mercredi 17 juillet 2013

souvenirs angoumoisins

J'ai passé la semaine dernière à Angoulême, capitale de la Charente, dans la région Poitou-Charentes.

J'étais venu participer à un stage de dessin basé sur "Drawing on the Right Side of the Brain" ("Dessiner grâce au cerveau droit"), le célèbre livre de Betty Edwards.  C'était une expérience formidable.  J'ai beaucoup appris et naturellement, j'ai beaucoup dessiné aussi.

Après une journée de dessin, je passais quelquefois la soirée à explorer Angoulême, surtout son centre historique, admirant les vues d'une ville connue pour son Féstival international de la bande déssinée annuel.

Voici quelques souvenirs de l'exploration.

"La fille des remparts", Boulevard Pasteur

Eglise Saint-Martial

"Avec le temps", Rue des frères Lumière

"Un samedi à Malakoff", Avenue Gambetta

Sous le pont de Saint-Cybard

Place Beaulieu

Eglise Saint-Ausone

Vue depuis le rempart du Midi

Cathédrale Saint-Pierre

Gros grillon charentais, camembert rôti

samedi 13 juillet 2013

mon nouveau philosophe préféré

Il s'appelle Vincent Cespedes.

Je l'ai découvert grâce à ma copine Mélodie, qui m'a envoyé un e-mail en février dernier sur l'une de ses conférence-discussions au Barrio Latino, à Paris.

Je n'ai jamais été un passionné de philosophie, mais Vincent me convient parce qu'il parle ‒ au moins dans l'interview vidéo que Mélodie m'a envoyée ‒ de thèmes qui m'importent : le bonheur, les peurs, le travail sur soi, l'optimisme.

Regarde l'interview ci-dessous.  Elle est accompagnée d'un cadeau : une transcription.



Interviewer 1 : Bonjour Vincent Cespedes.

Vincent Cespedes : Bonjour.

Interviewer 1 : Merci d'être avec nous cet après-midi.  Vous êtes philosophe, auteur d'un livre qui s'intitule "Magique étude du Bonheur".  Parlons de l'argent et du bonheur.  Est-ce que vous comprenez le sentiment des Français qui l'expriment très bien ‒ ils disent "L'argent, oui, c'est vrai que ça peut aider mais ça ne suffit pas ?"

Vincent Cespedes : Mais ça c'est une grande leçon de philosophie.  Il ne faut pas attendre une crise pour pouvoir la redécouvrir.  L'argent est un moyen, pas une fin en soi.  C'est vrai qu'on est dans une époque où on a tendance à faire de l'argent et de la célébrité des objectifs existentiels, des buts dans la vie.  Et ça c'est une catastrophe en général.  Bien sûr, vous connaissez la fin de l'adage, "l'argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue."  Ca veut dire que c'est très très difficile d'avoir un manque d'argent et de bonheur parce que l'absence d'argent est un facteur d'angoisse et de stress et puis, je dirais, d'une mauvaise santé aussi.  Donc l'argent permet une certaine santé mentale mais ce n'est pas une fin en soi, c'est sûr.

Interviewer 2 : Est-ce que selon vous, il y a une recette du bonheur ?  Et si oui, quels sont les ingrédients ?  Dites-nous tout.

Vincent Cespedes : Ecoutez, les recettes, il n'y en a qu'une seule.  C'est la recette de deux mille ans de philosophie, et qui consiste à dire : "Tu as des peurs en toi, tu as des difficultés, des blocages, il faut que tu travailles dessus."  Donc c'est un travail sur soi-même.  Mais ce n'est pas simplement ça, c'est aussi travailler sur la société.  Parce qu'il est vrai qu'on peut changer notre vision du monde en travaillant sur nous et ce travail sur soi, on a du mal aujourd'hui à le faire parce que les temps sont pressés, simplificateurs, parce qu'on cavale tous.  On est tous hyperconnectés, on oublie ce temps d'introspection, de réflexion, de travail sur soi.  Mais ce n'est pas simplement comme ça qu'on peut être heureux.  C'est aussi en sentant qu'on a une action sociale, qu'on a une action dans le monde, qu'on se connecte à des gens.  Si vous voulez, le test classique, c'est de voir les personnes âgées à la fin de leur vie, leur poser la question : "Alors, la vie veut-elle la peine d'être vécue Papi, Mamie ?"  Et ceux qui répondent oui, c'est ceux qui disent "Je me suis mélangés à beaucoup de gens.  J'ai rencontré des gens formidables."  Ce n'est pas "J'ai eu des primes.  J'ai eu des stock options."  C'est vraiment "Je me suis mélangé à des gens formidables."  Ca veut dire que c'est le lien humain et le mélange humain qui est la nourriture absolument essentielle pour le bonheur.  Encore faut-il être capable de rencontres et sortir de l'autisme communautaire aujourd'hui des communications virtuelles ...

Interviewer 1 : ... des reseaux sociaux.  Vous évoquez le stress liés à nos vies parfois un peu bousculées par le monde du travail en particulier.  Est-ce que vous avez le sentiment justement que le niveau de stress augmente chez les gens au travail en particulier ?

Vincent Cespedes : Oui.  Moi, j'interviens beaucoup en entreprise.  La philosophie en entreprise est de plus en plus demandée.  Et ce qui est sûr, c'est que le stress au travail est un immense facteur, je dirais, de malheur, de tristesse.  Alors, c'est bien, le stress.  Il ne faut pas critiquer le stress ; c'est la capacité de s'adapter à des situtations nouvelles.  Mais quand les situations sont tout le temps nouvelles et la nécessité d'adapation sollicite des ressources d'énergie colossales de la part des individus, eh bien on ne peut pas créer du sens, on ne peut pas créer du lien ensemble.  Le stress empêche la création, je dirais, du lien fraternel et le sentiment de bien-être au travail passe par l'implication dans une équipe et le sentiment qu'on a une utilité.  Je crois vraiment que c'est ça.  C'est valable aussi à l'école, avec nos jeunes dans les écoles.  Le bonheur d'aller travailler, le bonheur d'apprendre, ça passe par l'idée que je peux le faire et que je suis utile à ça.  Si on est dans une école qui fait un tri sélectif et qui rejette avec des petites mentions en rouge "Peut mieux faire", etc., les élèves, eh bien, on a ce qui est l'opposé du bonheur, non pas le malheur, mais la résignation.

Interviewer 2 : Justement, vous venez de dire que vous êtes de plus en plus demandé au sein des entreprises.  Qu'est-ce que vous leur dites, à ces salariés ?  Quel est le message que vous leur faites passer, ces salariés qui sont stressés ?

Vincent Cespedes : Alors moi, je m'adresse aux patrons en général.  C'est les patrons qui demandent dans des conférences.  Alors, d'abord, le tic qui est le mien, c'est de ne jamais trahir mon message.  J'ai des convictions sur le capitalisme, sur la politique et ce qu'ils demandent, c'est justement sur le bonheur.  Ils demandent "Comment transformer le bien-être ‒ ce sont les patrons ‒ comment transformer le bien-être dans l'entreprise en performance ?  Et est-ce que la performance dépend du bonheur ?"

Interviewer 2 : Ca veut dire qu'ils veulent des conseils pratiques?

Vincent Cespedes : Ils veulent des conseils très pratiques mais ils veulent aussi une hauteur de vue.  Et l'idée, c'est qu'ils doivent évidemment faire confiance à leurs salariés.  Il s'agit vraiment de changer la façon de travailler, d'arriver dans une façon de travailler où la complicité devient une matière première.  Cette notion de complicité est essentielle.  On est dans un monde complexe, et le grand travail notamment du philosophe, c'est de transformer la complexité en complicité.  C'est le travail du 21ème siècle.

Interviewer 1 : Un dernier mot sur l'indice de satisfaction des Français.  On dit souvent qu'ils ont le moral dans les chaussettes et quand on regarde cette étude de l'INSEE, il apparaît que les Français notent à 6,8 sur une échelle de 10 leur niveau de satisfaction.  Ce n'est pas si mal.

Vincent Cespedes : Ce n'est pas si mal, mais ce n'est pas énorme dans un pays, je dirais, avec des biens de consommation à portée de main.  Ce n'est pas énorme.  Il y a des millions de pauvres en France et surtout, ces enquêtes sont évidemment toujours faussées.  Moi, je me méfie beaucoup des sondages parce qu'on peut très bien prendre des anxiolytiques à longueur de journée et se dire parfaitement heureux.  Mais on prend des anxiolytiques.  Et nous sommes une nation, vous savez, qui consommons beaucoup d'antidepresseurs.  Voilà des chiffres moins intéressants, la consommation d'antidepresseurs.  Si nous sommes un peuple de drogués qui avons besoin de prendre des drogues pour aller mieux, on ne peut pas dire que des enquêtes de satisfaction existentielle liées au confort de consommation sont satisfaisantes.  Moi, je pense qu'il faut redécouvrir l'apport de la jeunesse.  Le contact avec la jeunesse rend heureux.  Le contact avec des enfants, ça rend heureux.  Je pense qu'il faut se réconcilier avec la jeunesse.  Et je pense qu'il faut travailler l'optimisme.  C'est-à-dire, l'idée que l'avenir peut nous offrir aussi des choses meilleures.

Interviewer 1 : Ca c'est une belle idée.  Et pour en savoir plus, on va renvoyer sur votre conférence de presse.  Une conférence de presse que vous donnerez prochainement à Paris au Barrio Latino.  Ce sera le 29 janvier, une conférence sur l'optimisme.  Et c'est un bon programme.  Merci beaucoup Vincent Cespedes.

Vincent Cespedes : Merci.

dimanche 7 juillet 2013

déranger les gens

Say exactly what you believe & accept that you may offend on occasion over trying not to offend & risk no one knowing what you believe 

Dis exactement ce que tu crois et acceptes que tu puisses offenser à l’occasion au lieu d’essayer de ne pas offenser et de risquer que personne ne sache ce que tu crois

‒ Simon Sinek

Au début d’un après-midi de dimanche de fin mai, je partais de chez moi pour rejoindre mes amis Aziz et Mélodie au marché de Montreuil, en région parisienne.  Je prenais le long chemin à la station de métro la plus proche, et en cours de route j’ai vu une dizaine de personnes en train de faire la queue devant une boulangerie.  Au milieu de cette queue, j’ai remarqué une ouverture et au lieu de la traverser, je l'ai occupée.  Alors je voulais moi aussi acheter du pain de dimanche.

Dans cet instant même, la partie la plus audacieuse de l’opération Original jusqu’alors venait de s’achever.  Ca m’avait pris des mois, sans compter plusieurs déceptions, avant cet aboutissement.

En toute honnêteté, la partie n’était pas le succès que j’avais imagine, car le type derrière moi n’a rien fait pour me faire savoir que j’avais pris sa place.  En fait, il n’a pas réagi du tout.  Et comme je n’étais pas là pour acheter du pain, je suis sorti de la queue au bout d’une minute.

Plus tard ce jour-là, j’ai raconté mon accomplissement à la boulangerie à Christelle, une copine.  Je trouvais amusant tout ce qui concernait l’expérience, mais Christelle en pensait autrement.  Elle avait l’impression que je cherchais à créer une confrontation avec des inconnus.

Je ne pouvais pas nier son point de vue car c’était exactement le même point de vue qui m’avait empêché à plusieurs reprises de réaliser l’exploit dans le passé.  Alors après ce qu’a dit Christelle, je suis laissé mon côté réfléchi trancher la question.

Je préfère ne pas déranger les gens, même pas pour la moindre chose.  Cela dit, quand on suit une voie personnelle de la libération, je pense que la question de déranger éventuellement les gens ou pas finit par devenir secondaire.  Importante sûrement, néanmoins toujours secondaire.

Dans ce monde où nous vivons, il y a des gens qui sont souvent déprimés, blasés ou qui s’ennuient.  Ils ont de belles idées mais manquent la volonté de les poursuivre.  En fin de compte, ils sont enfermés dans une routine qui ne les aide pas.  Alors ils cherchent, consciemment ou pas, quelque chose de nouveau, quelque chose de frais.

Ailleurs dans le même monde, il y a d’autres gens.  Ils sont plus fréquemment dynamiques, enthousiastes, entreprenants.  Ils ont de belles idées aussi, qu'ils cherchent à réaliser à tout prix.  Pour eux, c’est une question de vie et de mort.  En plus, ils pensent que leurs idées sont belles parce qu’au cœur de ces idées sont les gens, ainsi que l’opportunité d’enrichir la vie des gens en leur proposant quelque chose de nouveau, quelque chose de frais.

Ca ressemble à deux groupes faits l’un pour l’autre, n’est-ce pas ?

Le consensus, semble-t-il, est que les gens n’aiment pas se faire déranger.  Cela dit, je pense qu’il y a des gens qui veulent en fait être dérangés, pourtant jusqu’à un degré qui varie selon la personne.  D’autres ne sont pas gênés s’ils se font déranger un peu.  Parmi ces gens-là se trouvent des individus qui veulent être vus, entendus ou qui veulent simplement avoir le sentiment d’exister.  Plus le dérangement fait preuve d’originalité, plus il y aura des chances que des gens l'apprécient.  Et même si ce n’est pas agréable, le dérangement aura au moins donné l’occasion d’échapper à la routine.

Par ailleurs, ce qui dérange une personne peut en amuser une autre.  Il n’y a aucun moyen de pouvoir savoir lequel est le cas avant que l’acte ne soit accompli.  Vaudrait-il le coup si nous ne prenions jamais le risque ?

Sur un plan plus individuel, je pense en fait que c’est justement en courant le risque de déranger les gens ‒ au lieu de chercher à les éviter ‒ qu’on peut finalement arriver à être libéré des questions du type “Eh mais qu’est-ce qu’on pensera de moi ?” qu’on se pose souvent.  Je sais bien que je ne veux pas me préoccuper de ces questions pour plus longtemps.

Alors de déranger les gens, nous risquerons, lorsque c’est nécessaire, afin de devenir les esprits libres que nous désirons être.  Nous agirons avec sens, avec style, avec conscience et avec respect pour les autres ainsi que pour nous-mêmes, du mieux que nous pouvons.

Mais de déranger les gens, nous risquerons.