder, abordez-les, dites-leur bonjour, et demandez-leur : "Alors les filles, de quoi voulez-vous parler ?"
  • Quand vous voyez une fille debout les yeux fixés sur l'écran de son téléphone portable, allez à côté d'elle, sortez rapidement votre téléphone portable et en faisant semblant de l'utiliser, demandez-lui : "OK, je t'écoute, 06 ..."
  • Quand vous êtes dans un bar bondé et une fille est en train de vous passer en portant une pinte de bière qu'elle vient d'acheter, dites-lui, "Hmmmn, ça sent bon !"
  • Quand une personne dans la rue vient vous demander la direction, aidez-lui en disant d'abord : "Vous avez combien ?"
  • Quand vous êtes en conversation avec des pairs que vous ne connaissez pas bien, interrompez à un moment inattendu en disant "Vous savez, c'est comme le fromage".

En effet, il n'y a aucune limite aux formes d'interaction que nous pouvons avoir avec les gens, si ce n'est notre propre imagination qui l'impose.  Nous n'avons même pas besoin d'utiliser des mots, dont une conversation ne peut pas se passer.  Tout ce qu'il faut, au minimum, ce sont des gens et une idée qui inclut les gens.  Plus l'idée est étrange, meilleure elle est, mais elle doit respecter les souhaits et le bien-être de tout le monde inclus.  C'est un art dans lequel le collectif ImprovEverywhere est clairement passé maître.

Mais pourquoi s'embêter avec les interactions sociales alternatives de toute façon ?  Parce que, dans un premier temps, c'est simplement fun de les utiliser pour aller au-delà des limites de ce qui est normal ‒ la conversation courante  ‒ de temps en temps.  Deuxièmement, elles peuvent servir de sources d'inspiration, nous permettant de concevoir de nouvelles idées destinées à des cadres sociaux, de les réaliser, et de peaufiner nos méthodes, voire d'imaginer d'autres formes d'interaction selon les impressions que nous recevons.  Une troisième raison est plus personnelle quoique universelle.  Ce genre d'interaction est un moyen rapide d'entrer en contact avec les gens autour de nous, avec lesquels nous n'aurions peut-être jamais imaginé avoir une conversation stimulante (une activité que beaucoup d'entre nous semblons aimer).  Je pense que certains problèmes auxquels nous faisons face en tant qu'individus en société n'auraient pas besoin d'être si nous entrions régulièrement en contact avec des gens que nous ne connaissions pas et que nous partagions avec eux plus de ce que nous appréciions de nos vies, même si cela ne durait que 10 secondes.  Brené Brown, professeur et chercheuse au Graduate College of Social Work de l'université de Houston, a affirmé lors d'un discours à la conférence TED que "les relations humaines sont la raison de notre présence sur terre. C'est ce qui donne un but et du sens à nos vies."  Je n'ai lu nulle part que nouer des relations avec quelqu'un nécessitait cinq minutes de conversation.

Cela dit, une conversation de cinq minutes a ses mérites.  Et elle ne doit pas être restreinte aux sujets courants.  Si ce sont des conversations stimulantes que nous voulons, nous avons une responsabilité de les encourager, en utilisant nos ressources personnelles (telles que la créativité, le savoir et le sens de l'humour, entre autres) autant que nécessaire.  Si j'ose dire, se plaindre qu'une conversation est banale ou superficielle peut être une signe qu'on n'exprime pas ses vrais intérêts ou ses vraies valeurs pendant la conversation.

Alors je suis partant pour une conversation, avec la famille, les amis, les collègues.  Mais je ne veux pas toujours attendre d'être réuni avec des gens de mon cercle social avant de pouvoir partager une idée, une découverte ou une expérience qui valent la peine d'être partagées.  Si, pour une raison ou pour une autre, je suis incapable de converser avec les gens autour de moi à un moment donné, je préfère établir le contact avec eux d'une autre manière, car ça peut être aussi fun que la conversation, et parfois plus.  Par ailleurs, ça donne du sens à ma vie.

dimanche 11 janvier 2015

je suis charlie


Merci à Aziz pour l'idée et pour le texte, tiré de la chanson "Ride Natty Ride" de Bob Marley. Le dessin a été finalement posé sur un carton que j'ai porté avec Aziz et Mélodie lors du rassemblement du 11 janvier à la place de la République, à Paris, en hommage aux douze personnes qui avaient perdu leurs vies dans l'attaque du 7 janvier au siège du journal Charlie Hebdo, à Paris.

Plusieurs personnes ont été blessées dans l'attaque, et des évènements liés se sont produits pendant les deux jours suivants dans la région parisienne, coûtant la vie à au moins cinq autres personnes.