(le solitaire doté de capacités relationnelles)
People think that I'm crazy
Just cause I wanna be alone
You can't depend on friends to help you in a squeeze
We all deal with shit on our own
‒ The Roots, "Clock With No Hands"
Je suis un solitaire.
En fait, d'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été un solitaire. Sans surprise, je chérissais les quelques relations d'amitié étroites que j'avais. Partager avec des amis ce que je vivais réellement et sentir qu'ils étaient ouverts à ça ont toujours fait disparaître mes sentiments d'isolement. Pourtant, il y a deux ans environ, j'ai commencé à avoir l'impression que l'ouverture n'était plus là. Ou peut-être qu'elle n'était juste pas suffisante. Bien que je sois loin d'être un ami idéal selon mes propres principes, je ne pouvais pas m'empêcher d'éprouver du ressentiment envers certaines personnes quand elles ne se rapprochaient pas de moi de la façon à laquelle je m'attendais. Je croyais qu'ils avaient disparu en quelque sorte, et j'étais déçu. Malgré cela, j'ai fait l'effort de regarder le problème d'une manière objective au lieu de faire quelque chose de dramatique. J'ai fini par interpréter ce genre de disparition comme le résultat des changements dans les priorités de mes amis. J'ai accepté qu'ils soient plus occupés par d'autres parties de leurs vies ou peut-être tout simplement par de nouvelles amitiés. Et je n'ai pas pu leur reprocher cela. Je n'en avais pas le droit. Ils faisaient juste ce qu'ils croyaient nécessaire à leur bien-être. Quelque chose que je souhaiterais pour mon propre bien-être en fait.
Alors j'avais la responsabilité de lâcher prise face au ressentiment et de m'occuper du vide social et émotionnel dont je confiais le remplissage aux amis proches. Ce serait le changement dans mes propres priorités. Je ne savais pas exactement comment procéder, mais j'étais certain qu'il serait important de s'ouvrir davantage aux autres au moins. Et puis un jour, après un moment amusant partagé avec un inconnu dans la rue, je me suis rendu compte que j'avais toujours aimé l'interaction sociale. Plus elle était inhabituelle et inattendue, mieux c'était en général. Dans le meilleur des cas, une interaction était comme une aventure pendant laquelle j'arrivais à oublier ma nature de réserve et me délectais à m'exprimer comme je désirais, avec de la créativité et de la spontanéité. Ceci était parfois le cas comme j'étais un étranger à Paris. Aujourd'hui, après sept ans dans la capitale française, je crois toujours que chaque rencontre avec un Parisien ou avec un touriste peut être quelque chose de spécial. J'ai toujours imaginé la ville comme un endroit mûr pour ce genre d'expériences partagées, et j'avais besoin de faire plus que de goûter.
Pour pouvoir assouvir mon appétit, j'ai reconnu la nécessité d'aller au-delà du côté solitaire que j'avais cultivé depuis l'enfance. Plus précisément, j'ai senti le besoin d'améliorer mes capacités relationnelles. Pour aller droit au but, je devais devenir capable de créer l'interaction plutôt que d'attendre que quelqu'un d'autre fasse ce pas. Bien que je ne sois pas particulièrement renfermé en ce qui concernait les situations sociales, j'étais longtemps resté dans une sorte de coin confortable. J'avais besoin non seulement de quitter ce coin plus souvent, mais aussi d'enlever les barrières qui m'empêchaient d'atteindre toute la salle. Et pour rendre cette démarche tellement irrésistible que je la continuerais face aux défis qu'elle posait, je devais agir d'une manière qui me donnerait de la joie et qui en donnerait potentiellement aux gens avec qui j'entrerais en contact. Au fil du temps, des opérations ont été conçues et mises en oeuvre, l'une après l'autre.
Comme vous pouvez imaginer, il y a un grand marché pour les interactions sociales. En plus de satisfaire un besoin de survie, nous cherchons à être en contact avec d'autres personnes pour le plaisir qui peut résulter d'un tel effort. Alors que la compagnie des autres peut aussi être une source de douleur et d'inconfort, les récompenses obtenues de l'interaction avec autrui ne peuvent pas être négligées. Par ailleurs, beaucoup de gens veulent se sentir utiles aux autres. Pourquoi ne pas se sentir utile soi-même en aidant ces gens ? Si chacun d'entre nous était engagé dans le développement de ses capacités relationnelles par des moyens à la fois agréables et pleins de sens, oserai-je dire que le monde serait meilleur.
J'aimerais croire que quelqu'un ayant des capacités relationnelles améliorées est plus capable de se réconcilier avec les personnes envers qui il éprouvait du ressentiment et dont le comportement a motivé ses efforts d'adopter une vie sociale plus active. Puisqu'il est plus confiant qu'avant en compagnie des autres, il dépend moins de l'attention de ses amis proches. Par ailleurs, il pourrait avoir plus d'empathie pour ces amis parce qu'il se sent plus en sécurité d'un point de vue social et émotionnel. Enfin, étant donné l'abondance d'opportunités d'interaction partout où il y a du monde, il peut mieux se débrouiller si les visages autour de lui ne sont pas reconnaissables.
Il est probable que je me sentirai comme un solitaire pour longtemps. Même si je suis entouré de gens plus souvent. Même si j'ai plus de relations étroites. Néanmoins, beaucoup de moments forts dans ma vie ont eu lieu quand j'étais seul. J'ai même commencé à assumer le solitaire que je suis. Mais je ne veux pas être un solitaire qui se contente de mener une vie tranquille dans sa petite bulle.
Je voudrais plutôt être un solitaire doté de capacités relationnelles.
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