samedi 28 septembre 2013

honneur aux jolies filles

Un soir de vendredi de l'année dernière, je me suis arrêté devant un supermarché dans un quartier de Paris près de la gare Saint-Lazare.  J'accompagnais deux amis, Jeannette et David, à une fête chez quelqu'un et nous voulions chercher de quoi manger avant.  A un certain moment lors de cet arrêt, j'observais les rues pleines de monde et j'ai remarqué qu'il y avait beaucoup de jolies filles.  Fasciné, j'ai dit un mot à David à ce sujet : "Putain, il y a beaucoup de jolies filles dans cette ville !"  Il a répondu, d'un ton plutôt sec : "Oui, il y a des jolies filles partout.  Mais ça ne sert à rien si on ne fait que regarder."  D'accord.

Plusieurs mois après, cet évènement toujours frais à l'esprit, j'ai lancé l'opération Les Jolies Filles.  Effectivement, il y a beaucoup de belles femmes à Paris et je me sentais prêt à faire davantage sur ce sujet que de regarder de loin.  En fait, je voulais changer comment je percevais les femmes en général.  J'en avais assez du fantasme dans lequel je les tenais, ainsi que des souffrances provoquées par le fait d'entretenir ce fantasme.

Autrement dit, l'opération Les Jolies Filles était destinée à me libérer d'un certain complexe d'infériorité.

L'opération telle que je l'avais imaginée avait certainement le potentiel de transformer le cours des évènements dans une situation similaire à celle que j'ai vécue à Angoulême en juillet dernier.  Elle se présentait aussi comme une excellente opportunité de mieux me familiariser avec les femmes en France, car la seule réponse que je pouvais offrir aux questions du type "Elles sont comment, les femmes en France ?" ou "Alors, les Françaises ?" était "Je ne sais pas vraiment", justement parce que je ne savais pas vraiment.  Une réponse qui refléterait ce que je croyais être le stéréotype, que les Françaises étaient "difficiles" et "exigeantes", était naturellement hors de question.

Alors pendant les cinq premiers mois de l'opération, j'ai dit "Bonjour" aux jolies inconnues que j'ai passées dans la rue.  L'interaction n'est pas allée plus loin que ça.  Il y avait peu de chances pour attendre un "Bonjour" en retour, voire moins pour avoir une conversation, car j'étais déjà parti chercher la prochaine jolie fille.  J'ai agi de cette manière tous les deux jours, et visé au moins deux femmes sans en dépasser cinq le jour de l'opération.

Après avoir pris mon temps pour saluer 250 femmes, je me suis dit qu'il était bien temps de passer à la vitesse supérieure.  J'ai donc décidé de m'arrêter une fois une jolie fille abordée pour interagir avec elle.  Mais uniquement pour lui dire "Je vous trouve très jolie" avant de reprendre mon chemin.

Pendant trois jours d'affilée, je n'ai pas pu faire décoller cette prochaine étape.  Ce n'était pas que je n'ai croisé aucune jolie fille, mais que je n'ai pas pu m'affranchir de la peur de dire quelque chose que je n'avais ni l'habitude ni la nécessité de dire à une fille que ne connaissait pas du tout, et en pleine rue, figure-toi.  En plus, j'avais peur que mes actions soient jugées par l'intéressée comme de la drague, ce qui me gênait.  Aux moments rares où je surmontais tous ces obstacles mentaux, j'ai essayé de faire la chose.  Je regardais presque chaque femme venant vers moi et je me préparais à dire les mots si j'avais pu conclure qu'elle était jolie, avant de finir par ne rien faire du tout au moment où nous nous croisions.  C'était une séquence d'évènements qui se répétait sans cesse, provoquant encore plus de chaos à l'esprit que la fois précédente.

Mais dans la matinée dominicale du premier septembre, j'ai réussi.  Je n'en voulais plus.  J'allais juste le faire.  Je devais aller au-delà de la peur.  D'ailleurs, comment pourrait-il être pénible de complimenter une fille ?  On m'avait souvent dit que les filles aimaient ce genre de choses.  Alors j'ai adopté un état d'esprit déterminé.  Plutôt que de prendre le métro ou un Vélib' comme je faisais d'habitude pour aller au marché d'Aligre, j'allais faire le trajet à pied et adresser la parole aux cinq premières jolies filles que je trouverais sur le chemin.  Ce que j'ai fait en fait.  Bon, cinq sur six.  Ou sept.

La première rencontre était intéressante et clairement la plus importante.  Sur une grande place quasiment vide, j'ai vu la cible, une jeune femme à lunettes à la peau mate et aux cheveux frisés.  Ayant décidé qu'elle était jolie, je l'ai arrêtée avec un "Bonjour" avant de conclure.  "Je vous trouve trrrrr, très jolie."  Un faible sourire s'est laissé échapper vers la fin.  Plus souriante que moi, la jeune femme a répondu : "Merci, c'est gentil."  Fin.  Sûrement, j'ai goûté au succès, mais c'était quoi cette espèce de R ?  La chose même ‒ la prononciation du R français ‒ au cœur de mon plus grand complexe avec la langue française avait ressurgi pour gâcher l'occasion tant attendue.  Ou plutôt, peut-être, pour rendre celle-ci plus mémorable.

Naturellement, le fait accompli m'a fait du bien et je n'ai pu être plus ravi du résultat.  Après tout, la cible a reçu un compliment sincère.  J'ai eu une expérience de courage.  A la fin, nous nous sentions mieux chacun.  Gagnant-gagnant.  J'adore les situations où tout le monde gagne.

J'ai enchaîné avec le reste des cibles sans beaucoup de problèmes jusqu'à la complétion de l'opération.  La cible numéro 2 m'a remarqué et m'a rapidement ignoré.  La cible numéro 3 a réagi en faisant des gestes de main qui semblaient dire qu'elle n'avait pas compris alors qu'elle bougeait les lèvres en même temps pour dire quelque chose sans que rien ne sorte.  En tout cas, elle est partie sans s'embêter une seconde de plus.  La cible numéro 4 m'a ignoré sans faire le moindre signe qu'elle m'avait vu.  La cible 5 m'a remercié avec un sourire.  La meilleure partie de toute cette histoire, c'était le bilan qu'a fait mon copain Aziz après que je lui ai raconté les évènements du jour : "2 remerciements, 2 ignorances et 1 confusion."

J'imagine ce genre d'interactions comme étant quelque chose d'amusant pour tous les participants.  Et donc, j'ai hâte de recevoir plus de remerciements, d'ignorances et de confusions.

vendredi 20 septembre 2013

souvenirs kenyans

Le mois dernier, j'ai voyagé au Kenya pour assister au mariage de Jeannette et Jeff, un couple de bons amis de Paris.

Avant et après l'occasion, j'ai pu explorer des quartiers de Nairobi et faire un tour dans les environs de la ville, où je me suis rapproché de la nature.  C'était tout splendide mais vraiment trop court !

Voici quelques souvenirs du voyage.

Nourrir (et baiser!) Stacy au Giraffe Centre (Lang'ata, Nairobi)

Carnivore, classé l'un des 50 meilleurs restaurants au monde (Lang'ata, Nairobi)


Déjeuner : pilau, sukuma wiki, kachumbari, chapati, ugali et du poisson savoureux

Peinture du Big Five + girafe au point de vue de la Great Rift Valley

Vue depuis la Mount Longonot

Point de cratère et "faux sommet" de la Mount Longonot

Marabout près du Lac Naivasha

Groupe d'hippopotames au Lac Naivasha

Encore du poisson savoureux avec une Stoney Ginger Beer (Ranalo Foods, Nairobi)

Quelque chose d'utile pour manger de l'ugali chez Ranalo Foods : des lavabos extérieurs (Nairobi)

jeudi 12 septembre 2013

vaincre ma timidité

"Vaincre sa timidité" est une expression dans la langue française qui n'a jamais cessé de me fasciner.  Et maintenant que j'y pense, je n'ai presque jamais vu ni entendu "vaincre" et "timidité" utilisés autrement, voire séparément.  Peut-être que je ne fais pas beaucoup d'attention aux autres façons d'employer ces mots ou peut-être que je distingue cette expression parmi les plusieurs que je rencontre tous les jours, parce que je suis peut-être timide.  Franchement, est-ce surprenant que j'aborde ce sujet même ?

En juillet dernier, lors d'un stage de dessin que je suivais à Angoulême, j'ai fait la connaissance de Mélanie, une autre participante.  Nous nous sommes mis à parler lors d'un déjeuner en groupe le premier jour, et je l'ai trouvée plutôt sincère et simple.  Et jolie aussi.  L'attirance n'a pas tardé à se développer.

Un soir, après une journée pleine d'exercices de dessin, Mélanie et moi avons été amenés en centre-ville par Dominique, une autre élève.  Pendant que nous cherchions des souvenirs à acheter, Mélanie a proposé un dîner chaud dans sa chambre d'hôtel avec cuisine équipée, vu que nous étions chacun seul dans la ville.  "Ca pourrait être sympa", a-t-elle ajouté.  En effet, j'ai pensé.  Nous sommes donc allés faire des courses dans un supermarché et puis partis en direction de son hôtel.  Comme il ne m'arrivait pas souvent d'être invité par une fille plutôt inconnue à dîner chez elle, j'ai commencé à me sentir anxieux.  La situation était encore plus troublante en raison de mon attirance croissante.

Pendant le dîner, Mélanie et moi nous sommes mieux connus.  Plus correctement, c'était moi qui l'ai mieux connue.  C'était tout ce que je me suis permis de faire, par peur de l'incertitude qui aurait suivi si j'affirmais que je craquais pour elle.  Finalement, après être parti pour mon hotel, je n'ai pas pu m'empêcher de regretter les occasions manquées pour exprimer mes sentiments.  Toutefois, je suis resté optimiste.

On était le lendemain.  Le dernier soir avant la fin du stage allait arriver dans quelques heures et j'espérais vraiment me retrouver de nouveau chez Mélanie.  Chose faite.

Dîner agréable, conversation intéressante et anxiété constante, le tout encore une fois.  Je suis resté toujours à l'affût d'un bon moment de briser la glace.  Il semblait qu'il y en ait plusieurs, mais j'ai hésité à les saisir.  J'étais mis au supplice par la conscience du fantasme et de la réalité en meme temps ; le conflit évident entre les deux était bien difficile à tolérer.  Quelque temps après le dîner, m'étant retrouvé à court de mots, je me suis résigné à l'avis que le moment était venu de rentrer à mon hôtel.  Je me suis donc levé pour atteindre la porte.  Mais sans avant d'oser quelque chose à la dernière minute.

Comme Mélanie et moi parlions des peurs à ce moment-là, j'ai avoué que j'avais une peur.  Elle a demandé ce qu'elle était et j'ai trouvé intéressante l'idée de la surmonter à cet instant même.  Les scènes qui ont suivi se sont réalisées vite et restent floues.  Je sais que je m'approchais de Mélanie, qui était debout à une certaine distance, avant de reculer à mi-chemin comme si un champ de force invisible m'avait empêché d'avancer.  Ce que j'ai ressenti à l'époque ressemblait à la honte.  Et tout ce temps-là, Mélanie restait sans bouger, regardant en silence.

Me sentant soudainement exposé, j'ai révélé que j'avais essayé de l'embrasser.  C'était quand meme clair que je ne m'étais même pas donné une chance juste, ayant saboté ma tentative.  Malgré tout, Mélanie a gardé son silence.

Comme j'avais déjà annoncé mon départ, j'ai retrouvé mon chemin vers la porte, soulagé de mon anxiété mais déçu de mon effort.  Une fois que nous sommes entrés dans le couloir, Mélanie a rompu le silence, s'exclamant "Mais tu es timide !", comme si elle n'arrivait pas à le croire.  "Ben, c'est evident, non ?", ai-je demandé en réponse.  Elle a réfléchi une seconde.  "Un peu", a-t-elle dit, amusée, laissant s'échapper un léger sourire.

Alors je suppose que je suis timide, au moins avec une femme.  Après tout, j'ai reconnu cela.  "Tu es la personne que tu as choisi d'être", dit Paul Arden.  Franchement, tout ce que je veux être est un esprit libre, pas seulement dans ce que je fais mais aussi par rapport à qui je suis.  Vaincre sa timidité, je trouve ça important à cette fin, mais ce n'est qu'un moyen.

Etre un esprit libre va au-delà de ce moyen.  Et il me semble que le sujet n'occupe pas de place dans le discours populaire.  Peut-être parce que le terme "esprit libre" n'est pas facilement défini.  Ou peut-être parce qu'une telle existence paraît difficile à atteindre, si pas impossible.  Est-ce meme important, pour commencer ?  Qui sait.  Bon, il n'y a pas de souci.  Nous allons juste résoudre le problème en nous contentant de quelque chose que nous pouvons reconnaître ou à quoi nous pouvons nous identifier.  La timidité, et le fait de la vaincre.

Donc, si tu vois, entends ou lis que je fais des choses débiles, mal ou peut-être purement et simplement sublimes, sache que j'essaie seulement de vaincre ma timidité.

vendredi 6 septembre 2013

rêves partagés

La célébration du 50ème anniversaire du célèbre discours "I Have a Dream" de Martin Luther King, Jr., prononcé lors d'un rassemblement au Lincoln Memorial à Washington, D.C. le 28 août 1963, m'a inspiré pour présenter un article écrit par Simon Sinek.

Intitulé "Movement", l'article décrit comment Martin Luther King, Jr. a été capable de déclencher un mouvement pour amener les droits civiques aux Etats-Unis.  A sa conclusion, Simon partage qu'il avait été inspiré pas seulement par Dr. King lui-même, mais aussi par comment Dr. King a inspiré un mouvement.  En tant qu'un admirateur de l'oeuvre de Simon, je peux comprendre ses propos car il a commencé lui-même un mouvement il y a quelques années.


Cliquer ici pour voir l'article dans son intégralité (fr)

D'un point de vue personnel, j'ai été attiré à l'article en lisant un détail précis : 250.000 de personnes sont venues entendre Martin Luther King, Jr. parler, mais pas pour celui-ci.  Laisse-moi reformuler cela : aucune personne dans cette énorme foule n'était présente à cause du Dr. King.  Alors, pourquoi étaient-elles là ?

Pour elles-mêmes.  Elles sont venues pour elles-mêmes.

Et cela est la force de partager des rêves.  Les organisateurs du rassemblement à Washington avaient dû exprimer au grand public quelque chose qui avait du sens pour que 250.000 de personnes manifestent ce jour-là.  Puis, dans son discours, Martin Luther King, Jr., a parlé d'un rêve auquel certaines personnes dans le rassemblement pouvaient s'identifier.  Les valeurs évoquées dans le rêve, notamment celles de la liberté et de l'égalité, importaient autant à ces gens qu'au Dr. King.  En partageant son rêve avec une éloquence remarquable, Dr. King leur a permis de se reconnaître et de voir leur rêve plus clairement.

Alors Dr. King faisait un rêve, et il a dit autant.  Et nous ?  Est-ce que nous faisons des rêves ?  Si oui, est-ce que nous les partageons ?  Il me semble que certains croient que les rêves ne doivent pas occuper une place importante dans la réalité.  Ils estiment que de tels sujets sont réservés aux enfants et aux adultes qui n'ont pas le sens de la réalité.  D'autres se trouvent en compagnie de gens pour qui les rêves n'existent pas, donc tout discours sur le thème leur est essentiellement étranger.  Et il y a encore un bon nombre de gens qui font tout pour réaliser les rêves des autres tout en négligeant les leurs, sans même s'en rendre compte.

Naturellement, je ne m'abonne pas à ces attitudes, car je suis un rêveur.  Un rêve ‒ appelons-le une vision si ça fait plus adulte ‒ peut servir pas seulement de compas pour naviguer dans la société complexe où nous vivons, mais aussi de chemin à une vie continuellement pleine de sens.  Pour citer Paul Arden, "ta vision d'où ou de qui tu veux être est le plus grand atout que tu aies."  Il reste à s'investir dans la poursuite de cette vision.  Je trouve que c'est là où se trouve souvent la joie de vivre.

Alors qu'un rêve individuel doit être poursuivi pour qu'il puisse créer son effet magique, il peut aller encore plus loin quand on le partage avec d'autres personnes qui font le même rêve.  L'union fait la force, vraiment.  Sûrement, Dr. King et ses collaborateurs comprenaient cela.

Quel est mon propre rêve ?  En fait, je ne sais pas.  Il me manque de mots pour le décrire clairement.  De toute façon, je sais qu'il s'agit de vivre dans un monde qui m'est propre, mais qui inclut d'autres personnes.

Au moins je vais partager ça.