dimanche 27 juillet 2014

notre peur la plus profonde

L'un de mes passages favoris de tous les temps vient du livre "A Return to Love" ("Un retour à l'amour") de Marianne Williamson:
Our deepest fear is not that we are inadequate. Our deepest fear is that we are powerful beyond measure. It is our light, not our darkness, that most frightens us. We ask ourselves, who am I to be brilliant, gorgeous, talented, fabulous? Actually, who are you not to be? You are a child of God. Your playing small doesn't serve the world. There's nothing enlightened about shrinking so that other people won't feel insecure around you. We are all meant to shine, as children do. We were born to make manifest the glory of God that is within us. It's not just in some of us; it's in everyone. And as we let our own light shine, we unconsciously give other people permission to do the same. As we're liberated from our own fear, our presence automatically liberates others.

Notre peur la plus profonde n'est pas que nous ne soyons pas à la hauteur. Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toutes limites. C'est notre propre lumière et non notre obscurité qui nous effraie le plus. Nous nous posons la question : qui suis-je, moi, pour être brillant, radieux, talentueux et fabuleux ? En fait, qui êtes-vous pour ne pas l'être ? Vous êtes un enfant de Dieu. Vous restreindre, vivre petit, ne rend pas service au monde. L'illumination n'est pas de vous rétrécir pour que
les autres ne se sentent pas mal à l'aise autour de vous. Nous sommes tous appelés à briller, comme le font les enfants. Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous. Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus, elle est en chacun de nous. Et au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même. En nous libérant de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres.

En réfléchissant au passage, j'aime assimiler l'idée de laisser briller ma lumière à celle de m'aimer.  Et cela dit, la suggestion que ma peur la plus profonde est celle de m'aimer en est une qui me dégoûte.

dimanche 20 juillet 2014

"french people are rude"

Ou c'est ce qu'on dit.

Bien évidemment, les Français ne sont pas impolis.  Mais on penserait qu'ils l'étaient si on s'attendait à ce qu'ils soient polis.

Alors attendons d'autres choses que la politesse de la part des Français et on les verrait différemment.  Encore mieux, attendons des choses plus grandes.

Dans ma propre expérience, les Français ont été beaucoup de choses.  Passionnés, hypocrites, curieux, rancuniers, débrouillards et stressés ne sont que peu des traits que j'ai déjà observés jusqu'à présent.  Rien d'extraordinaire, n'est-ce pas ?  Naturellement, je trouve certains de ces parfums plus agréables que les autres.  De plus, la présence de chacun d'entre eux varie de personne en personne et de temps en temps.  Et tout cela serait normal, vu les êtres complexes que nous sommes.

Notamment, je voyais les Français pas comme impolis, mais comme discrets.  Discrets dans le sens où ils avaient tendance à rester entre eux-mêmes et avec les gens qu'ils connaissaient déjà.  Cette discrétion était d'une qualité extrêmement subjective.  Arrivant comme un étranger anglophone timide dans la capitale d'un pays avec une forte identité culturelle comme la France, je supposais que je serais accueilli par la nouvelle communauté locale.  Mais non.  Néanmoins, je me suis accroché à mes grands rêves de réussir en tant que Parisien, alors j'ai cherché à pratiquer le savoir-vivre, à améliorer mon français, à communiquer uniquement en français lors de soirées entre amis, à augmenter ma culture générale, à apprécier le vin, le fromage et d'autres choses emblématiques de la France, et ainsi de suite.  Tout cela pour que je puisse mieux m'intégrer.  Mais non.  Il me semblait que la plupart des Français que j'avais rencontrés avaient une compagnie d'amis stable et qu'ils n'avaient besoin de déranger personne d'autre.  Heureusement pour moi, j'ai pu trouver du soutien auprès de certaines personnes spéciales, amis et collègues, dont certains étaient français ou francophones mais dont la majorité étaient étrangers.  Pourtant, en dehors de ce groupe et quelquefois là-dedans, le sentiment de ne pas avoir des liens forts avec l'environnement social plus large ne m'a pas quitté.

Aujourd'hui, après sept ans à Paris, je ne vois toujours pas les Français comme impolis.  Ma perception d'eux comme discrets a peu changé, mais ça m'ennuie moins ces jours-ci.  Avec le recul, peut-être que ce sens de la discrétion était le résultat du choc culturel que je vivais en m'installant en France.  Mais je crois maintenant qu'il était surtout nourri par mes propres expériences passées.  En d'autres termes, c'était moi qui étais discret.  C'était moi qui avais placé une barrière entre moi et les gens.  C'était moi qui choisissais de ne déranger personne.  Et c'était moi qui voyais un problème dans tout cela.  C'est pourquoi que j'ai choisi depuis d'aimer Paris, de m'investir dans Paris et d'améliorer mes capacités relationnelles pendant que je vis à Paris.

Cela dit, pour être complètement honnête, je ne peux pas être sûr de me faire des amis de toujours à Paris, malgré mes efforts.  La vie est remplie d'évènements inattendus et les gens qui m'inspirent confiance pourraient changer d'avis ou de nature à tout moment où cela semblerait leur convenir.  Moi aussi, je suis capable d'amener la rupture avec un ami proche si, par exemple, je décide tout d'un coup d'aller dans une direction alors qu'il va dans une autre.  Par ailleurs, puisqu'il faut être deux dans pour faire marcher une relation, je ne peux faire qu'une partie du travail.  Et c'est tant que je vais faire, à cause de la grande valeur qu'offre une vrai amitié.  Pourtant, j'accepte le fait qu'il y a des choses que je ne peux pas contrôler.

Ce qui est plus dans mon contrôle, par contre, c'est être une personne meilleure.  Meilleur pour dire moins discret en particulier.  Et pour ce faire, pendant que je vis à Paris, je vais compter sur l'aide des Français, qu'ils soient impolis, discrets ou tout autre chose qu'on dit d'eux.

Nous ne voyons pas les choses comme elles sont.  Nous les voyons comme nous sommes.
 

Anaïs Nin

dimanche 6 juillet 2014

pourquoi j'aime paris (5)

Le dimanche 25 mai 2014, j'ai rejoint d'autres membres du groupe Paris Sketchers dans le 14ème arrondissement de Paris à l'occasion de la Fête de la Nature.  La sortie était une convergence de trois projets séparés.  D'abord, il y avait Sigrid, une urban sketcher de Vancouver, qui nous avait informés quelques mois plus tôt de son séjour à Paris avec l'espoir de dessiner avec nous.  Ensuite, il y avait Charlotte, urban sketcher de Paris et présidente du "Lapin Ouvrier", une association qui gère un jardin partagé dans le 14ème arrondissement, qui nous avait invités à visiter son jardin lors de la fête et à croquer là-bas finalement.  Enfin, il y avait Marion, une autre urban sketcher de Paris, qui nous avait parlé d'un groupe d'amateurs de dessin de Porto Rico désireux de dessiner avec d'autres personnes pendant leur passage à Paris.  Etant donné ces contextes différents, ça allait être un dimanche qui ne serait pas seulement riche en vues, en croquis et en soleil, mais aussi riche en expériences partagées.

D'un point de vue personnel, je cherchais ce jour-là à dessiner comme si j'étais fou.  Je venais de revenir de vacances à l'étranger et, comme je n'avais pas fait beaucoup de croquis pendant ce temps-là, j'avais pris du retard dans mes efforts de faire mon quota hebdomadaire.  Alors je devais faire un rattrapage pour rétablir l'équilibre.  Ayant tenu compte du travail déjà fait, j'ai déduit qu'il suffirait de faire 8 croquis de façon que chacun prenne 30 minutes ou moins, en l'espace des 3 ou 4 heures avant que tout le monde se retrouve pour le pot traditionnel post-dessin.  Comme vous pouvez l'imaginer, ce projet laisserait peu de temps pour réfléchir aux dessins terminés ou pour engager une conversation, soit deux choses que je faisais d'habitude.  Huit croquis en quelques heures.  Un défi auquel je n'avais jamais été confronté, même pas lors des SketchCrawls, où des sketchers se retrouvent dans différentes villes du monde pour passer une journée entière sur un site particulier à ne rien faire d'autre que des croquis.

A la fin, je n'ai pu réaliser que 7 croquis, soit 5 de plus que mon record précédent.  Bien que j'aie réussi à garder mon stylo sur les feuilles de mon carnet pendant (presque) trois heures et demie, le temps passé a été par moments marqué par quelques distractions agréables.

RÉSUMÉ

Après être arrivé à la place de la Garenne et avoir rapidement dit bonjour à Marion et à Jean-Marc, qui étaient tous les deux déjà au travail, je suis allé déplier mon trépied dans un coin de la place où je me suis échauffé en faisant le croquis ci-dessous.


J'ai trouvé la vue ci-dessous sur le jardin de la ZAC Didot intéressante, alors j'ai commencé à gribouiller.  A un moment, j'ai remarqué une dizaine de personnes passer du jardin à la place avec Charlotte et puis aller là où Marion était assise.  C'étaient les sketchers de Porto Rico.  Toujours accompagnés de Charlotte, ils sont venus me dire bonjour après.  J'ai arrêté de dessiner pour bavarder avec eux, profitant de l'occasion pour ressusciter mon espagnol avec un succès faible.  Heureusement pour moi, l'organisateur du groupe parlait français.

Quelque temps plus tard, Sigrid est arrivée, à vélo.  J'ai fait sa connaissance et eu plus d'aisance à parler avec elle en anglais après que nous avons commencé en français.


Les choses sont devenues plus intéressantes une fois que je suis entré dans le jardin.  A l'opposé du calme et du vide sur la place, il y avait de l'ambiance dans le jardin, des enfants jouant un peu partout et des adultes se promenant avec un air curieux.  J'ai vite repéré Charlotte, qui était elle aussi vive et surtout accueillante.  Elle m'a expliqué comment marchait le concept du jardin partagé et m'a même fait goûter des feuilles des plantes cultivées là-dedans, notamment le thym et l'estragon.  Après un temps, comme j'avais très hâte de reprendre le dessin, Charlotte m'a trouvé une place discrète sous l'ombre au centre d'un enclos où poussaient des plantes et quelques arbres.  Pour un emplacement, je n'ai pas pu demander de mieux.  Depuis là-bas, j'ai trouvé une scène intéressante, sauf que Sigrid et Marion y figuraient, absorbées dans leur travail.  Même si je préférais éviter de dessiner les gens, j'ai senti que je n'avais pas d'autre choix que de inclure les deux filles dans ma composition.


Ayant besoin d'un croquis de plus dans le jardin avant de partir, je me suis contenté de faire celui qui est montré ci-dessous.  Pendant que je dessinais, Charlotte est venue m'offrir du sirop des coings cultivés dans le jardin.  Quelle gentillesse !  Plus tard, Marion a commencé à annoncer qu'on irait dans peu de temps à la rue des Thermopyles, qui n'était pas loin.  Je n'y avais jamais été, mais j'ai déduit que c'était un lieu remarquable.  J'ai retenu cela à l'esprit et je me suis dépêché à terminer mon croquis.


Je me suis joint au groupe qui se dirigeait vers la rue des Thermopyles.  Quelques minutes plus tard, nous nous sommes retrouvés sur une rue presque droite et étroite qui dégageait une ambiance de campagne.  Mais ce qui m'a frappé le plus et probablement les autres aussi , c'était le grand ensemble de plantes étendu sur les façades des bâtiments qui bordaient la rue.  Il y avait même un paquet épais de branches feuillues qui allaient d'une façade à celle en face, formant une arche de plantes sous laquelle pouvaient passer les gens et les voitures.  C'était vraiment une scène incroyable.  Avec un grand plaisir, j'ai commencé à saisir la vue vers le bout de la rue, une vue que j'ai retrouvée bloquée moins de cinq minutes après par une sketcher de Porto Rico.  Je n'étais pas sûr de ce qu'elle faisait car elle me tournait le dos, mais comme elle ne n'a pas quitté l'endroit où elle était, j'ai conclu qu'elle croquait.  Et j'avais raison.  A ce moment-là, je n'ai pas pu trouver d'autre solution que de la mettre dans le croquis. J'ai dû même la dessiner sur la ligne initiale que j'avais tracée pour marquer le bord du trottoir de gauche.


J'ai cherché une autre vue tout près qui n'avait rien à voir avec la perspective d'une rue droite et étroite.  J'en ai trouvé une simplement en regardant dans le sens opposé.  Là, Luis Alfonso, qui dirigeait le groupe de sketcheurs portoricains, Marie-Odile, une sketcher de Paris, et un sketcher de Porto Rico étaient assis sur le trottoir, remplissant leurs carnets.


Peu de temps après que j'ai commencé encore un autre croquis sur la rue des Thermopyles, Marion rassemblait le groupe pour l'amener à boire dans un café du quartier, ce qui signalait généralement la fin de la séance de dessin.  J'étais déterminé à mener mon projet jusqu'au bout, alors quand le groupe se préparait à partir, j'ai continué à dessiner, certes plus vite.  Après 20 minutes dans une solitude retrouvée, j'avais fini.  Le croquis No. 8 allait attendre un autre jour, car j'avais plutôt envie de rejoindre le groupe.  Par ailleurs, j'étais aussi crêvé et mon bras de dessin avait besoin de se reposer longuement.  Alors je me suis levé, j'ai plié mon trépied pour une dernière fois, et je suis parti la direction du jardin d'où nous étions arrivés, très content des efforts que j'avais fournis, en compagnie d'une vingtaine de sketchers, certains de Paris, d'autres de plus loin.