dimanche 28 septembre 2014

cinq promenades dans le 12ème

Guess who's back, back again
50 First States back, tell a friend
Guess who's back, Guess who's back ...

Et comme Eminem l'a dit dans "Without Me", l'opération 50 First States est de retour.  Et pourquoi pas, avec le printemps se terminant and l'été commençant ?  Il était temps de se promener encore dans Paris au mois de juillet, quand j'ai relancé l'opération (même si, à l'heure où j'écris, l'automne est arrivé et l'hiver n'est pas loin).

Alors, à partir du juillet, je me suis attaqué au 12ème arrondissement.  Le plan d'action est resté le même depuis le 11ème arrondissement : se promener dans l'arrondissement, s'arrêtant à 10 sites remarquables et demandant aux 50 personnes passées sur le chemin si elles venaient chacune de l'une des capitales d'Etat américains.  La promenade était divisée en 5 parties, chacune comprenant 2 sites à visiter, 10 personnes à aborder, et, bien naturellement, 10 questions à poser.  J'ai réutilisé la même liste des raisons à donner (une pour chacune des 5 promenades) si les personnes que j'abordais me demandaient le pourquoi de ce que je faisais :
  • I am just bored
  • I am just trying to be creative
  • I am trying to change the world
  • I am trying to overcome my shyness
  • I am trying to stop caring about what people think about me

En VF :
  • Je m'ennuie, tout simplement
  • J'essaie d'être créatif
  • J'essaie de changer le monde
  • J'essaie de vaincre ma timidité
  • J'essaie d'arrêter de penser à ce que les autres pensent de moi

L'unique "amélioration" principale que j'ai ajoutée à l'opération était dédiée aux filles.  Quand la personne suivante que je devais aborder devait être une fille, je ne choisirais qu'une fille que je trouvais jolie.  Et avant la fin de l'interaction, je lui demanderais si elle voudrait prendre un verre avec moi.  Sans chichis, juste une invitation directe à boire un verre ensemble.

Il est important de noter que je n'ai pas pu proposer un verre à chaque fille abordée, car certaines ne sont pas restées cinq secondes pour parler.  Au fait, parmi celles à qui j'ai pu demander, aucune d'entre elles n'ont dit oui.  Cependant, j'étais préparé au rejet éventuel.

Et sans plus de cérémonie, je vous présente un récapitulatif de ma visite de 10 sites du 12ème arrondissement, accompagné de quelques notes sur les échanges intéressants que j'ai eus sur le chemin.

1. Gare de Lyon
La gare de Lyon est l'une des six gares principales à Paris.  La troisième gare de France par son trafic, elle doit son nom à la ville de Lyon, desservie par beaucoup des trains de grandes lignes qui partent de la gare, dont la plupart se terminent dans le sud de la France.  Construite à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900, elle est considérée comme un exemple classique de l'architecture de son époque.  Celle-ci se distingue par son beffroi, une tour carrée haute de 67 mètres, dont le style rappelle la tour de l'horloge qui abrite Big Ben à Londres.



En plein centre du parvis de la gare de Lyon, il y avait une fille attendant débout sans rien faire, son portable à la main.  Après une brève hésitation, je suis allé la voir.  Bon, elle ne venait pas de Sacramento, California.  Quand je lui ai proposé un verre, elle a répondu d'un air décontracté qu'elle attendait en fait son petit ami, qui avait du retard.  "Ah", me suis-je dit.  Si j'avais une stratégie bien préparée, j'aurais probablement rebondi en demandant "Donc, si vous n'attendiez pas votre copain, auriez-vous quand même aimer prendre un verre ?"  Mais non, je suis parti, tout simplement.

2. Promenade plantée
La Promenade plantée est un long espace vert aérien situé sur la trace de l'ancienne voie ferroviaire de la ligne de Vincennes.  Débutant juste à l'est de l'opéra Bastille, elle suit une bande de terrain de 4,7 km de long vers l'est jusqu'au boulevard Périphérique, une voie circulaire qui sépare Paris de sa banlieue.  Comme si elle n'était pas assez verte, la promenade donne accès à d'autres espaces verts, comme le jardin Hector Malot, le jardin de Reuilly, le jardin de la gare de Reuilly et le square Charles Péguy.

C'était dans une scène du film "Before Sunset", de Richard Linklater et avec Ethan Hawke et Julie Delpy, que j'ai découvert la promenade pour la première fois.  Depuis, j'ai toujours aimé la visiter, et le film est devenu rapidement l'un de mes préférés.





Une rencontre intéressante dans cette version améliorée de l'opération a eu lieu lorsque j'étais sur la Promenade plantée.  En passant sous une arche composée de plantes, je me suis retrouvé face à une fille qui venait de la direction opposée.  Je lui ai promptement demandé si elle venait de Tallahassee, Florida.  Elle était attentive mais n'avait pas l'air de comprendre, alors j'ai continué à répéter la question, à chaque fois plus clairement.  C'était pendant cet instant qu'un jeune homme, que j'avais passé avant de voir la fille, a apparu et demandé ce qui se passait, comme s'il voulait la protéger.  J'ai vite compris qu'ils étaient dans la même compagnie, qui incluait aussi une dame âgée avec laquelle j'avais vu le jeune homme plus tôt.  Soudainement gêné, j'ai rapidement pris congé sans oser proposer à la fille qu'on prenne un verre, la laissant expliquer au mec ce qui venait de se dérouler.

Toujours sur la Promenade plantée, j'ai abordé un monsieur pour savoir s'il venait d'Atlanta, Georgia.  Il a répondu que non, mais il était curieux.  "Qu'est-ce que vous voulez ?", a-t-il demandé.  Quand je lui ai dit que je m'ennuyais tout simplement, il a souri.

3. Viaduc des Arts
Le viaduc des Arts est un ensemble d'ateliers des métiers d'art regroupés dans une construction unique au long de l'avenue Daumesnil.  Son emplacement était anciennement occupé par l'ancien viaduc de Paris construit en 1859 pour soutenir la voie ferroviaire de la ligne de Vincennes.  C'était en 1990 que la mairie de Paris a décidé de réhabiliter le lieu en rénovant chacune des voûtes du viaduc afin de les transformer en nouveau conservatoire de l'artisanat d'art.


Les arts culinaires, quelqu'un ?

Je suis tombé sur un type accompagné d'une fille près d'un carrefour au long du viaduc des Arts.  Quand je lui ai demandé s'il était d'Indianapolis, Indiana, il a rétorqué : "Est-ce que j'ai l'air de venir d'Indianapolis ?"  J'ai répondu que j'essayais juste d'être créatif.  "Bien essayé !", a-t-il dit en retour, souriant.

4. Rue d'Aligre
La rue d'Aligre est une voie au coeur du quartier d'Aligre qui va de la rue de Charenton jusqu'à la rue du faubourg Saint-Antoine.  Dans cette rue se déroule tous les matins sauf le lundi le marché d'Aligre, avec dans son milieu, sur la place d'Aligre, le marché Beauvau, un marché couvert.

Le marché Beauvau sur la place d'Aligre



Rene Miller encore !

Au marché d'Aligre, je suis tombé sur Rene Miller, le musicien que j'avais vu jouer au marché Bastille quand je faisais l'opération 50 First States dans le 11ème arrondissement l'année dernière.  Il me semblait qu'il faisait une pause, et je suis allé parler avec lui.  Il m'a dit qu'il était américain, et je lui ai dit que je venais du New Jersey.  Puis la femme qui restait debout à côté de moi et qui avait dû écouter Rene jouer, a révélé qu'elle serait dans le New Jersey bientôt.  Soudain, j'étais en conversation avec elle.  Elle a dit qu'elle connaissait Rene et qu'elle venait d'arriver à Paris de Memphis, Tennessee, pour y passer quelques semaines.  J'ai découvert qu'elle était illustratrice et aussi un sketcher urbain, ce qui m'a rendu plus curieux.  Naturellement, je lui ai parlé de la communauté de sketcheurs urbains à Paris dont j'étais membre et je l'ai invitée à venir croquer avec nous lors d'une séance au jardin du Luxembourg qui avait lieu le lendemain et que j'organisais.  Elle a dit qu'elle y serait.  Quelle rencontre !

Il y a eu un autre bon moment au marché d'Aligre une fois que j'y ai repris l'opération là-bas le lendemain au matin.  D'une part, c'était remarquable parce que la fille que j'avais passée en me faufilant à travers la foule portait une très jolie robe d'été blanche.  D'autre part, ce n'était pas remarquable parce que je n'avais rien fait, si ce n'était la regarder s'éloginer.

Il y avait un couple de jeunes sur lequel je suis tombé dans la rue du faubourg Saint-Antoine, après avoir quitté le marché.  Ils avaient tous les deux l'air drogués et mon échange avec eux était bizarre.  La fille s'est comportée comme si elle voulait m'aider quand j'ai demandé au mec s'il était de Jackson, Mississippi, alors que le celui-ci voulait qu'ils reprennent leur chemin.  Ils ne pouvaient pas se décider entre eux, tout en continuant leur interaction avec moi (en quelque sorte).  Toute la rencontre était bordelique.  Même ma remarque "J'essaie de changer le monde" est tombée sur des oreilles sourdes.

5. Opéra Bastille
L'opéra de la Bastille, appelé plus couramment Opéra Bastille, est une salle d'opéra moderne située sur la place de la Bastille.  Inauguré le 13 juillet 1989 à la veille du bicentenaire de la prise de la Bastille, il est devenu l'une des deux salles principales utilisées par l'Opéra national de Paris, l'autre étant le plus vieil Opéra Garnier.  Beaucoup d'opéras y sont joués, ainsi que des ballets et des concerts symphoniques.



J'attendais de traverser la rue pour aller de l'opéra Bastille à l'autre bout de la place de la Bastille quand une fille m'a rejoint.  Sautant sur l'occasion, je lui ai demandé si elle était de Lincoln, Nebraska.  Elle a répondu que non et se mettant à sourire, elle a traversé la rue (le feu était déjà vert) et puis disparu.  Soit elle marchait trop vite pour que je puisse l'inviter à prendre un verre, soit j'étais trop lent à poser la question.  A vous de décider.  En lamentant une occasion ratée qui était pourtant belle au début, je suis tombé à nouveau sur la fille sur le quai du port de l'Arsenal quelque temps plus tard.  C'était comme si on m'avait accordé une seconde chance, et celle-ci, je ne l'ai pas gâchée.  En réponse, elle a gloussé et m'a passé sans prononcer le moindre mot.  Elle a probablement pensé que je n'étais pas sérieux.  Tant pis pour elle.

6. Bassin de l'Arsenal
Le bassin de l'Arsenal, également appelé le port de l'Arsenal, est un bassin qui relie le canal Saint-Martin à la Seine, entre le quai de la Rapée et la place de la Bastille.  Creusé suite à la destruction de la Bastille pendant la Révolution française, il était conçu pour remplacer le fossé qui remplissait les douves de la forteresse en eau de la Seine.  Durant le XIXe siècle et une grande partie du XXe siècle, le bassin est devenu un important port commercial, facilitant le chargement et le déchargement des marchandises.  Il a été transformé en port de plaisance en 1983 et dispose de 180 postes d'amarrage environ.

Le port au-delà du quai de la station de métro Bastille


Vers le nord : Place de la Bastille

Vers le sud : Quai de la Rapée

Lors d'une balade sur le quai du port de l'Arsenal, j'ai remarqué un bateau.  En fait, c'était la blonde sur une plate-forme surélevée sur le bateau que j'ai remarquée.  Par rapport aux autres opportunités, celle-ci était suffisament inhabituelle pour ne pas laisser tomber.  D'ailleurs, il me restait une fille à aborder avant de terminer l'opération pour ce jour-là.  Alors je lui ai crié "Hi !" je ne m'étais pas rendu compte que je pouvais crier et elle a dit "Hi !" en retour.  Je lui ai demandé si elle était de Concord, New Hampshire et elle a dit que non.  Quand je lui ai demandé si elle aimerait prendre un verre avec moi, elle a dit "Non, merci" et elle est aussitôt rentrée dans le bateau à travers la porte derrière elle.  Je n'ai rien pu faire d'autre que de reprendre ma balade.  Quelques moments après, je me suis retourné et j'ai vu la fille débarquer du bateau avec un homme.  Je me suis retourné à nouveau quelques secondes plus tard et ils marchaient ensemble, main dans la main, sur le quai vers la place de la Bastille, loin de moi.

Ma dernière rencontre au port de l'Arsenal était avec un homme un peu âgé assis confortablement sur la pelouse du jardin qui bordait le quai.  Avec un accent américain parfait, il m'a dit qu'elle était d'une certaine ville de l'Ohio.  Puis, il a demandé : "Pourquoi demandez-vous [si je viens de Trenton, New Jersey] ?"  J'ai répondu que j'essayais de changer le monde, à quoi il a répondu, "Bonne chance".

7. Palais Omnisports de Paris-Bercy
Le Palais omnisports de Paris-Bercy (POPB), également désigné par l'abréviation Paris-Bercy voire simplement Bercy, est une salle polyvalente qui accueille des manifestations sportives et des concerts.  Facilement reconnaissable à l'extérieur par sa forme pyramidale et ses parois recouverts de pelouse en pente, il permet une série d'applications techniques sans limite pour la sonorisation, les éclairages et les effets spéciaux.  Le POPB est le site du tournoi de tennis Masters de Paris, ainsi que celui de compétitions dans d'autres sports comme le handball, le basketball, la boxe, la gymnastique, l'athlétisme, le cyclisme sur piste et le saut d'obstacles.  Il peut accueillir de 3.500 à 17.000 spectateurs assis, selon l'évènement.

Quand le POPB devient Bercy Arena


En tournant à droite du boulevard de Bercy dans la rue de Bercy, dans le coin du Palais omnisports de Paris-Bercy, j'ai vu deux filles attendant debout avec des valises et bavardant.  Dans un anglais avec un accent indéniablement britannique, elles ont révélé qu'elles n'étaient pas de Santa Fe, New Mexico et ont décliné mon invitation à prendre un verre, disant qu'elles devaient aller quelque part.  L'une d'entre elles m'a puis demandé les raisons pour mes actes, et je lui ai dit que j'essayais de vaincre ma timidité.  Instantanément, les deux filles ont déclaré que je n'étais pas timide, ce que j'ai trouvé flatteur.  Elles ont continué à affirmer que je n'étais pas timide, et quand je n'en pouvais plus, j'ai dit "mais vous ne me voyez pas tout le temps."  Une conversation brève et plus conventionnelle a suivi.  L'une des filles a aperçu la feuille de papier fixée sur une planche plastique que je portais et a demandé à la voir.  J'ai commencé à la présenter, disant que c'était une liste des capitales des 50 Etats unis, avant d'être interrompu par leur départ après l'arrivée d'une troisième fille.  A nouveau tout seul, je me suis mis à me demander.  Dans la rue, le bruit court que je ne suis peut-être pas timide après tout.  Quelle idée.

8. Parc de Bercy
Le parc de Bercy est un espace vert qui longe la rive droite de la Seine.  Inauguré en 1994 sur le site des anciens entrepôts de Bercy, le parc s'étend sur 13,9 hectares et est composé de trois jardins différents, chacun sur un thème distinct : "les Prairies", formé de grandes espaces de pelouses ombragées par de grandes arbres, "les Parterres", consacré aux activités du travail des plantes et "le Jardin romantique", qui comprend des bassins où vivent des poissons et des reconstitutions de dunes.

Les Prairies


Les Parterres



Passant au Jardin romantique

Le Jardin romantique


La Grande Terrasse


Peu après être arrivé dans le parc de Bercy, j'ai abordé un homme peut-être sexagénaire alors qu'il faisait une pause lors de son entraînement.  Quand je lui a demandé s'il venait de Bismarck, North Dakota, il a point un doigt vers le sol et a dit, avec un léger sourire : "Je suis de là".

J'ai eu une rencontre intéressante avec un jeune homme bien sapé avec une fille à ses côtés, à l'extrêmité du parc près de la cour Saint-Emilion.  Quand je lui ai demandé s'il venait de Harrisburg, Pennsylvania, il a dit oui et continué à dire oui même si j'avais commencé à mettre l'accent sur "Pennsylvania".  Etonné après une énième oui, je n'avais pas d'autre choix que d'aller plus loin dans la conversation, alors j'ai dit "Bien, je suis de Philad ..." avant qu'il m'interrompe.  "Pennsylvania ?  Non, je suis de Paris !"  Le bon jeune homme qu'il était, il m'a souhaité bonne chance.

Sur la passerelle Simone de Beauvoir, j'ai eu une rencontre assez étrange avec une femme.  Je voulais savoir si elle venait de Rhode Island, Providence, mais ça semblait difficile parce qu'elle repondait avec des mots à peine audibles.  Même si j'ai essayé de rendre ma question plus claire, à chaque fois je n'ai rien entendu en retour.  Quand j'étais sur le point de partir, la femme s'est laissé dire quelque chose de familier dans une voix bien moins inaudible qu'avant : "Au revoir".

9. Cour Saint-Emilion
La cour Saint-Emilion est une rue piétionne qui est coeur du Bercy Village, un centre commercial à l'extrêmité sud-est du parc de Bercy.  Elle tient son nom des vins de Saint-Emilion, un vin rouge français d'appellation d'origine contrôlée produit autour de la ville de Saint-Émilion, dans la région de Bordeaux.  Avec les 42 chais de pierre blanche qui la bordent, la rue est un vestige des entrepôts de Bercy où s'est tenu un important marché vinicole pendant plus d'un siècle.  Aujourd'hui, c'est un centre commercial qui comprend des boutiques, des restaurants, un multiplex, entre autres.

Bonjour la cour Saint-Emilion




Au revoir la cour Saint-Emilion

L'une de mes rencontres les plus intéressantes de tous les temps a eu lieu sur la cour Saint-Emilion.  J'ai vu deux filles, toutes jolies, et j'en ai abordé une pour savoir si elle venait de Montpellier, Vermont.  Ce qui a suivi, je ne m'y attendais pas.  En réponse à la question que j'ai posée sur ses origines, elle a demandé ce que je faisais et pourquoi je le faisais.  Je ne me souviens plus si je lui ai donné la raison déjà préparée ("J'essaie d'arrêter de penser à ce que les autres pensent de moi").  En tout cas, je lui ai présenté la liste des capitales des Etats américains et expliqué brièvement comment je m'en servais, après quoi elle a affirmé que je me rendais captif en traînant dans la rue pour poser mes questions à des inconnus.  Je me suis mis à me défendre, disant que je ne faisais que créer des interactions potentiellement intéressantes.  Quand elle m'a demandé pourquoi c'était elle que j'avais arrêtée, j'ai avoué que c'était parce qu'elle était jolie.  J'ai eu l'impression que cette révélation ne lui avait pas plu, surtout quand j'ai redit au passage qu'elle était jolie, alors j'ai cessé d'utiliser le mot.  A un moment lors de notre conversation, elle m'a dit que Dieu m'aimait (et me le redirait plusieurs fois).  C'était étonnant et plutôt amusant.  Elle m'a parlé de l'église à laquelle elle allait et m'a demandé si je la connaissais.  "Hillsong ?", ai-je répété après elle.  "Oui, je la connais, j'y suis déjà allé en fait."  Apparemment contente de cette découverte, elle a insisté pour que j'assiste au service du lendemain (un dimanche), peu importe le nombre de fois que je lui ai dit que j'avais d'autres plans et que je n'allais guère à l'église.  La pression qu'elle montait était plutôt lourde ; il me semblait qu'elle n'écoutait rien de ce que je disais.  Juste pour qu'elle arrête, je lui ai dit que j'y essayerais d'y aller si je pouvais.  A un moment, elle a fait référence à sa copine, qui, à une certaine distance, n'était rien qu'une spectatrice pendant cet évènement.  Venant d'apprendre comment s'appelait sa copine, j'ai demandé à mon interlocutrice son propre nom.  Elle a répondu "Fille de Dieu".  Nous avions parlé quelques minutes et après quelque temps, elle a commencé à prendre les choses moins au sérieux.  Elle avait peut-être compris que ce qui venait de se passer était une interaction censée être amicale même si un peu particulière.  Elle a insisté une dernière fois pour que je vienne à Hillsong le lendemain, et elle est partie souriante avec sa copine.  J'ai éprouvé un certain soulagement, même si c'était une expérience marrante.  Il va sans dire que je n'ai pas réçu un oui en réponse à mon invitation à prendre un verre.

Avant de quitter la cour Saint-Emilion, j'ai abordé une fille pour lui demander si elle venait d'Olympia, Washington.  Au même moment où elle a demandé les raisons pour la question, après avoir indiqué qu'elle ne venait pas de là-bas, je lui ai demandé si elle voulait prendre un verre.  Très suave.  Je me demande si cet comportement brusque de ma part était influencé par la présence de l'agent de sécurité tout près.

10. Place Félix Eboué
La place Félix Eboué est une place située à l'ancien emplacement de la barrière de Reuilly, l'une des barrières d'octroi au long de l'enceinte construite autour de Paris vers la fin du 18ème siècle.  Anciennement appelée Place Daumesnil, elle porte son nom actuel depuis 1947 en hommage à l'administrateur colonial et homme politique français Félix Eboué (1884-1944), qui était l'un des tous premiers à se rallier à la France libre du général Charles de Gaulle pendant la Seconde Guerre mondiale.  Au centre de la place est installée la fontaine du Château d'eau, un grand bassin circulaire surmonté de trois bassins et orné de huits lions crachant des jets d'eau.


J'ai rencontré une fille pendant que je traversais la rue sur la place Félix Eboué.  Non, nous n'étions pas dans le passage piéton, mais sur la petite plate-forme au milieu.  Quand je lui ai demandé si elle venait de Madison, Wisconsin, elle a dit qu'il y avait peu de chances que je tomberais sur quelqu'un de Madison dans les environs.  J'ai noté sa remarque et puis lui ai demandé si elle voulait prendre un verre avec moi.  Elle a dit non et elle est allée traverser le reste de la rue, marchant assez brusquement.

Voici d'autres scènes intéressantes vues lors des promenades :

Le jardin Hector Malot, accessible depuis la Promenade plantée

La rue du faubourg Saint-Antoine en direction de la place de la Bastille

Le Barrio latino, une programmation salsa assurée le dimanche

Où rollers et skateurs se retrouvent sur la place de la Bastille

Regardez, c'est la Maison de la RATP !

La Cinémathèque Française en cachette

Passerelle Simone de Beauvoir vers le 13ème arrondissement

Passerelle Simone de Beauvoir vers le 12ème arrondissement

Quand la ligne 6 du métro traverse la Seine

Jardinière Avenue Daumesnil

dimanche 14 septembre 2014

small talk

Inspiré par la découverte d'un livre intitulé "Le grand art de la petite conversation" dans une FNAC à Paris la semaine dernière, je pensais que ce serait chouette d'aborder le sujet du small talk (Attention : A défaut d'un terme en français pour "small talk", je propose "la conversation légère" ou "la petite conversation").  Le livre était écrit par Debra Fine, une experte en communication, et je suis toujours en train de le lire.

Afin que le solitaire en moi puisse avoir les capacités relationnelles nécessaires à une vie épanouie, il serait logique que je m'efforce d'être meilleur en small talk. Convenablement, j'ai dédié une opération entière au sujet.

L'opération Small Talk ressemblerait à la suite de l'opération Bonjour lorsqu'il s'agit d'entrer en contact avec une personne qu'on ne connaît pas.  Alors que la dernière demande qu'on dise "Bonjour" sans plus à un inconnu qui se trouve au bon endroit au bon moment, la première s'intéresse aux conversations légères qui commencent par autre chose que "Bonjour".  Essentiellement, l'opération Small Talk rentre directement dans le vif du sujet, se dispensant de la règle de commencer par une formule de salut classique .

L'opération consiste à créer 10 moments de small talk au cours de la semaine.  Pour quelqu'un de naturellement sociable, qui n'est actuellement pas mon cas, ce serait une tâche triviale qui pourrait même être accomplie en un jour.  Ce qui constitue un moment de small talk est un échange de propos que j'initie avec un inconnu et qui ne commence pas par "Bonjour", "Excusez-moi", "Madame", "Monsieur" ou quelque chose de similaire.  Les personnes au travail dans des magasins, des restaurants et d'autres commerces ne sont pas considérés comme des inconnus, vu qu'on s'attend en général à ce qu'elles rendent service aux gens.  En ce qui concerne l'échange même, j'ai commencé par quelque chose de simple dire une chose à la personne inconnue et entendre celle-ci répondre une fois.  Si elle ne répond pas, il n'y a pas de moment de small talk.  En général, je ne réessaie pas en utilisant une autre phrase ; j'accepte plutôt le rejet et passe à autre chose.  Une fois que je fais l'opération 10 fois sur 10 semaines distinctes, ayant créé 100 moments de small talk au total, je passe la vitesse supérieure par exemple, dire quelque chose à la personne et entendre celle-ci répondre à deux reprises.  Après, je continue à établir des niveaux plus élevés à atteindre, jusqu'à ce que chaque échange finit par être une conversation substantielle.  A ce stade-là, on pourrait prétendre être naturellement sociable et l'opération ne serait plus nécessaire.

Tout moment de small talk créé avec l'espoir d'entrer en contact avec quelqu'un ne nécessite pas de sujets de conversation profonds.  De plus, il n'existe pas que la météo.  Il y a les environs, qui sont généralement riches en informations de toutes sortes, qu'il s'agisse des gens, des animaux, des objets, des comportements, des évènements, etc..  Il y a aussi l'esprit, qui est en train de traiter ces informations de façons multiples, ce qui produit par la suite encore des informations.  Imaginez que ces informations que vous veniez de produire étaient partagées instantanément avec quelqu'un près à portée de main.  Ce serait potentiellement un moment de small talk.

Pour pouvoir augmenter mes chances de créer ces moments, je m'efforce de rester attentif quand je suis entouré de gens.  Bien que j'aime explorer le contenu de mon esprit, j'imagine que le fait de partager avec quelqu'un une idée que je viens d'avoir me permettrait aussi de découvrir des choses.  Ca pourrait être des informations pratiques que je ne m'attendais pas à recevoir sur un thème que je connaissais ou un avis sur un sujet que je connaissais peu.  En plus, la découverte pourrait se trouver quelque part au-delà de la réponse même de mon interlocuteur.  Je pourrais apprendre qu'il était quelqu'un d'amicable alors que j'avais initialement supposé le contraire ou je pourrais reconnaître que malgré nos différences, nous cherchions essentiellement des choses similaires.

Comme si le livre de Debra Fine n'en présente pas suffisamment les bénéfices, je dirais que le small talk aide les gens (y compris la personne qui l'initie) à s'ouvrir et par conséquent encourage la confiance.  Ce qui est intéressant, c'est que plus nous avions confiance, par rapport à nous-mêmes et aux autres, plus nous serions capables de nous ouvrir.  Je peux être un solitaire, mais je veux être ouvert aussi.

Je conclus avec deux exemples de moments de small talk qui me viennent à l'esprit et qui ont tous les deux eu lieu récemment.

Un soir il y a deux semaines, dans une boulangerie Eric Kayser où je vais plusieurs fois par semaine, j'ai perçu une odeur particulière mais plutôt agréable.  Or je n'étais entouré que de pain et de pâtisseries.  En toute vérité, il y avait aussi en libre-service une variété de boissons en bouteille et de boîtes de plats préparés, mais l'odeur ne pourrait pas émaner de là-bas.  Remarquant qu'il y avait une dame devant moi dans la queue, j'ai dit : "Ca sent le poisson ici !"  Elle s'est retournée, l'air amusée, et a dit : "Effectivement, je sens le poissons aussi !"  J'étais rassuré.

Mercredi dernier, à l'heure du déjeuner, j'étais à la cantine de l'immeuble dans lequel je travaille.  J'ai arrêté d'aborder les jolies filles sur place pour faire la queue pour les grillades du jour.  Au long de la queue était situé un stand des desserts, duquel j'ai pris un des bols de salade de fruits déjà préparés.  Le type derrière moi a aussi pris un bol, mais j'ai remarqué que le sien était rempli à 60% environ.  Allo !  Moment de small talk !  Alors je suis intervenu en lui disant : "Il y a encore de bols qui sont plus remplis de salade", indiquant avec un geste de la main la différence entre le contenu de son bol et celui des autres sur le stand.  Après qu'il a compris, il a remplacé son bol sans hésitation.  "Merci !", a-t-il dit, avant de faire un commentaire que je n'ai pas bien entendu sur les avantages de manger des fruits.

vendredi 5 septembre 2014

pourquoi j'aime paris (6)

Le jeudi 29 mai 2014, à peine quatre jours après la séance de dessin dans le 14ème arrondissement de Paris, j'ai retrouvé des membres du groupe Paris Sketchers à l'Institut du monde arabe, une organisation qui est consacrée entre autres à la présentation des cultures du monde arabe et dont le bâtiment est situé face à la Seine dans le 5ème arrondissement.  C'était le Jeudi de l'Ascension, un jour férié, et j'adorais l'idée de passer l'après-midi en bonne compagnie dans un endroit qui avaient toujours piqué ma curiosité mais que je n'avais jamais visité.

Pour cet évènement spécial, je dois remercier Marina, qui a organisé la sortie.  Elle a écrit une petite présentation alléchante de tout ce que l'institut pouvait offrir à un sketcher urbain, notant en particulier l'exposition "Il était une fois l'Orient Express" qui était en cours.  Cette nouvelle m'a beaucoup intéressé, même si ce qui me fascinait était la vue panoramique sur Paris depuis le toit du bâtiment.  Et l'accès à celle-ci était gratuit.

Je suis arrivé à l'Institut vers 14h, à l'aide de Vélib.  Une locomotive était installée dans un espace qui donnait accès au bâtiment, accueillant visiteurs et passants.  Tout près, sur le parvis, il y avait une ligne de voitures de train, une file d'attente au long de celle-ci et une autre, plus longue, devant un guichet décoré de manière à donner l'impression d'être dans une gare.  L'Orient Express.  Le train célèbre qui reliait plusieurs villes d'Europe à d'autres du Moyen-Orient à partir de 1883.  C'était sans doute un évènement spécial.

J'ai trouvé dehors quelques sketchers que je connaissais, dont Marina, et je suis allé dire bonjour.  La plupart d'entre eux, y compris Tula et Jean-Marc, étaient déjà au travail.  Eprouvant l'envie de les rejoindre, je me suis mis à me demander ce que je devrais croquer.  Marina avait parlé de la vue sur la cathédrale Notre-Dame depuis le toit du bâtiment, mais j'étais toujours indécis.  C'était une sorte de dilemme : est-ce que je resterais dehors pour contempler le locomotif, les voitures de train et/ou le bâtiment que j'avais intrigué pendant des années, ou est-ce que j'irais dans ce même bâtiment pour voir ce qu'il y avait d'intéressant depuis son toit ?

J'ai choisi le dernier.  Et cinq minutes plus tard, j'étais sur le toit, ayant monté neuf étages par l'ascenseur.  Pendant que j'admirais la vue où je pouvais, comme il y avait des touristes étaient un peu partout, mon regard est finalement tombé sur Notre-Dame, vers l'ouest.  Dans sa direction, j'ai repéré un coin assez isolé depuis lequel je pouvais avoir la vue la plus proche et la plus claire de Notre-Dame.  Je m'y suis rapproché, certain que c'était l'endroit d'où j'allais dessiner.

Après que je m'y suis installé, j'ai commencé à croquer ce que je voyais.  Au cours des deux heures que ça m'a prises pour finir, Marina est passée et a fait des croquis à l'aquarelle.  Je ne l'avais rencontrée qu'une fois, lors d'une sortie précédente, mais être là-haut avec elle m'a donné l'occasion de la connaître mieux.  Elle a fini par partir croquer ailleurs, mais pas avant qu'on confirme l'heure de rendez-vous au café en face du bâtiment.


J'étais ravi après avoir attaqué Notre-Dame d'un tel point de vue et largement satisfait du résultat, d'autant plus que c'était le premier grand monument parisien que j'aie jamais dessiné.  Comme il me restait du temps libre avant que je me réunisse avec le groupe, j'ai décidé de profiter encore du cadre pour faire deux croquis rapides de 30 minutes au stylo de la cathédrale et de ses environs.



Une fois les croquis terminés, j'ai dit au revoir au toit et pris l'ascenseur pour descendre.  J'allais arriver au café en retard.

***

Le soir du jeudi 28 août 2014, je suis retourné à l'Institut du monde arabe sans les sketchers.  Cette fois, je ne suis pas allé sur le toit.  Je n'avais même pas l'intention d'entrer dans le bâtiment, qui était déjà fermé d'ailleurs.  Tout simplement, je suis venu apprécier l'attraction du moment, que j'avais choisi de ne pas croquer la fois précédente : l'Orient Express.

Pourquoi retourner trois mois plus tard ?  Parce que l'exposition prenait fin le 31 août.  Et je voulais marquer le moment dans un croquis, ou plusieurs.  Mieux vaut tard que jamais.



Je suis revenu deux jours après, le samedi 30 août 2014, pour une dessin plus poussé.  Je voulais tout dans la composition : la locomotive, les voitures de train, le bâtiment.  Au bout de cinq heures sur deux jours, j'ai réussi.  Deux jours, car je suis retourné le lendemain, le dernier jour de l'exposition, pour mettre la dernière touche.


Grâce à Marina, qui m'avait offert un billet, j'ai pu visiter les voitures de train ouvertes au public le second jour.  Voilà quelques souvenirs de cette expérience.








J'ai partagé quelques moments amusants avec les agents de sécurité qui travaillaient à la sortie de la visite des voitures de train.  Ils m'avaient vu croquer plus tôt depuis leur poste et ils étaient venus jeter un oeil à mon travail de temps en temps.  Lorsque je sortais avec les autres dans mon groupe de visiteurs, l'un d'entre eux s'est proposé de me prendre en photo à l'intérieur des voitures avec mon appareil photo.  Alors je l'ai suivi et me suis fait photographier sans personne d'autre en vue.  Précieux.  Plus tard, un autre agent de sécurité m'a interpellé lorsque je croquais pour dire quelques mots d'encouragement : "Vous avez un talent, il faut l'exploiter ... il faut se faire connaître ..."  Flattée et gêné, j'ai répondu "OK, mais plus tard, à quoi il a dit "Le temps presse ..."  Quand je partais pour de bon, il a ajouté : "N'oublies pas."  "Quoi ?", ai-je demande.  "Ce que je t'ai dit toute à l'heure."

La cerise sur le gâteau, c'était le moment sur le pont de Sully où j'ai croisé Jack Lang, le président de l'Institut du monde arabe et un ancien ministre de la Culture, en marchant vers la place de la Bastille pour prendre le métro.