jeudi 26 décembre 2013

l'artiste refoulé

Art should comfort the disturbed and disturb the comfortable.

L'art devrait conforter le troublé et troubler le confortable.

‒ Cesar Cruz

La citation ci-dessus est juste magnifique.  Je me suis retrouvé en pleine euphorie après l'avoir découverte sur la page twitter de Simon Sinek il y a un an.  Je me sentais aussi reconnu.  Je m'étais toujours vu comme un artiste, comme une âme torturée qui se mettait alors à exposer ses idées et ses sentiments intimes dans l'intention d'apaiser la peine qu'il éprouvait.  De tels actes d'exposition étaient loin d'être confortables et la plupart du temps, ce qui était exprimé n'avaient pas de sens ni pour les gens de mon entourage ni pour les inconnus.  Pourtant, en fin de compte, une fois que le fait était accompli ‒ si le fait était accompli ‒ je goûterais souvent une paix profonde et rare.  Par contre, si le fait n'était pas accompli, la torture ne ferait que s'intensifier.  Alors la seule suite logique, c'était de continuer.

On dit souvent que l'adolescence est marquée par la rébellion, qu'un individu commence à s'affirmer pendant cette période.  On parle d'une personne qui a la moitié de mon âge.  En réalité, je ne sais pas si c'est vrai, mais il apparaît que c'est ce qui est accepté, notamment dans les pays occidentaux.  Le souci, c'est que je ne me souviens pas d'avoir vécu une telle expérience.  J'ai passé mes années d'adolescence à répondre avec excellence aux attentes des autres, à force de tenir un long record de bonnes notes et de m'adhérer sans failles au règlement scolaire.  En dehors de l'école, l'histoire n'était pas très différente.  Je jouais le rôle d'un garçon qui respectait le jugement de ses aînés, qui évitait le risque et l'incertitude, et qui analysait les situations avant de décider de ce qu'il devrait faire et de ce qu'il devrait dire.  En fait, depuis le passage à l'âge adulte, je suis le droit chemin sans le remettre en cause.  C'est un chemin qui est bien connu, apprécié et suivi par beaucoup de gens.  Il paraît confortable aussi.

Mais ce qui cloche dans cet état de confort, c'est que je me vois comme un artiste.  C'est une vision que j'ai eue de moi-même pendant longtemps et je la vois durer encore pour longtemps.  Au fil des ans, j'ai réussi à trouver des moyens de laisser s'épanouir cette fibre artistique.  Pourtant, ces essais, quoique passionnés, sont restés petits par en comparaison du droit chemin qui les a toujours dirigés.  Ayant conscience de ce conflit plus que jamais avant, je ne peux plus me permettre de valoriser une vie socialement correcte tout en y soumettant la vielle vision de moi-même comme un artiste, ou encore mieux, comme un esprit libre.  Cela ne m'amènerait que de la torture, et j'en ai déjà assez pour de la compagnie.  Il s'ensuit qu'une sorte de rébellion sera nécessaire.  Une rébellion contre la droiture qui fait obstacle, pour être plus précis.  D'ailleurs, j'ai raté l'occasion de connaître cela pendant mon adolescence, n'est-ce pas ?  Et voilà, j'ai une nouvelle opportunité maintenant dans ma vie d'adulte.  Certes, la rébellion individuelle n'est pas habituellement synonyme de l'âge adulte.  On s'attend à ce que l'adulte soit sérieux, prudent, raisonnable, humble, à ce qu'il prenne soin des autres et à ce qu'il contribue à la société.  Tout ce qui y est contraire est réservé à la génération des jeunes.  Bon.  Tout ce que ça me dit est de choisir des moyens adultes de mener une rébellion.  Tout ce que ça me dit est d'être un rebelle avec une cause.  Après tout, c'est soit cela, soit courir le risque de s'isoler des autres adultes.  Et voilà est une autre source de torture dont je préfère me passer.

Alors chers amis, c'est l'heure de se rebeller.


L'une des clés pour vous exprimer dans l'art est d'essayer de casser la maîtrise de soi, de voir si vous pouvez transcender la part socialisée de votre esprit, le surmoi — quel que soit le nom que vous lui donnez. […] L'art, heureusement, est un domaine où vous pouvez dépasser cela, vous en débarrasser et révéler quelque chose de plus profond. Je sais que dans mon travail, je dois sortir ces trucs, ça ne peut pas rester à l'intérieur : toute cette folie, ces trucs sexuels, l'hostilité envers les femmes, la colère contre l'autorité.

‒ Robert Crumb


samedi 7 décembre 2013

pourquoi j'aime paris (2)




Ces photos ont été prises un dimanche après-midi en septembre 2008.  Mon amie Stephanie visitait Paris à l'époque et nous venions de revenir d'un voyage passionnant dans l'ouest de la France qui a commencé à Rennes et qui s'est terminé à Blois.  Ce dimanche était le dernier jour de vacances de Stephanie et, après nous être baladés dans la rue Mouffetard, nous avons décidé d'aller faire un tour à Montmartre.  A notre arrivée, nous nous sommes naturellement faufilés dans les foules qui flânaient à l'extérieur de la basilique du Sacré-Cœur avant de nous joindre à celles qui se traînaient à l'intérieur, nous avons admiré la couleur jaune vif des habits de la jeune fille qui jouait de l'accordéon tout près, et puis, au loin, nous avons aperçu la tour Eiffel.  Deux fois.

Du bon temps.

lundi 2 décembre 2013

investors in paris

Investir dans Paris.

Ca a l'air ridicule, non ?

Bon, ça pourrait l'être aux certains habitants de Paris, notamment des Français ou des ressortissants des anciennes colonies françaises.  Presque tout Parisien serait d'accord qu'il n'est pas inhabituel de tomber sur des gens qui déplorent Paris ou qui réitère leur souhait de s'enfuir à des territoires plus attirants, ce qui veut dire des pays anglophones comme l'Angleterre ou les Etats-Unis en général.  Peut-être que c'est l'attitude, le coût de la vie, la bureaucratie, les vielles mentalités, les systèmes soit qui semblent arriérés soit qui ne fonctionnent simplement pas ou l'absence de gens joviaux dans le métro.  Je me demande si j'ai tout entendu.  En tout cas, je doute que je puisse aider à réduire les soucis de ces Parisiens, étant donné que je suis un étranger adulte à Paris dont la langue maternelle est l'anglais.  N'ayant emménagé à Paris qu'il y a quelques années, je ne peux pas totalement m'identifier.

Je m'identifie par contre aux étrangers qui cherchent à quitter Paris parce que, comme ils pourraient le dire, ils en ont assez.  J'en ai connu quelques-uns ces dernières années et je ne peux pas m'empêcher d'être attristé en entendant leurs souhaits de partir.  Après tout, beaucoup de gens viennent dans la capitale française enthousiastes d'une nouvelle aventure, seulement pour finir par vouloir partir après une période courte parce que "ça ne marche pas" (on ignore ce que cela veut dire).  En dehors d'éléments sans rapport avec Paris, je suppose qu'un bon nombre de ces idées de fuite ont pour point de départ les gens à Paris.  Admettons que les Parisiens n'ont pas tendance à accueillir les nouveaux venus à bras ouverts.  Et alors qu'ils ne t'offenseront probablement pas, ils pourront juste ne pas reconnaître que tu es là.  L'opinion bien répandue qu'il y a beaucoup de beauté et de culture à Paris est formidable pour quelqu'un qui y emménage, mais, au bout d'un certain temps, un besoin fréquent de rapports sociaux prend le dessus.  Les étrangers peuvent tout à fait développer ces rapports au sein de groupes qui leur sont destinés, renonçant donc à la communauté française locale, dont les membres se regarderont naturellement les uns vers les autres lorsqu'ils veulent satisfaire le même besoin.  En raison de l'abondance évidente de Français à Paris, le besoin est facilement satisfait et le sens du confort est vite rétabli.  Après tout, Paris reste un endroit construit par les Français pour les Français.  Pour l'étranger adulte attaché à une façon de vivre différente, ce genre de situation peut inculquer une pression de se conformer ou entraîner une crise d'identité.  Ou même nourrir l'idée de quitter la ville.

Pourtant, malgré ces conditions, il y a une grande opportunité à Paris pour l'étranger de s'engager avec le francophone.  La ville offre évidemment une riche culture et c'est plus souvent que non par ses habitants qu'on découvre au mieux cette culture.  Au-delà de Paris est la France et beaucoup de Parisiens se réjouissent de l'opportunité de présenter des aspects de la culture française aux étrangers qui n'en ont peut-être aucune idée.  Appellez-le la fierté française si vous voulez.  Si vous aimez apprendre des nouvelles choses, vous pouvez compter sur les Français pour qu'ils vous éclairent à cet égard.  Effectivement, certains Parisiens se montrent désagréables et d'autres ont leur particularités qui nous agacent.  Si on accepte que cela fasse partie de la vie puisque nous sommes tous différents (n'est-ce pas ?), nous pouvons être plus compréhensifs.  Par ailleurs, un comportement désagréable n'est qu'une partie de l'histoire ; il est possible qu'une autre partie inclue des choses plus gaies.  En plus, il peut y avoir quelque chose d'intéressant dans la manière dont les Parisiens s'expriment (sans violence bien sûr) lorsqu'ils sont en colère ou agaçants.  Parfois, c'est comme du théâtre que certains d'entre nous sommes incapables soit de produire soit de produire aussi bien.  Peut-être que nous ne l'apprécions pas, mais nous allons en parler.

Cela dit, la plus grande partie de l'opportunité d'épanouissement à Paris reste plus entre nos mains que dans celles des gens avec qui nous partageons la ville, en ce qui concerne notre expérience en tant qu'étrangers.  Chacun d'entre nous a quelque chose à offrir, quelque chose qui puisse enrichir la vie des autres Parisiens.  Oui, nous sommes largement moins nombreux par rapport aux Parisiens francophones.  Mais ce petit nombre fait de nous la rareté, l'exception.  En d'autres termes, notre différence nous rend spéciaux.  Nous n'avons même rien à faire pour être spéciaux ; nous le sommes juste en étant à Paris.  Et je pense que nous devons profiter de cela.  Même mieux, si nous pouvons profiter de cela d'une façon bénéfique à laquelle les Parisiens francophones peuvent potentiellement s'identifier, ils pourront reconnaître notre valeur.  Il ne s'agit ni d'essayer de changer la culture française ni de respecter la culture française.  Il s'agit plutôt de trouver un terrain d'entente, où nous exprimons notre différence au profit des gens parmi lesquels nous nous sentons différents.

C'est comme la fameuse expression "Laissez un endroit meilleur que vous l'avez trouvé."  C'est comme la plus célèbre des paroles de l'ancien président américain John Fitzgerald Kennedy: "Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous ; demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays."  Alors que peux-tu faire pour Paris et pour ses habitants ?  Que voient tes yeux étrangers depuis que tu es Paris ?  A tes yeux étrangers, qu'est-ce qui manque à Paris et qui, s'il était fourni, pourrait bénéficier aux Parisiens ainsi qu'à toi-même ?  En effet, on ne parle pas que de Paris ; tu es également aussi concerné.  Il s'agit de ton propre expérience à Paris, pas juste celle de l'étranger (ou celle du francophone d'ailleurs).  Il s'agit du temps que tu investis dans Paris.  Cet investissement est-il rentable pour toi en ce moment ?  Crois-tu qu'il donnera un rendement important à l'avenir, même dans une vie après Paris ?

Je crois que c'est par cette considération mutuelle pour Paris et pour soi-même qu'un étranger peut s'épanouir dans la ville.  C'est comme un mariage où les deux parties doivent maintenir un équilibre.  Si l'étranger donne trop à Paris, il risque de perdre son sens du moi.  S'il se donne trop à soi-même, il risque de se sentir isolé.

Il y a quelques années, quand je vivais une histoire d'amour passionnée avec la langue française aux Etats-Unis, j'ai décidé de prendre un mois de congé — pratiquement plus que ce à quoi j'avais droit par an — pour vivre à Paris.  Un après-midi pendant mon séjour, j'ai fait la connaissance de Colette, une femme merveilleuse et professeur de français — avec qui une amie francophile m'avait mis en contact.  Entre pique-nique et promenade dans le square au centre de la place des Vosges, Colette sentait mon enchantement avec beaucoup de choses parisiennes et françaises.  Par conséquent, elle a conclu que je me posais la question de vivre à Paris pour un temps plus long qu'un mois.  Elle m'a promptement averti : "Paris, c'est un mythe."  J'ai eu une réaction similaire après être revenu aux Etats-Unis, où quelques personnes m'ont fait remarquer les difficultés de la vie à Paris, peut-être dû à une impression des Parisiens comme des gens froids.  Dans les deux cas, je me suis dit assez naïvement, "Ah, je vais les charmer de toute façon."

Huit ans après ce séjour à Paris, j'ai finalement le sentiment de réaliser l'opportunité de faire juste cela.