L'opération 50 First States !
Je devrais peut-être la renommer "5 x 10 First States" ou quelque chose de similaire. Longue histoire.
Alors, après plusieurs déceptions et reprises, mes pieds ont finalement parcouru le 11ème arrondissement de Paris, passant plusieurs sites importants au long du chemin. Cela a pris cinq promenades, où chacune continuait à partir de là où la précédente s'était arrêté un jour précédent.
En plus d'aborder uniquement des gens entourés d'autres gens pour me retrouver dans une foule, ce qui était nécessaire à cette étape de l'opération, j'ai décidé de formaliser une réplique pour chaque promenade si la personne abordée demandait pourquoi je faisais ce que je faisais. Alors que la raison donnée dans la réplique devait être inhabituelle ou amusante étant donné le contexte de rencontrer des inconnus dans la rue, elle devait être aussi authentique.
Les cinq répliques :
- I am just bored
- I am just trying to be creative
- I am trying to change the world
- I am trying to overcome my shyness (new)
- I am trying to stop caring about what people think about me (new)
En VF :
- Je m'ennuie, tout simplement
- J'essaie d'être créatif
- J'essaie de changer le monde
- J'essaie de vaincre ma timidité (nouveau)
- J'essaie d'arrêter de penser à ce que les autres pensent de moi (nouveau)
Enfin, je voulais que les répliques parlent des choses auxquelles les gens pourraient s'identifier. Cheyenne, Wyoming, ne leur dit probablement rien, par exemple, mais la timidité? Ca, ils connaissent.
Ci-dessous est un rapport des découvertes faites et de certaines des expériences créées lors des cinq promenades.
1. Place de la Nation
La place de la Nation est une place située à l'intersection des 11ème et 12ème arrondissements. Anciennement appelée la place du Trône en raison de l'entrée solennelle dans Paris de Louis XIV et Marie-Thérèse d'Autriche, elle était un vaste espace herbeux qui se prolongeait en vignes et jardins maraîchers jusqu'au mur des Fermiers généraux, l'une des anciennes enceintes de Paris. Elle abrite au centre Le Triomphe de la République, un monument en bronze commandé en 1879 pour commémorer le centenaire de la Révolution française. Ce monument présente la République encadrée par diverses figures allégoriques et tournée vers la place de la Bastille, créant ainsi un axe républicain fréquemment utilisé pour des manifestations publiques.
| Colonnes de l'ancienne barrière du Trône |
2. Rue de Charonne
La rue de Charonne est une longue rue qui traverse l'arrondissement, joignant le 12ème près du quartier de Bastille au 20ème près du cimetière Père-Lachaise. Au long du chemin, on peut trouver plein de commerçants, de galeries d'art et de restaurants, dont certains sont tendance et d'autres populaires. La rue donne accès à d'autres sites, comme la cour Saint-Joseph, la cour Saint-Viguès et le Palais de la Femme, une immense résidence qui appartient à l'Armée du Salut et qui accueille des femmes seules ou avec enfants.
Après être entré dans la rue du faubourg Saint-Antoine depuis la rue de Charonne, j'ai abordé une femme attendant à un arrêt de bus sur la rue du faubourg Saint-Antoine pour lui demander si elle était de Tallahassee, Florida. Avec un air chaleureux, elle a répondu : "I have never been to Florida. I don't have any feeling for that kind of society." Ce qui m'a amené à demander : "What kind of society do you think is there?" Regrettablement, je ne lui ai pas donné l'occasion de donner une réponse, car je l'ai interrompue en disant "Beach society? Yeah, I don't like the beach that much either." Elle a souri.
Juste après cette rencontre, j'ai répéré un monsieur sur le trottoir devant la terrasse d'un restaurant. Il avait une apparence assez punk et fumait une cigarette. Je suis allé lui demander s'il était d'Atlanta, Georgia. Il m'a fait arrêter par un geste de la main pour me faire comprendre qu'il ne voulait pas être embêté, ajoutant "Don't speak French." D'accord.
3. Rue de Lappe
La rue de Lappe est une rue près du quartier de Bastille. Elle accueillait dans la première moitié du 19ème siècle des boutiques consacrées à la distribution des métaux comme le zinc, le cuivre et le fer. Au tournant du siècle, toutefois, la rue avait cédé à des activités plus festives, avec l'arrivée des cabarets, des cafés et des bars où les clients dansaient le bal-musette et la bourrée, des styles de musique populaires de l'époque. Aujourd'hui, la rue est très réputée pour sa vie nocturne.
4. Place de la Bastille
La place de la Bastille est une large place au carrefour des 4ème, 11ème et 12ème arrondissements. On lui donne ainsi qu'à ses environs souvent le nom Bastille, tout simplement. La place occupait le site de l'ancienne prison de la Bastille, qui fut prise le 14 juillet 1789 lors des commencements de la révolution française. Au centre se trouve la colonne de juillet, érigée en souvenir des trois journées de la révolution de juillet, dites "Les Trois Glorieuses." Aujourd'hui, la place est appréciée par touristes et Parisiens et accueille fréquemment des manifestations politiques et culturelles.
| Cyclistes courageux |
| Génie de la Liberté |
| Au côté ensoleillé des choses |
Sur la place, je suis tombé sur un homme grand qui parlait très bien anglais. Après m'avoir révélé qu'il ne venait pas d'Annapolis, Maryland, il m'a demandé : "Why did you ask that?" Je lui ai dit que j'essayais juste d'être créatif. Il a souri et puis il est parti, sans rien dire.
5. Boulevard Richard-Lenoir
Le boulevard Richard-Lenoir est un boulevard bordé d'arbres qui prend son départ à la Place de la Bastille. Il est nommé en l'honneur de deux manufacturiers d'étoffes, François Richard et Joseph Lenoir-Dufresne, qui ont connu la prospérité dans le commerce du coton en France au début du 19ème siècle. Le boulevard est remarquable pour son terre-plein central, qui, en plus de recouvrir une partie du canal Saint-Martin, est le site de plusieurs squares, d'un marché d'art hebdomadaire (Marché de la création) et d'un marché bihebdomadaire, l'un des plus grands de Paris (Marché Bastille), où se vendent fruits et légumes entre autres.
| Un dimanche matin au marché Bastille |
| L'un des squares sur la promenade Richard-Lenoir |
Suivant mon chemin à travers le marché animé, j'ai aperçu une femme debout dans une petite foule devant un stand. Je suis allé savoir si elle était de Jefferson City, Missouri. Dans un anglais comparable à celui d'un Américain, elle a répondu que non, ajoutant "Do I look like someone you know?" A mon tour de répondre : "No. Do I look like someone you know?" Au final, elle a dû comprendre que l'échange n'était pas à prendre (trop) sérieusement.
6. Cirque d'hiver
Le Cirque d'hiver est un haut lieu accueillant des cirques, des spectacles équestres, des concerts et même des défiles de mode. Conçu par l'architecte Jacques-Ignace Hittorf et inauguré par l'empereur Napoléon III le 11 décembre 1852 avec le nom Cirque Napoléon, le cirque est un polygone à vingt côtés percés de quarante fenêtres, d'un diamètre de 41 mètres et avec des colonnes corinthiennes aux angles.
| Femme avec baguette |
| Tigres à Paris ! |
7. Rue Oberkampf
La rue Oberkampf est une rue qui traverse l'arrondissement, du 3ème arrondissement à l'ouest au 20ème arrondissement à l'est. Formée par une urbanisation progressive à partir de la fin du 18ème siècle, cette rue est parfois considérée comme un "rue-faubourg", car il s'agit d'une voie commerçante qui va du centre de Paris vers les portes de celle-ci et sur laquelle il y a une circulation intense. Dans les années 1990, elle est devenue un lieu à la mode, avec une forte présence de bars, de cafés, de restaurants, de boîtes de nuit et de salles de concert, en particulier dans le quartier autour de sa moitié orientale, à proximité de Ménilmontant.
Je suis tombé sur un homme dans le rue Oberkampf et je lui ai demandé s'il était d'Albany, New York. Il m'a demandé ce que je cherchais. Je lui ai dit "I am trying to overcome my shyness". Il a indiqué qu'il ne comprenait pas le mot "shyness". Alors j'ai dit "timidity" et il a compris. Il m'a dit "bonne chance" avant de partir.
Après avoir marché dans la direction est sur la rue Oberkampf jusqu'au boulevard de Ménilmontant, j'ai fait demi-tour pour marcher dans l'autre sens, mais sur l'autre trottoir. Peu après avoir traversé la rue pour commencer à retourner, je suis tombé sur un monsieur un peu vieux avec une jeune et jolie fille du type indien à son bras. Comme il était temps d'aborder un homme, je me suis dirigé vers lui. "Hi. Are you from Bismarck, North Dakota?", ai-je demandé. Il n'a pas dit grand-chose, et c'était la fille qui a traduit pour lui, dans un anglais parfait. Elle m'a dit qu'il était français et qu'il ne pouvait parler que français. Alors elle m'a demandé si je parlais français. A quoi j'ai répondu : "yes but not today". Ceci avait l'air d'avoir clarifié les choses, car le monsieur m'a ensuite dit "Bonjour" et j'ai répondu "Bonjour" en retour. "Ca va ?", a-t-il demandé. "Ca va", ai-je répondu, dans un bon accent français. A ce stade, il apparaissait que mon aveu d'être capable de parler français avait été ignoré. De toute façon, l'échange se poursuivait entre la fille et moi, en anglais. Elle a demandé poliment la motivation de mon acte. J'ai répondu que j'essayais de vaincre ma timidité. Puis elle a commencé à me donner des astuces sur les endroits où je pourrais trouver des anglophones à Paris, citant Saint-Michel et Rue Mouffetard, comme si j'étais un touriste ou quelqu'un qui venait d'emménager dans la ville. Elle a révélé qu'elle était allée dans la rue Mouffetard après être venue à Paris cinq ans plus tôt et elle avait rencontré des anglophones partout là-bas. J'étais ému par toute cette rencontre. A la fin, nous nous sommes séparés, mettant fin à l'une des interactions les plus agréables de l'histoire de l'opération.
8. Bataclan
Le Bataclan est une salle de spectacle édifiée par l'architecte Charles Duval en 1864. Alors baptisée "Le Grand Café Chinois-Théâtre Bataclan", elle prend son nom de l'opérette d'Offenbach. D'une façade représentant une pagode chinoise, le Bataclan était à l'origine un music-hall qui mettait à l’affiche ballets et numéros d’acrobatie. En 1926, la salle a été revendue et transformée en cinéma ; elle en restera un jusqu'en 1969. L'un des hauts lieux de spectacles parisiens aujourd'hui, le Bataclan accueille les plus grands noms de la musique et de la comédie au sein d'une activité laissant place aux spectacles, théâtre, discothèque mais surtout aux concerts.
| Il se trouve que HIM est un groupe de rock finnois ... |
Il y avait beaucoup de gens qui campaient à côté de l'entrée du Bataclan. Presque tous étaient habillés pour un concert de rock gothique. Sans chercher à déranger le groupe, je me suis rapproché d'une femme debout dans un coin ouvert aux passants et je lui ai demandé si elle était de Providence, Rhode Island. Elle a dit que non. Quand je lui ai demandé ce qui se passait, elle m'a dit qu'il y avait un groupe finnois qui jouaient. Dans son explication, elle a continué à agir comme si je ne connaissais pas ce que voulait dire finnois, même si j'ai continué à répéter "Helsinki". C'était un malentendu rigolo.
J'ai arrêté un homme près du Bataclan pour demander s'il venait de Columbia. Avec un air heureux, il a répondu "No." South Carolina ? "No." Puis il a demandé ce que je faisais. J'ai dit que j'essayais de vaincre ma timidité. Il m'a dit que je faisais un bon boulot avant de reprendre son chemin aussitôt. Je n'ai rien pu faire d'autre que de crier "Thanks for the encouragement!" tandis qu'il s'éloignait.
9. Eglise Saint-Ambroise
L'église Saint-Ambroise est une église qui partage son nom avec le quartier administratif dans lequel elle se trouve. Elle a été construite de 1863 à 1868, d'après les plans et sous la direction de l'architecte Théodore Ballu, peu après le percement du boulevard du Prince-Eugène (ancien nom du boulevard Voltaire). Elle remplace une autre église appelée Notre-Dame de la Procession qui se trouvait légèrement en avant, approximativement à l’emplacement du square devant l'église actuelle. Son style est un mélange d'éléments néogothiques, néoromans et néobyzantins, très en vogue à l'époque, notamment à Paris.
Dans les environs de l'église, quand une femme m'a dit qu'elle n'était pas de Pierre, South Dakota, c'était le grand moment d'inaugurer une réplique toute neuve : "I am trying to stop caring about what people think about me." Je ne me souviens plus de sa réaction. Mais je l'ai fait ! Ravi d'avoir rendu réel pour la première fois ce que j'ai imaginé de différent des conventions, j'ai eu des frissons.
10. Place Léon Blum
La place Léon Blum est une place inaugurée en 1857 sous le nom de la place du Prince-Eugène, en hommage à l'oncle de Napoléon III, et puis rebaptisée en 1870 par celui de Voltaire, dû au voisinage du boulevard du même nom. C'est depuis 1957 qu'elle porte le nom de l'homme politique Léon Blum (1872-1950), dont la statue est visible en face de la mairie de l'arrondissement.
| City hall of arrondissement |
| Statue de Léon Blum |
J'ai rencontré un monsieur près de McDonald's sur la place entre la rue de la Roquette et le boulevard Voltaire. J'ai difficilement confirmé qu'il n'était pas de Richmond, Virginia. Il voulait connaître mes intentions, alors je lui ai donné la réplique numéro 5. Il n'a pas compris et a demandé si je parlais français. J'ai dit : "Yes, but not today." Pourtant, il voulait vraiment comprendre ce que j'avais dit. C'était très émouvant ; je n'avais jamais rencontré un personnage aussi curieux et sympathique lors des épisodes précédents de l'opération avant. Il s'est montré insatisfait quand je lui ai dit que je ne faisais qu'un exercice mental. J'ai fini par décider de sortir du personnage (désolé Charlie Todd) et je lui ai dit que je ne l'avais jamais fait et que je ne le ferais qu'une seule fois. Alors je lui ai donné la réplique en français, maladroitement : "J'essaie d'arrêter de penser à ce que les autres pensent de moi". La traduction était dure. De retour à l'anglais. Le monsieur ne semblait pas être intéressé par ce que je venais de dire après tout. Il a concédé qu'il avait vu ma planche (j'y avais accroché un plan de l'arrondissement et une feuille de papier listant les cinqante Etats et leurs capitales) et qu'il avait pensé que je voulais sa signature. Il a fait une blague en disant que malgré mes cheveux gris, je n'étais pas aussi âgé que lui. Il avait raison. Il s'est présenté comme Michel, et il a dit qu'il avait 54 ans. En retour, je lui ai dit mon âge et peut-être mon prénom aussi. Nous nous sommes serrés la main à deux reprises. L'échange était si spécial.
J'ai rencontré un groupe de quatre (une femme, trois hommes) dans un coin de l'intersection avec la rue de la Roquette. Je suis allé demander à la femme si elle était d'Olympia, Washington. Elle a commencé à sourire en disant "No." J'ai vu les autres sourire aussi. Elle m'a demandé ce que je faisais. J'ai pris le temps de donner la réplique numéro 5. Puis, elle a dit, "Well, I don't know you." J'ai vite répliqué avec un "I didn't know you either." Nous avons échangé encore des sourires et puis des souhaits de bonne journée en nous séparant.
En bonus, quelques choses intéressantes vues pendant les promenades :
| C'est la seconde édition de l'exposition "Sex in the City" ! |
| Rene Miller divertit les visiteurs du Marché Bastille |
| Game Heaven, alias l'endroit où je peux récupérer ma Nintendo, ma Sega Genesis et ma Playstation |
| Restaurant |
| Terrain d'essai préféré pour l'opération Bar Games |
| Le restaurant thaï le mieux classé (et peut-être le meilleur) de Paris |
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