Investir dans Paris.
Ca a l'air ridicule, non ?
Bon, ça pourrait l'être aux certains habitants de Paris, notamment des Français ou des ressortissants des anciennes colonies françaises. Presque tout Parisien serait d'accord qu'il n'est pas inhabituel de tomber sur des gens qui déplorent Paris ou qui réitère leur souhait de s'enfuir à des territoires plus attirants, ce qui veut dire des pays anglophones comme l'Angleterre ou les Etats-Unis en général. Peut-être que c'est l'attitude, le coût de la vie, la bureaucratie, les vielles mentalités, les systèmes soit qui semblent arriérés soit qui ne fonctionnent simplement pas ou l'absence de gens joviaux dans le métro. Je me demande si j'ai tout entendu. En tout cas, je doute que je puisse aider à réduire les soucis de ces Parisiens, étant donné que je suis un étranger adulte à Paris dont la langue maternelle est l'anglais. N'ayant emménagé à Paris qu'il y a quelques années, je ne peux pas totalement m'identifier.
Je m'identifie par contre aux étrangers qui cherchent à quitter Paris parce que, comme ils pourraient le dire, ils en ont assez. J'en ai connu quelques-uns ces dernières années et je ne peux pas m'empêcher d'être attristé en entendant leurs souhaits de partir. Après tout, beaucoup de gens viennent dans la capitale française enthousiastes d'une nouvelle aventure, seulement pour finir par vouloir partir après une période courte parce que "ça ne marche pas" (on ignore ce que cela veut dire). En dehors d'éléments sans rapport avec Paris, je suppose qu'un bon nombre de ces idées de fuite ont pour point de départ les gens à Paris. Admettons que les Parisiens n'ont pas tendance à accueillir les nouveaux venus à bras ouverts. Et alors qu'ils ne t'offenseront probablement pas, ils pourront juste ne pas reconnaître que tu es là. L'opinion bien répandue qu'il y a beaucoup de beauté et de culture à Paris est formidable pour quelqu'un qui y emménage, mais, au bout d'un certain temps, un besoin fréquent de rapports sociaux prend le dessus. Les étrangers peuvent tout à fait développer ces rapports au sein de groupes qui leur sont destinés, renonçant donc à la communauté française locale, dont les membres se regarderont naturellement les uns vers les autres lorsqu'ils veulent satisfaire le même besoin. En raison de l'abondance évidente de Français à Paris, le besoin est facilement satisfait et le sens du confort est vite rétabli. Après tout, Paris reste un endroit construit par les Français pour les Français. Pour l'étranger adulte attaché à une façon de vivre différente, ce genre de situation peut inculquer une pression de se conformer ou entraîner une crise d'identité. Ou même nourrir l'idée de quitter la ville.
Pourtant, malgré ces conditions, il y a une grande opportunité à Paris pour l'étranger de s'engager avec le francophone. La ville offre évidemment une riche culture et c'est plus souvent que non par ses habitants qu'on découvre au mieux cette culture. Au-delà de Paris est la France et beaucoup de Parisiens se réjouissent de l'opportunité de présenter des aspects de la culture française aux étrangers qui n'en ont peut-être aucune idée. Appellez-le la fierté française si vous voulez. Si vous aimez apprendre des nouvelles choses, vous pouvez compter sur les Français pour qu'ils vous éclairent à cet égard. Effectivement, certains Parisiens se montrent désagréables et d'autres ont leur particularités qui nous agacent. Si on accepte que cela fasse partie de la vie puisque nous sommes tous différents (n'est-ce pas ?), nous pouvons être plus compréhensifs. Par ailleurs, un comportement désagréable n'est qu'une partie de l'histoire ; il est possible qu'une autre partie inclue des choses plus gaies. En plus, il peut y avoir quelque chose d'intéressant dans la manière dont les Parisiens s'expriment (sans violence bien sûr) lorsqu'ils sont en colère ou agaçants. Parfois, c'est comme du théâtre que certains d'entre nous sommes incapables soit de produire soit de produire aussi bien. Peut-être que nous ne l'apprécions pas, mais nous allons en parler.
Cela dit, la plus grande partie de l'opportunité d'épanouissement à Paris reste plus entre nos mains que dans celles des gens avec qui nous partageons la ville, en ce qui concerne notre expérience en tant qu'étrangers. Chacun d'entre nous a quelque chose à offrir, quelque chose qui puisse enrichir la vie des autres Parisiens. Oui, nous sommes largement moins nombreux par rapport aux Parisiens francophones. Mais ce petit nombre fait de nous la rareté, l'exception. En d'autres termes, notre différence nous rend spéciaux. Nous n'avons même rien à faire pour être spéciaux ; nous le sommes juste en étant à Paris. Et je pense que nous devons profiter de cela. Même mieux, si nous pouvons profiter de cela d'une façon bénéfique à laquelle les Parisiens francophones peuvent potentiellement s'identifier, ils pourront reconnaître notre valeur. Il ne s'agit ni d'essayer de changer la culture française ni de respecter la culture française. Il s'agit plutôt de trouver un terrain d'entente, où nous exprimons notre différence au profit des gens parmi lesquels nous nous sentons différents.
C'est comme la fameuse expression "Laissez un endroit meilleur que vous l'avez trouvé." C'est comme la plus célèbre des paroles de l'ancien président américain John Fitzgerald Kennedy: "Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous ; demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays." Alors que peux-tu faire pour Paris et pour ses habitants ? Que voient tes yeux étrangers depuis que tu es Paris ? A tes yeux étrangers, qu'est-ce qui manque à Paris et qui, s'il était fourni, pourrait bénéficier aux Parisiens ainsi qu'à toi-même ? En effet, on ne parle pas que de Paris ; tu es également aussi concerné. Il s'agit de ton propre expérience à Paris, pas juste celle de l'étranger (ou celle du francophone d'ailleurs). Il s'agit du temps que tu investis dans Paris. Cet investissement est-il rentable pour toi en ce moment ? Crois-tu qu'il donnera un rendement important à l'avenir, même dans une vie après Paris ?
Je crois que c'est par cette considération mutuelle pour Paris et pour soi-même qu'un étranger peut s'épanouir dans la ville. C'est comme un mariage où les deux parties doivent maintenir un équilibre. Si l'étranger donne trop à Paris, il risque de perdre son sens du moi. S'il se donne trop à soi-même, il risque de se sentir isolé.
Il y a quelques années, quand je vivais une histoire d'amour passionnée avec la langue française aux Etats-Unis, j'ai décidé de prendre un mois de congé — pratiquement plus que ce à quoi j'avais droit par an — pour vivre à Paris. Un après-midi pendant mon séjour, j'ai fait la connaissance de Colette, une femme merveilleuse et professeur de français — avec qui une amie francophile m'avait mis en contact. Entre pique-nique et promenade dans le square au centre de la place des Vosges, Colette sentait mon enchantement avec beaucoup de choses parisiennes et françaises. Par conséquent, elle a conclu que je me posais la question de vivre à Paris pour un temps plus long qu'un mois. Elle m'a promptement averti : "Paris, c'est un mythe." J'ai eu une réaction similaire après être revenu aux Etats-Unis, où quelques personnes m'ont fait remarquer les difficultés de la vie à Paris, peut-être dû à une impression des Parisiens comme des gens froids. Dans les deux cas, je me suis dit assez naïvement, "Ah, je vais les charmer de toute façon."
Huit ans après ce séjour à Paris, j'ai finalement le sentiment de réaliser l'opportunité de faire juste cela.
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