jeudi 26 décembre 2013

l'artiste refoulé

Art should comfort the disturbed and disturb the comfortable.

L'art devrait conforter le troublé et troubler le confortable.

‒ Cesar Cruz

La citation ci-dessus est juste magnifique.  Je me suis retrouvé en pleine euphorie après l'avoir découverte sur la page twitter de Simon Sinek il y a un an.  Je me sentais aussi reconnu.  Je m'étais toujours vu comme un artiste, comme une âme torturée qui se mettait alors à exposer ses idées et ses sentiments intimes dans l'intention d'apaiser la peine qu'il éprouvait.  De tels actes d'exposition étaient loin d'être confortables et la plupart du temps, ce qui était exprimé n'avaient pas de sens ni pour les gens de mon entourage ni pour les inconnus.  Pourtant, en fin de compte, une fois que le fait était accompli ‒ si le fait était accompli ‒ je goûterais souvent une paix profonde et rare.  Par contre, si le fait n'était pas accompli, la torture ne ferait que s'intensifier.  Alors la seule suite logique, c'était de continuer.

On dit souvent que l'adolescence est marquée par la rébellion, qu'un individu commence à s'affirmer pendant cette période.  On parle d'une personne qui a la moitié de mon âge.  En réalité, je ne sais pas si c'est vrai, mais il apparaît que c'est ce qui est accepté, notamment dans les pays occidentaux.  Le souci, c'est que je ne me souviens pas d'avoir vécu une telle expérience.  J'ai passé mes années d'adolescence à répondre avec excellence aux attentes des autres, à force de tenir un long record de bonnes notes et de m'adhérer sans failles au règlement scolaire.  En dehors de l'école, l'histoire n'était pas très différente.  Je jouais le rôle d'un garçon qui respectait le jugement de ses aînés, qui évitait le risque et l'incertitude, et qui analysait les situations avant de décider de ce qu'il devrait faire et de ce qu'il devrait dire.  En fait, depuis le passage à l'âge adulte, je suis le droit chemin sans le remettre en cause.  C'est un chemin qui est bien connu, apprécié et suivi par beaucoup de gens.  Il paraît confortable aussi.

Mais ce qui cloche dans cet état de confort, c'est que je me vois comme un artiste.  C'est une vision que j'ai eue de moi-même pendant longtemps et je la vois durer encore pour longtemps.  Au fil des ans, j'ai réussi à trouver des moyens de laisser s'épanouir cette fibre artistique.  Pourtant, ces essais, quoique passionnés, sont restés petits par en comparaison du droit chemin qui les a toujours dirigés.  Ayant conscience de ce conflit plus que jamais avant, je ne peux plus me permettre de valoriser une vie socialement correcte tout en y soumettant la vielle vision de moi-même comme un artiste, ou encore mieux, comme un esprit libre.  Cela ne m'amènerait que de la torture, et j'en ai déjà assez pour de la compagnie.  Il s'ensuit qu'une sorte de rébellion sera nécessaire.  Une rébellion contre la droiture qui fait obstacle, pour être plus précis.  D'ailleurs, j'ai raté l'occasion de connaître cela pendant mon adolescence, n'est-ce pas ?  Et voilà, j'ai une nouvelle opportunité maintenant dans ma vie d'adulte.  Certes, la rébellion individuelle n'est pas habituellement synonyme de l'âge adulte.  On s'attend à ce que l'adulte soit sérieux, prudent, raisonnable, humble, à ce qu'il prenne soin des autres et à ce qu'il contribue à la société.  Tout ce qui y est contraire est réservé à la génération des jeunes.  Bon.  Tout ce que ça me dit est de choisir des moyens adultes de mener une rébellion.  Tout ce que ça me dit est d'être un rebelle avec une cause.  Après tout, c'est soit cela, soit courir le risque de s'isoler des autres adultes.  Et voilà est une autre source de torture dont je préfère me passer.

Alors chers amis, c'est l'heure de se rebeller.


L'une des clés pour vous exprimer dans l'art est d'essayer de casser la maîtrise de soi, de voir si vous pouvez transcender la part socialisée de votre esprit, le surmoi — quel que soit le nom que vous lui donnez. […] L'art, heureusement, est un domaine où vous pouvez dépasser cela, vous en débarrasser et révéler quelque chose de plus profond. Je sais que dans mon travail, je dois sortir ces trucs, ça ne peut pas rester à l'intérieur : toute cette folie, ces trucs sexuels, l'hostilité envers les femmes, la colère contre l'autorité.

‒ Robert Crumb


samedi 7 décembre 2013

pourquoi j'aime paris (2)




Ces photos ont été prises un dimanche après-midi en septembre 2008.  Mon amie Stephanie visitait Paris à l'époque et nous venions de revenir d'un voyage passionnant dans l'ouest de la France qui a commencé à Rennes et qui s'est terminé à Blois.  Ce dimanche était le dernier jour de vacances de Stephanie et, après nous être baladés dans la rue Mouffetard, nous avons décidé d'aller faire un tour à Montmartre.  A notre arrivée, nous nous sommes naturellement faufilés dans les foules qui flânaient à l'extérieur de la basilique du Sacré-Cœur avant de nous joindre à celles qui se traînaient à l'intérieur, nous avons admiré la couleur jaune vif des habits de la jeune fille qui jouait de l'accordéon tout près, et puis, au loin, nous avons aperçu la tour Eiffel.  Deux fois.

Du bon temps.

lundi 2 décembre 2013

investors in paris

Investir dans Paris.

Ca a l'air ridicule, non ?

Bon, ça pourrait l'être aux certains habitants de Paris, notamment des Français ou des ressortissants des anciennes colonies françaises.  Presque tout Parisien serait d'accord qu'il n'est pas inhabituel de tomber sur des gens qui déplorent Paris ou qui réitère leur souhait de s'enfuir à des territoires plus attirants, ce qui veut dire des pays anglophones comme l'Angleterre ou les Etats-Unis en général.  Peut-être que c'est l'attitude, le coût de la vie, la bureaucratie, les vielles mentalités, les systèmes soit qui semblent arriérés soit qui ne fonctionnent simplement pas ou l'absence de gens joviaux dans le métro.  Je me demande si j'ai tout entendu.  En tout cas, je doute que je puisse aider à réduire les soucis de ces Parisiens, étant donné que je suis un étranger adulte à Paris dont la langue maternelle est l'anglais.  N'ayant emménagé à Paris qu'il y a quelques années, je ne peux pas totalement m'identifier.

Je m'identifie par contre aux étrangers qui cherchent à quitter Paris parce que, comme ils pourraient le dire, ils en ont assez.  J'en ai connu quelques-uns ces dernières années et je ne peux pas m'empêcher d'être attristé en entendant leurs souhaits de partir.  Après tout, beaucoup de gens viennent dans la capitale française enthousiastes d'une nouvelle aventure, seulement pour finir par vouloir partir après une période courte parce que "ça ne marche pas" (on ignore ce que cela veut dire).  En dehors d'éléments sans rapport avec Paris, je suppose qu'un bon nombre de ces idées de fuite ont pour point de départ les gens à Paris.  Admettons que les Parisiens n'ont pas tendance à accueillir les nouveaux venus à bras ouverts.  Et alors qu'ils ne t'offenseront probablement pas, ils pourront juste ne pas reconnaître que tu es là.  L'opinion bien répandue qu'il y a beaucoup de beauté et de culture à Paris est formidable pour quelqu'un qui y emménage, mais, au bout d'un certain temps, un besoin fréquent de rapports sociaux prend le dessus.  Les étrangers peuvent tout à fait développer ces rapports au sein de groupes qui leur sont destinés, renonçant donc à la communauté française locale, dont les membres se regarderont naturellement les uns vers les autres lorsqu'ils veulent satisfaire le même besoin.  En raison de l'abondance évidente de Français à Paris, le besoin est facilement satisfait et le sens du confort est vite rétabli.  Après tout, Paris reste un endroit construit par les Français pour les Français.  Pour l'étranger adulte attaché à une façon de vivre différente, ce genre de situation peut inculquer une pression de se conformer ou entraîner une crise d'identité.  Ou même nourrir l'idée de quitter la ville.

Pourtant, malgré ces conditions, il y a une grande opportunité à Paris pour l'étranger de s'engager avec le francophone.  La ville offre évidemment une riche culture et c'est plus souvent que non par ses habitants qu'on découvre au mieux cette culture.  Au-delà de Paris est la France et beaucoup de Parisiens se réjouissent de l'opportunité de présenter des aspects de la culture française aux étrangers qui n'en ont peut-être aucune idée.  Appellez-le la fierté française si vous voulez.  Si vous aimez apprendre des nouvelles choses, vous pouvez compter sur les Français pour qu'ils vous éclairent à cet égard.  Effectivement, certains Parisiens se montrent désagréables et d'autres ont leur particularités qui nous agacent.  Si on accepte que cela fasse partie de la vie puisque nous sommes tous différents (n'est-ce pas ?), nous pouvons être plus compréhensifs.  Par ailleurs, un comportement désagréable n'est qu'une partie de l'histoire ; il est possible qu'une autre partie inclue des choses plus gaies.  En plus, il peut y avoir quelque chose d'intéressant dans la manière dont les Parisiens s'expriment (sans violence bien sûr) lorsqu'ils sont en colère ou agaçants.  Parfois, c'est comme du théâtre que certains d'entre nous sommes incapables soit de produire soit de produire aussi bien.  Peut-être que nous ne l'apprécions pas, mais nous allons en parler.

Cela dit, la plus grande partie de l'opportunité d'épanouissement à Paris reste plus entre nos mains que dans celles des gens avec qui nous partageons la ville, en ce qui concerne notre expérience en tant qu'étrangers.  Chacun d'entre nous a quelque chose à offrir, quelque chose qui puisse enrichir la vie des autres Parisiens.  Oui, nous sommes largement moins nombreux par rapport aux Parisiens francophones.  Mais ce petit nombre fait de nous la rareté, l'exception.  En d'autres termes, notre différence nous rend spéciaux.  Nous n'avons même rien à faire pour être spéciaux ; nous le sommes juste en étant à Paris.  Et je pense que nous devons profiter de cela.  Même mieux, si nous pouvons profiter de cela d'une façon bénéfique à laquelle les Parisiens francophones peuvent potentiellement s'identifier, ils pourront reconnaître notre valeur.  Il ne s'agit ni d'essayer de changer la culture française ni de respecter la culture française.  Il s'agit plutôt de trouver un terrain d'entente, où nous exprimons notre différence au profit des gens parmi lesquels nous nous sentons différents.

C'est comme la fameuse expression "Laissez un endroit meilleur que vous l'avez trouvé."  C'est comme la plus célèbre des paroles de l'ancien président américain John Fitzgerald Kennedy: "Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous ; demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays."  Alors que peux-tu faire pour Paris et pour ses habitants ?  Que voient tes yeux étrangers depuis que tu es Paris ?  A tes yeux étrangers, qu'est-ce qui manque à Paris et qui, s'il était fourni, pourrait bénéficier aux Parisiens ainsi qu'à toi-même ?  En effet, on ne parle pas que de Paris ; tu es également aussi concerné.  Il s'agit de ton propre expérience à Paris, pas juste celle de l'étranger (ou celle du francophone d'ailleurs).  Il s'agit du temps que tu investis dans Paris.  Cet investissement est-il rentable pour toi en ce moment ?  Crois-tu qu'il donnera un rendement important à l'avenir, même dans une vie après Paris ?

Je crois que c'est par cette considération mutuelle pour Paris et pour soi-même qu'un étranger peut s'épanouir dans la ville.  C'est comme un mariage où les deux parties doivent maintenir un équilibre.  Si l'étranger donne trop à Paris, il risque de perdre son sens du moi.  S'il se donne trop à soi-même, il risque de se sentir isolé.

Il y a quelques années, quand je vivais une histoire d'amour passionnée avec la langue française aux Etats-Unis, j'ai décidé de prendre un mois de congé — pratiquement plus que ce à quoi j'avais droit par an — pour vivre à Paris.  Un après-midi pendant mon séjour, j'ai fait la connaissance de Colette, une femme merveilleuse et professeur de français — avec qui une amie francophile m'avait mis en contact.  Entre pique-nique et promenade dans le square au centre de la place des Vosges, Colette sentait mon enchantement avec beaucoup de choses parisiennes et françaises.  Par conséquent, elle a conclu que je me posais la question de vivre à Paris pour un temps plus long qu'un mois.  Elle m'a promptement averti : "Paris, c'est un mythe."  J'ai eu une réaction similaire après être revenu aux Etats-Unis, où quelques personnes m'ont fait remarquer les difficultés de la vie à Paris, peut-être dû à une impression des Parisiens comme des gens froids.  Dans les deux cas, je me suis dit assez naïvement, "Ah, je vais les charmer de toute façon."

Huit ans après ce séjour à Paris, j'ai finalement le sentiment de réaliser l'opportunité de faire juste cela.

dimanche 24 novembre 2013

en l'absence du mentor

Il y a quelques mois, j'ai eu un échange écrit avec mon ami Keith au sujet des mentors.  Il m'a présenté les avantages d'un mentor.  Quelqu'un qui te pousse quand tu te sens faible.  Quelqu'un qui te guide à travers les incertitudes de la vie.  Quelqu'un qui a déjà passé par là et qui peut te montrer un chemin vers la sortie.  Et ainsi de suite.

J'étais d'accord avec presque tout ce que Keith disait.  Vraiment, les mentors sont géniaux.  Mais je n'en ai pas en ce moment.  Peut-être que je n'ai pas investi autant du temps et de l'effort qu'il faut pour en trouver un.  Peut-être que quelqu'un que je connais essaie d'être mon mentor mais que je ne le reconnais pas comme tel.  De toute façon, en ce qui me concerne, je n'en ai aucun.  Alors, compte tenu des grands rêves que je veux réaliser, quelle est la meilleure chose suivante ?

Fais les choses toi-même.

La vérité, c'est que toute personne compétente pour être un mentor qui ne peut en être un pour toi.  Même les mentors qui semblent te convenir ne sont pas toujours disponibles.  Même après que tu trouves un mentor qui convient et qui est disponible, tu ne peux pas simplement t'attendre à ce qu'il fasse des miracles dans ta vie.  Il faut que tu aies quelque chose à montrer.  Que ce soit de la clarté de ce que tu veux, une volonté de réaliser des projets, une expérience de l'accomplissement de grandes choses, ou même juste une émotion intense (qui n'est pas nécessairement positive) par rapport à quelque chose de précis.  Ou encore autre chose.  Je pense que les meilleurs mentors sont enclins à aider si tu as quelque chose à montrer.  Ca me rappelle une citation formidable que j'ai apprise en français il y a quelques années : "Aide-toi et le ciel t'aidera."  Alors, comment vas-tu procéder pour avoir quelque chose à montrer ?

Fais les choses toi-même.

Jusqu'à ce que tu trouves un mentor suffisamment bon et disponible pour toi, tu as intérêt à entreprendre les choses toi-même.  Cela veut dire ne pas rester passif, ne pas passer ton temps à faire de choses plus faciles et moins importantes.  Si tu es dans l'action par rapport à ce qui t'importe dans la vie, même si c'est lent ou discutable, tu cultives un sens de l'engagement qui peut être attirant à un mentor, et celui-ci peut être inspiré pour t'aider.  Si tu restes passif ou que tu occupes ton temps dans des activités triviales, alors, tu ne fais rien d'autre que de prendre l'habitude de faire justement ça, ce qui rend difficile l'abandon de cette habitude après que tu croises le chemin avec quelqu'un en qui tu pourrais voir un mentor idéal pour toi.

Alors fais les choses toi-même, lorsque tu n'as pas le luxe d'un bon mentor.  D'ailleurs, en fin de compte, il s'agit de toi qui fais le travail.  Avoir un mentor ne veut pas dire qu'il va faire le travail pour toi.  Un mentor est principalement un moyen à une fin ; une fin que tu définis, directement ou indirectement.  Le mentor est là pour rendre le processus plus rapide, plus facile, plus efficace en général.  Et c'est probablement plus fun avec un mentor que dans le cas contraire.  Cela dit, même dans ces conditions préférables, toujours est-il qu'il y a du travail à faire et que c'est toi qui dois en faire la plus grande partie, si pas tout.

S'adapter à travailler sans mentor en restant ouvert à l'éventualité d'en trouver un exige qu'on épouse la méthode des essaies et des erreurs.  C'est un processus qui peut être instructif, même si long.  Sans un mentor, nous pouvons nous munir d'informations de la littérature de toutes sortes, des gens que nous connaissons, de l'actualité ‒ vraiment, les sources d'inspiration sont sans fin et à notre portée.  De ma part, j'ai l'impression d'avoir des "mentors virtuels" comme Simon Sinek et Paul Arden en l'absence d'un vrai, et ils m'aident depuis longtemps.  En ce qui concerne la pratique de nouvelles choses, nous devons garder un esprit ouvert en posant des questions sur les choses que nous avons toujours considérées figées et en imaginant différentes possibilités.  Après, nous devons nous permettre de réaliser certaines de ces possibilités.  Est-ce que ça marche ?  Est-ce que ça ne marche pas ?  Comment me sens-je par rapport à ça ?  Qu'est-ce que je peux faire de mieux ?  Où puis-je trouver d'autres opportunités ?  Voilà quelques-unes des nombreuses questions que nous pourrions découvrir et redécouvrir pendant le processus.  Des questions qui excitent, des questions qui motivent, des questions qui inspirent, des questions qui nous amènent à développer un sens dans nos vies.

Comme je le vois, ce type de processus convient justement aux esprits libres.  Alors qu'un mentor est appréciée, les esprits libres n'en dépendent pas, techniquement parlant.  Les esprits libres adorent aller dans un territoire inconnu et y construire leur propre chemin, même s'ils choisissent des personnes de les aider à le faire.  Un mentor peut être un ressource formidable pour un esprit libre, mais je pense qu'une présence excessive du mentor peut miner l'esprit libre.  Idéalement, le meilleur mentor serait celui qui permet à l'esprit libre chez une personne de fleurir, afin que celle-ci puisse mener une vie de son choix en l'absence du mentor.

Si tu crois que tu peux être un bon mentor pour moi et que tu es disponible, fais-moi savoir comment je peux te joindre en laissant un commentaire ci-dessous. 

samedi 16 novembre 2013

cinq promenades dans le 11ème

Qui est de retour ?

L'opération 50 First States !

Je devrais peut-être la renommer "5 x 10 First States" ou quelque chose de similaire.  Longue histoire.

Alors, après plusieurs déceptions et reprises, mes pieds ont finalement parcouru le 11ème arrondissement de Paris, passant plusieurs sites importants au long du chemin.  Cela a pris cinq promenades, où chacune continuait à partir de là où la précédente s'était arrêté un jour précédent.

En plus d'aborder uniquement des gens entourés d'autres gens pour me retrouver dans une foule, ce qui était nécessaire à cette étape de l'opération, j'ai décidé de formaliser une réplique pour chaque promenade si la personne abordée demandait pourquoi je faisais ce que je faisais.  Alors que la raison donnée dans la réplique devait être inhabituelle ou amusante étant donné le contexte de rencontrer des inconnus dans la rue, elle devait être aussi authentique.

Les cinq répliques :
  • I am just bored
  • I am just trying to be creative
  • I am trying to change the world
  • I am trying to overcome my shyness (new)
  • I am trying to stop caring about what people think about me (new)

En VF :
  • Je m'ennuie, tout simplement
  • J'essaie d'être créatif
  • J'essaie de changer le monde
  • J'essaie de vaincre ma timidité (nouveau)
  • J'essaie d'arrêter de penser à ce que les autres pensent de moi (nouveau)

Enfin, je voulais que les répliques parlent des choses auxquelles les gens pourraient s'identifier.  Cheyenne, Wyoming, ne leur dit probablement rien, par exemple, mais la timidité?  Ca, ils connaissent.

Ci-dessous est un rapport des découvertes faites et de certaines des expériences créées lors des cinq promenades.

1. Place de la Nation
La place de la Nation est une place située à l'intersection des 11ème et 12ème arrondissements.  Anciennement appelée la place du Trône en raison de l'entrée solennelle dans Paris de Louis XIV et Marie-Thérèse d'Autriche, elle était un vaste espace herbeux qui se prolongeait en vignes et jardins maraîchers jusqu'au mur des Fermiers généraux, l'une des anciennes enceintes de Paris.  Elle abrite au centre Le Triomphe de la République, un monument en bronze commandé en 1879 pour commémorer le centenaire de la Révolution française.  Ce monument présente la République encadrée par diverses figures allégoriques et tournée vers la place de la Bastille, créant ainsi un axe républicain fréquemment utilisé pour des manifestations publiques.








Colonnes de l'ancienne barrière du Trône

2. Rue de Charonne
La rue de Charonne est une longue rue qui traverse l'arrondissement, joignant le 12ème près du quartier de Bastille au 20ème près du cimetière Père-Lachaise.  Au long du chemin, on peut trouver plein de commerçants, de galeries d'art et de restaurants, dont certains sont tendance et d'autres populaires.  La rue donne accès à d'autres sites, comme la cour Saint-Joseph, la cour Saint-Viguès et le Palais de la Femme, une immense résidence qui appartient à l'Armée du Salut et qui accueille des femmes seules ou avec enfants.



Après être entré dans la rue du faubourg Saint-Antoine depuis la rue de Charonne, j'ai abordé une femme attendant à un arrêt de bus sur la rue du faubourg Saint-Antoine pour lui demander si elle était de Tallahassee, Florida.  Avec un air chaleureux, elle a répondu : "I have never been to Florida.  I don't have any feeling for that kind of society."  Ce qui m'a amené à demander : "What kind of society do you think is there?"  Regrettablement, je ne lui ai pas donné l'occasion de donner une réponse, car je l'ai interrompue en disant "Beach society?  Yeah, I don't like the beach that much either."  Elle a souri.

Juste après cette rencontre, j'ai répéré un monsieur sur le trottoir devant la terrasse d'un restaurant.  Il avait une apparence assez punk et fumait une cigarette.  Je suis allé lui demander s'il était d'Atlanta, Georgia.  Il m'a fait arrêter par un geste de la main pour me faire comprendre qu'il ne voulait pas être embêté, ajoutant "Don't speak French."  D'accord.

3. Rue de Lappe
La rue de Lappe est une rue près du quartier de Bastille.  Elle accueillait dans la première moitié du 19ème siècle des boutiques consacrées à la distribution des métaux comme le zinc, le cuivre et le fer.  Au tournant du siècle, toutefois, la rue avait cédé à des activités plus festives, avec l'arrivée des cabarets, des cafés et des bars où les clients dansaient le bal-musette et la bourrée, des styles de musique populaires de l'époque.  Aujourd'hui, la rue est très réputée pour sa vie nocturne.



4. Place de la Bastille
La place de la Bastille est une large place au carrefour des 4ème, 11ème et 12ème arrondissements. On lui donne ainsi qu'à ses environs souvent le nom Bastille, tout simplement. La place occupait le site de l'ancienne prison de la Bastille, qui fut prise le 14 juillet 1789 lors des commencements de la révolution française. Au centre se trouve la colonne de juillet, érigée en souvenir des trois journées de la révolution de juillet, dites "Les Trois Glorieuses." Aujourd'hui, la place est appréciée par touristes et Parisiens et accueille fréquemment des manifestations politiques et culturelles.

Cyclistes courageux


Génie de la Liberté



Au côté ensoleillé des choses


Sur la place, je suis tombé sur un homme grand qui parlait très bien anglais.  Après m'avoir révélé qu'il ne venait pas d'Annapolis, Maryland, il m'a demandé : "Why did you ask that?"  Je lui ai dit que j'essayais juste d'être créatif.  Il a souri et puis il est parti, sans rien dire.

5. Boulevard Richard-Lenoir
Le boulevard Richard-Lenoir est un boulevard bordé d'arbres qui prend son départ à la Place de la Bastille. Il est nommé en l'honneur de deux manufacturiers d'étoffes, François Richard et Joseph Lenoir-Dufresne, qui ont connu la prospérité dans le commerce du coton en France au début du 19ème siècle. Le boulevard est remarquable pour son terre-plein central, qui, en plus de recouvrir une partie du canal Saint-Martin, est le site de plusieurs squares, d'un marché d'art hebdomadaire (Marché de la création) et d'un marché bihebdomadaire, l'un des plus grands de Paris (Marché Bastille), où se vendent fruits et légumes entre autres.

Un dimanche matin au marché Bastille





L'un des squares sur la promenade Richard-Lenoir

Suivant mon chemin à travers le marché animé, j'ai aperçu une femme debout dans une petite foule devant un stand.  Je suis allé savoir si elle était de Jefferson City, Missouri.  Dans un anglais comparable à celui d'un Américain, elle a répondu que non, ajoutant "Do I look like someone you know?"  A mon tour de répondre : "No.  Do I look like someone you know?"  Au final, elle a dû comprendre que l'échange n'était pas à prendre (trop) sérieusement.

6. Cirque d'hiver
Le Cirque d'hiver est un haut lieu accueillant des cirques, des spectacles équestres, des concerts et même des défiles de mode. Conçu par l'architecte Jacques-Ignace Hittorf et inauguré par l'empereur Napoléon III le 11 décembre 1852 avec le nom Cirque Napoléon, le cirque est un polygone à vingt côtés percés de quarante fenêtres, d'un diamètre de 41 mètres et avec des colonnes corinthiennes aux angles.


Femme avec baguette


Tigres à Paris !

7. Rue Oberkampf
La rue Oberkampf est une rue qui traverse l'arrondissement, du 3ème arrondissement à l'ouest au 20ème arrondissement à l'est.  Formée par une urbanisation progressive à partir de la fin du 18ème siècle, cette rue est parfois considérée comme un "rue-faubourg", car il s'agit d'une voie commerçante qui va du centre de Paris vers les portes de celle-ci et sur laquelle il y a une circulation intense.  Dans les années 1990, elle est devenue un lieu à la mode, avec une forte présence de bars, de cafés, de restaurants, de boîtes de nuit et de salles de concert, en particulier dans le quartier autour de sa moitié orientale, à proximité de Ménilmontant.



Je suis tombé sur un homme dans le rue Oberkampf et je lui ai demandé s'il était d'Albany, New York.  Il m'a demandé ce que je cherchais.  Je lui ai dit "I am trying to overcome my shyness".  Il a indiqué qu'il ne comprenait pas le mot "shyness".  Alors j'ai dit "timidity" et il a compris.  Il m'a dit "bonne chance" avant de partir.

Après avoir marché dans la direction est sur la rue Oberkampf jusqu'au boulevard de Ménilmontant, j'ai fait demi-tour pour marcher dans l'autre sens, mais sur l'autre trottoir.  Peu après avoir traversé la rue pour commencer à retourner, je suis tombé sur un monsieur un peu vieux avec une jeune et jolie fille du type indien à son bras.  Comme il était temps d'aborder un homme, je me suis dirigé vers lui.  "Hi.  Are you from Bismarck, North Dakota?", ai-je demandé.  Il n'a pas dit grand-chose, et c'était la fille qui a traduit pour lui, dans un anglais parfait.  Elle m'a dit qu'il était français et qu'il ne pouvait parler que français.  Alors elle m'a demandé si je parlais français.  A quoi j'ai répondu : "yes but not today".  Ceci avait l'air d'avoir clarifié les choses, car le monsieur m'a ensuite dit "Bonjour" et j'ai répondu "Bonjour" en retour.  "Ca va ?", a-t-il demandé.  "Ca va", ai-je répondu, dans un bon accent français.  A ce stade, il apparaissait que mon aveu d'être capable de parler français avait été ignoré.  De toute façon, l'échange se poursuivait entre la fille et moi, en anglais.  Elle a demandé poliment la motivation de mon acte.  J'ai répondu que j'essayais de vaincre ma timidité.  Puis elle a commencé à me donner des astuces sur les endroits où je pourrais trouver des anglophones à Paris, citant Saint-Michel et Rue Mouffetard, comme si j'étais un touriste ou quelqu'un qui venait d'emménager dans la ville.  Elle a révélé qu'elle était allée dans la rue Mouffetard après être venue à Paris cinq ans plus tôt et elle avait rencontré des anglophones partout là-bas.  J'étais ému par toute cette rencontre.  A la fin, nous nous sommes séparés, mettant fin à l'une des interactions les plus agréables de l'histoire de l'opération.

8. Bataclan
Le Bataclan est une salle de spectacle édifiée par l'architecte Charles Duval en 1864.  Alors baptisée "Le Grand Café Chinois-Théâtre Bataclan", elle prend son nom de l'opérette d'Offenbach.  D'une façade représentant une pagode chinoise, le Bataclan était à l'origine un music-hall qui mettait à l’affiche ballets et numéros d’acrobatie.  En 1926, la salle a été revendue et transformée en cinéma ; elle en restera un jusqu'en 1969.  L'un des hauts lieux de spectacles parisiens aujourd'hui, le Bataclan accueille les plus grands noms de la musique et de la comédie au sein d'une activité laissant place aux spectacles, théâtre, discothèque mais surtout aux concerts.



Il se trouve que HIM est un groupe de rock finnois ...



Il y avait beaucoup de gens qui campaient à côté de l'entrée du Bataclan.  Presque tous étaient habillés pour un concert de rock gothique.  Sans chercher à déranger le groupe, je me suis rapproché d'une femme debout dans un coin ouvert aux passants et je lui ai demandé si elle était de Providence, Rhode Island.  Elle a dit que non.  Quand je lui ai demandé ce qui se passait, elle m'a dit qu'il y avait un groupe finnois qui jouaient.  Dans son explication, elle a continué à agir comme si je ne connaissais pas ce que voulait dire finnois, même si j'ai continué à répéter "Helsinki".  C'était un malentendu rigolo.

J'ai arrêté un homme près du Bataclan pour demander s'il venait de Columbia.  Avec un air heureux, il a répondu "No."  South Carolina ?  "No."  Puis il a demandé ce que je faisais.  J'ai dit que j'essayais de vaincre ma timidité.  Il m'a dit que je faisais un bon boulot avant de reprendre son chemin aussitôt.  Je n'ai rien pu faire d'autre que de crier "Thanks for the encouragement!" tandis qu'il s'éloignait.

9. Eglise Saint-Ambroise
L'église Saint-Ambroise est une église qui partage son nom avec le quartier administratif dans lequel elle se trouve.  Elle a été construite de 1863 à 1868, d'après les plans et sous la direction de l'architecte Théodore Ballu, peu après le percement du boulevard du Prince-Eugène (ancien nom du boulevard Voltaire).  Elle remplace une autre église appelée Notre-Dame de la Procession qui se trouvait légèrement en avant, approximativement à l’emplacement du square devant l'église actuelle. Son style est un mélange d'éléments néogothiques, néoromans et néobyzantins, très en vogue à l'époque, notamment à Paris.




Dans les environs de l'église, quand une femme m'a dit qu'elle n'était pas de Pierre, South Dakota, c'était le grand moment d'inaugurer une réplique toute neuve : "I am trying to stop caring about what people think about me."  Je ne me souviens plus de sa réaction.  Mais je l'ai fait !  Ravi d'avoir rendu réel pour la première fois ce que j'ai imaginé de différent des conventions, j'ai eu des frissons.

10. Place Léon Blum
La place Léon Blum est une place inaugurée en 1857 sous le nom de la place du Prince-Eugène, en hommage à l'oncle de Napoléon III, et puis rebaptisée en 1870 par celui de Voltaire, dû au voisinage du boulevard du même nom.  C'est depuis 1957 qu'elle porte le nom de l'homme politique Léon Blum (1872-1950), dont la statue est visible en face de la mairie de l'arrondissement.


City hall of arrondissement

Statue de Léon Blum

J'ai rencontré un monsieur près de McDonald's sur la place entre la rue de la Roquette et le boulevard Voltaire.  J'ai difficilement confirmé qu'il n'était pas de Richmond, Virginia.  Il voulait connaître mes intentions, alors je lui ai donné la réplique numéro 5.  Il n'a pas compris et a demandé si je parlais français.  J'ai dit : "Yes, but not today."  Pourtant, il voulait vraiment comprendre ce que j'avais dit.  C'était très émouvant ; je n'avais jamais rencontré un personnage aussi curieux et sympathique lors des épisodes précédents de l'opération avant.  Il s'est montré insatisfait quand je lui ai dit que je ne faisais qu'un exercice mental.  J'ai fini par décider de sortir du personnage (désolé Charlie Todd) et je lui ai dit que je ne l'avais jamais fait et que je ne le ferais qu'une seule fois.  Alors je lui ai donné la réplique en français, maladroitement : "J'essaie d'arrêter de penser à ce que les autres pensent de moi".  La traduction était dure.  De retour à l'anglais.  Le monsieur ne semblait pas être intéressé par ce que je venais de dire après tout.  Il a concédé qu'il avait vu ma planche (j'y avais accroché un plan de l'arrondissement et une feuille de papier listant les cinqante Etats et leurs capitales) et qu'il avait pensé que je voulais sa signature.  Il a fait une blague en disant que malgré mes cheveux gris, je n'étais pas aussi âgé que lui.  Il avait raison.  Il s'est présenté comme Michel, et il a dit qu'il avait 54 ans.  En retour, je lui ai dit mon âge et peut-être mon prénom aussi.  Nous nous sommes serrés la main à deux reprises.  L'échange était si spécial.

J'ai rencontré un groupe de quatre (une femme, trois hommes) dans un coin de l'intersection avec la rue de la Roquette.  Je suis allé demander à la femme si elle était d'Olympia, Washington.  Elle a commencé à sourire en disant "No."  J'ai vu les autres sourire aussi.  Elle m'a demandé ce que je faisais.  J'ai pris le temps de donner la réplique numéro 5.  Puis, elle a dit, "Well, I don't know you."  J'ai vite répliqué avec un "I didn't know you either."  Nous avons échangé encore des sourires et puis des souhaits de bonne journée en nous séparant.

En bonus, quelques choses intéressantes vues pendant les promenades :

C'est la seconde édition de l'exposition "Sex in the City" !

Rene Miller divertit les visiteurs du Marché Bastille

Game Heaven, alias l'endroit où je peux récupérer ma Nintendo, ma Sega Genesis et ma Playstation

Restaurant africain nigérian sur la rue Saint-Maur

Terrain d'essai préféré pour l'opération Bar Games

Le restaurant thaï le mieux classé (et peut-être le meilleur) de Paris