samedi 29 mars 2014

the loner with social skills

(le solitaire doté de capacités relationnelles)

People think that I'm crazy
Just cause I wanna be alone
You can't depend on friends to help you in a squeeze
We all deal with shit on our own

‒ The Roots, "Clock With No Hands"

Je suis un solitaire.

En fait, d'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été un solitaire.  Sans surprise, je chérissais les quelques relations d'amitié étroites que j'avais.  Partager avec des amis ce que je vivais réellement et sentir qu'ils étaient ouverts à ça ont toujours fait disparaître mes sentiments d'isolement.  Pourtant, il y a deux ans environ, j'ai commencé à avoir l'impression que l'ouverture n'était plus là.  Ou peut-être qu'elle n'était juste pas suffisante.  Bien que je sois loin d'être un ami idéal selon mes propres principes, je ne pouvais pas m'empêcher d'éprouver du ressentiment envers certaines personnes quand elles ne se rapprochaient pas de moi de la façon à laquelle je m'attendais.  Je croyais qu'ils avaient disparu en quelque sorte, et j'étais déçu.  Malgré cela, j'ai fait l'effort de regarder le problème d'une manière objective au lieu de faire quelque chose de dramatique.  J'ai fini par interpréter ce genre de disparition comme le résultat des changements dans les priorités de mes amis.  J'ai accepté qu'ils soient plus occupés par d'autres parties de leurs vies ou peut-être tout simplement par de nouvelles amitiés.  Et je n'ai pas pu leur reprocher cela.  Je n'en avais pas le droit.  Ils faisaient juste ce qu'ils croyaient nécessaire à leur bien-être.  Quelque chose que je souhaiterais pour mon propre bien-être en fait.

Alors j'avais la responsabilité de lâcher prise face au ressentiment et de m'occuper du vide social et émotionnel dont je confiais le remplissage aux amis proches.  Ce serait le changement dans mes propres priorités.  Je ne savais pas exactement comment procéder, mais j'étais certain qu'il serait important de s'ouvrir davantage aux autres au moins.  Et puis un jour, après un moment amusant partagé avec un inconnu dans la rue, je me suis rendu compte que j'avais toujours aimé l'interaction sociale.  Plus elle était inhabituelle et inattendue, mieux c'était en général.  Dans le meilleur des cas, une interaction était comme une aventure pendant laquelle j'arrivais à oublier ma nature de réserve et me délectais à m'exprimer comme je désirais, avec de la créativité et de la spontanéité.  Ceci était parfois le cas comme j'étais un étranger à Paris.  Aujourd'hui, après sept ans dans la capitale française, je crois toujours que chaque rencontre avec un Parisien ou avec un touriste peut être quelque chose de spécial.  J'ai toujours imaginé la ville comme un endroit mûr pour ce genre d'expériences partagées, et j'avais besoin de faire plus que de goûter.

Pour pouvoir assouvir mon appétit, j'ai reconnu la nécessité d'aller au-delà du côté solitaire que j'avais cultivé depuis l'enfance.  Plus précisément, j'ai senti le besoin d'améliorer mes capacités relationnelles.  Pour aller droit au but, je devais devenir capable de créer l'interaction plutôt que d'attendre que quelqu'un d'autre fasse ce pas.  Bien que je ne sois pas particulièrement renfermé en ce qui concernait les situations sociales, j'étais longtemps resté dans une sorte de coin confortable.  J'avais besoin non seulement de quitter ce coin plus souvent, mais aussi d'enlever les barrières qui m'empêchaient d'atteindre toute la salle.  Et pour rendre cette démarche tellement irrésistible que je la continuerais face aux défis qu'elle posait, je devais agir d'une manière qui me donnerait de la joie et qui en donnerait potentiellement aux gens avec qui j'entrerais en contact.  Au fil du temps, des opérations ont été conçues et mises en oeuvre, l'une après l'autre.

Comme vous pouvez imaginer, il y a un grand marché pour les interactions sociales.  En plus de satisfaire un besoin de survie, nous cherchons à être en contact avec d'autres personnes pour le plaisir qui peut résulter d'un tel effort.  Alors que la compagnie des autres peut aussi être une source de douleur et d'inconfort, les récompenses obtenues de l'interaction avec autrui ne peuvent pas être négligées.  Par ailleurs, beaucoup de gens veulent se sentir utiles aux autres.  Pourquoi ne pas se sentir utile soi-même en aidant ces gens ?  Si chacun d'entre nous était engagé dans le développement de ses capacités relationnelles par des moyens à la fois agréables et pleins de sens, oserai-je dire que le monde serait meilleur.

J'aimerais croire que quelqu'un ayant des capacités relationnelles améliorées est plus capable de se réconcilier avec les personnes envers qui il éprouvait du ressentiment et dont le comportement a motivé ses efforts d'adopter une vie sociale plus active.  Puisqu'il est plus confiant qu'avant en compagnie des autres, il dépend moins de l'attention de ses amis proches.  Par ailleurs, il pourrait avoir plus d'empathie pour ces amis parce qu'il se sent plus en sécurité d'un point de vue social et émotionnel.  Enfin, étant donné l'abondance d'opportunités d'interaction partout où il y a du monde, il peut mieux se débrouiller si les visages autour de lui ne sont pas reconnaissables.

Il est probable que je me sentirai comme un solitaire pour longtemps.  Même si je suis entouré de gens plus souvent.  Même si j'ai plus de relations étroites.  Néanmoins, beaucoup de moments forts dans ma vie ont eu lieu quand j'étais seul.  J'ai même commencé à assumer le solitaire que je suis.  Mais je ne veux pas être un solitaire qui se contente de mener une vie tranquille dans sa petite bulle.

Je voudrais plutôt être un solitaire doté de capacités relationnelles.

mercredi 12 mars 2014

souvenirs amstellodamois

Le week-end dernier, j'ai rejoint mon ami Brian à Amsterdam.  Il avait pensé que ce serait intéressant si on s'y retrouvait avant qu'il arrive en République tchèque la semaine suivante pour le travail.  Ayant beaucoup entendu tout le monde ou presque parler de la capitale néerlandaise mais n'étant jamais allé au-delà de l'aéroport de Schiphol, j'ai sauté sur cette occasion de satisfaire ma curiosité.

De l'architecture au quartier rouge, en passant par les canaux, les ponts et les vélos, visiter Amsterdam était une expérience fantastique.  Ceci était grâce notamment à Lee, une jeune femme canado-néerlandaise et guide extraordinaire de la compagnie SANDEMANs New Europe.  Elle a fait une visite gratuite de la ville au rassemblement de gens auquel Brian et moi nous étions joints au National Monument, nous emmenant à plusieurs sites remarquables avant qu'on arrive à destination, près de la Maison Anne Frank.  C'était une période de trois heures très bien passée.  En fait, nous nous étions tellement amusés que nous avons décidé sans tarder d'accompagner Lee dans la visite guidée du quartier rouge qu'elle allait faire ce soir-là.  Ce fut également sympathique.  En tout, nous avons appris beaucoup de choses et nous avons vu beaucoup de choses.  Mes propres yeux ont été ouverts plus largement que d'habitude, encore et encore.

La cerise sur le gâteau, c'était le temps.  Il était splendide !  Juste ce qu'on attendrait du printemps.  Du soleil, une brise rafraîchissante, des terrasses de café animées et pas de pluie.  Il a fait tout de même un peu froid le soir, mais rien de dangereux.

Voici quelques souvenirs du voyage.

A Korte Niezel + Oudezijds Voorburgwal avec Sint-Nicolaaskerk en arrière-plan

Près de Grimburgwal + Oudezijds Voorburgwal

A Grimburgwal + Oudezijds Voorburgwal

A Torensluis + Singel

C'est bien rouge, mais où est le moulin ?

Look! They serve top-notch coffee and offer free Wi-Fi!
(Regarde ! Ils servent du café de première qualité et offrent du Wi-Fi gratuit !)

On peut essayer avant de se payer

A Herenstraat + Keizersgracht

A Rozengracht/Westermarkt + Prinsengracht

Stamppot ‒ purée de pommes de terre aux choux verts, boulette, saucisse, lard salé

Vue depuis le Café Kalkhoven

vendredi 7 mars 2014

les grands esprits

Great minds discuss ideas. Average minds discuss events. Small minds discuss people.

Les grands esprits discutent des idées. Les esprits moyens discutent des événements. Les petits esprits discutent des gens.

‒ Eleanor Roosevelt


Que nous soyons tous des grands esprits.

dimanche 2 mars 2014

il ferait quoi hypnotica ?

Je n'ai pas les mots pour décrire Eric von Sydow, alias Hypnotica.  Sage ?  Poète ?  Dragueur ?  Peut-être aucun des trois, ou bien tous.  Comme le préférerait l'intéressé lui-même, il ne se rangerait pas dans une catégorie.

J'ai découvert Hypnotica il y a deux ans environ sur Internet.  Je ne me rappelle plus exactement comment, mais on peut au moins dire que je consultais des sites sur les techniques de drague.  Ma recherche s'est arrêtée lorsque je suis tombé sur une interview sur lui intitulée "The Rise of The Renessaince Man - A Conversation With Hypnotica".

Hypnotica a parlé de la valeur d'être un homme qui s'épanouissait en la présence de l'énergie sexuelle d'une femme.  En traitant ce sujet, il a raconté ses expériences, décrit sa philosophie et donné des conseils destinés aux hommes.  Il y avait une partie en particulier de l'interview dans laquelle il a confirmé s'être promené dans un centre commercial avec un godemiché attaché à la tête.  Imaginez.  Un godemiché !  Il a avoué que certaines personnes avaient trouvé cela stupide.  D'autres avaient pensé qu'il essayait juste de prendre de l'assurance.  Mais Hypnotica, le "inner game guru", pouvait voir au-delà de cela.  Alors qu'il y avait en partie la question d'avoir confiance en soi, ce qu'il voulait vraiment était de se désensibiliser au ridicule public.  Pourtant plus important encore, il voulait être, selon ses propres mots, un "iconoclast thinker" (penseur iconoclaste).

Alors que je ne connais pas très bien le terme, je dirais qu'un penseur iconoclaste est quelqu'un qui non seulement voit les choses différemment de la plupart des gens mais qui aussi forme son esprit comme il le veut.  Il n'est pas attaché aux façons de penser qui sont populaires dans la société.  En fait, il est libre du conditionnement dont la plupart des gens sont soumis depuis leur enfance.  Clairement, un penseur iconoclaste crée son propre chemin dans la vie, qui est décidément différent de celui qui est suivi par la majorité des gens.

Il va sans dire que j'étais éclairé après avoir lu l'interview.  Comme j'avais déjà commencé à m'intéresser au contrôle de la conscience et aux moyens d'utiliser ce contrôle pour supprimer la peur, je pouvais immédiatement m'identifier à ce que disait Hypnotica.  Alors j'étais aussi d'accord quand il avait indiqué que la façon de réduire la peur (sinon de l'éliminer) était de l'accepter dans les circonstances qu'on l'éprouvait ; agir autrement ne servirait à rien d'autre que de la perpétuer.  L'approche d'Hypnotica face à ce type de problème était pourtant extrême.  Et elle était forte.  Ce mec voulait faire rentrer le message.  Heureusement qu'il a fait ainsi, parce que sinon je n'aurais peut-être pas fait attention.  L'opération Safe Sex était même inspirée en partie de son expérience de godemiché (ou plutôt de son partage de celle-ci).  Lorsque je me mets à avoir peur au moment de réaliser l'opération, j'essaie de me concentrer en me posant une question simple : "Il ferait quoi Hypnotica ?"  La réponse, évidente, apparaît aussitôt : "Il irait de l'avant."  Alors de l'avant je suis (presque) toujours allé, et de l'avant je compte continuer à aller.

Récemment, je me suis rappelé l'interview.  Je l'ai cherchée partout sur Internet, sans succès.  J'ai commencé à regretter de ne pas avoir enregistré une copie pour moi-même*.  Heureusement, j'ai pu me remonter après avoir découvert que Hypnotica avait publié un livre intitulé "Metawhore : My Cock Don't Talk Politics".  Celui-ci semblait être le prix de consolation parfait, et je n'ai pas tardé à l'arracher sur Amazon.com.

C'est un livre poignant et sensationnel sur l'expérience de la vie de Hypnotica jusqu'ici, présentée d'une façon où tous les coups sont permis.  "Metawhore est un voyage à travers la non-conformité, le développement spirituel et l'expression sexuelle, révélant l'homme intérieure primaire et explorant le terrain vaste de la psyché femelle.  C'est un doigt d'honneur au conditionnement social et un pouce levé à l'individualité", dit le premier paragraphe sur le dos du livre.  Juste assez pour m'attirer.  J'ai tout dévoré comme un gamin appauvri devant un buffet de gâteaux.  Tout simplement, c'est un livre qui déchire.  J'ai remarqué que l'auteur a utilisé la phrase "c'est juste l'une des mes expériences sociales dingues et temporaires" pour rassurer ses parents quand il allait mener une vie sans domicile fixe et qu'il a écrit "je pense pour moi-même comme un esprit libre".  Pas mal.  Les expériences sociales et l'esprit libre n'étaient pas que dans ma tête après tout.

Pour Hypnotica, encore un autre mentor virtuel, c'était une façon de vivre.


* Ce n'est pas tout à fait vrai. J'ai retrouvé juste hier une partie que j'avais enregistrée de l'interview en décembre 2011. Et c'est la partie qui compte.