jeudi 12 septembre 2013

vaincre ma timidité

"Vaincre sa timidité" est une expression dans la langue française qui n'a jamais cessé de me fasciner.  Et maintenant que j'y pense, je n'ai presque jamais vu ni entendu "vaincre" et "timidité" utilisés autrement, voire séparément.  Peut-être que je ne fais pas beaucoup d'attention aux autres façons d'employer ces mots ou peut-être que je distingue cette expression parmi les plusieurs que je rencontre tous les jours, parce que je suis peut-être timide.  Franchement, est-ce surprenant que j'aborde ce sujet même ?

En juillet dernier, lors d'un stage de dessin que je suivais à Angoulême, j'ai fait la connaissance de Mélanie, une autre participante.  Nous nous sommes mis à parler lors d'un déjeuner en groupe le premier jour, et je l'ai trouvée plutôt sincère et simple.  Et jolie aussi.  L'attirance n'a pas tardé à se développer.

Un soir, après une journée pleine d'exercices de dessin, Mélanie et moi avons été amenés en centre-ville par Dominique, une autre élève.  Pendant que nous cherchions des souvenirs à acheter, Mélanie a proposé un dîner chaud dans sa chambre d'hôtel avec cuisine équipée, vu que nous étions chacun seul dans la ville.  "Ca pourrait être sympa", a-t-elle ajouté.  En effet, j'ai pensé.  Nous sommes donc allés faire des courses dans un supermarché et puis partis en direction de son hôtel.  Comme il ne m'arrivait pas souvent d'être invité par une fille plutôt inconnue à dîner chez elle, j'ai commencé à me sentir anxieux.  La situation était encore plus troublante en raison de mon attirance croissante.

Pendant le dîner, Mélanie et moi nous sommes mieux connus.  Plus correctement, c'était moi qui l'ai mieux connue.  C'était tout ce que je me suis permis de faire, par peur de l'incertitude qui aurait suivi si j'affirmais que je craquais pour elle.  Finalement, après être parti pour mon hotel, je n'ai pas pu m'empêcher de regretter les occasions manquées pour exprimer mes sentiments.  Toutefois, je suis resté optimiste.

On était le lendemain.  Le dernier soir avant la fin du stage allait arriver dans quelques heures et j'espérais vraiment me retrouver de nouveau chez Mélanie.  Chose faite.

Dîner agréable, conversation intéressante et anxiété constante, le tout encore une fois.  Je suis resté toujours à l'affût d'un bon moment de briser la glace.  Il semblait qu'il y en ait plusieurs, mais j'ai hésité à les saisir.  J'étais mis au supplice par la conscience du fantasme et de la réalité en meme temps ; le conflit évident entre les deux était bien difficile à tolérer.  Quelque temps après le dîner, m'étant retrouvé à court de mots, je me suis résigné à l'avis que le moment était venu de rentrer à mon hôtel.  Je me suis donc levé pour atteindre la porte.  Mais sans avant d'oser quelque chose à la dernière minute.

Comme Mélanie et moi parlions des peurs à ce moment-là, j'ai avoué que j'avais une peur.  Elle a demandé ce qu'elle était et j'ai trouvé intéressante l'idée de la surmonter à cet instant même.  Les scènes qui ont suivi se sont réalisées vite et restent floues.  Je sais que je m'approchais de Mélanie, qui était debout à une certaine distance, avant de reculer à mi-chemin comme si un champ de force invisible m'avait empêché d'avancer.  Ce que j'ai ressenti à l'époque ressemblait à la honte.  Et tout ce temps-là, Mélanie restait sans bouger, regardant en silence.

Me sentant soudainement exposé, j'ai révélé que j'avais essayé de l'embrasser.  C'était quand meme clair que je ne m'étais même pas donné une chance juste, ayant saboté ma tentative.  Malgré tout, Mélanie a gardé son silence.

Comme j'avais déjà annoncé mon départ, j'ai retrouvé mon chemin vers la porte, soulagé de mon anxiété mais déçu de mon effort.  Une fois que nous sommes entrés dans le couloir, Mélanie a rompu le silence, s'exclamant "Mais tu es timide !", comme si elle n'arrivait pas à le croire.  "Ben, c'est evident, non ?", ai-je demandé en réponse.  Elle a réfléchi une seconde.  "Un peu", a-t-elle dit, amusée, laissant s'échapper un léger sourire.

Alors je suppose que je suis timide, au moins avec une femme.  Après tout, j'ai reconnu cela.  "Tu es la personne que tu as choisi d'être", dit Paul Arden.  Franchement, tout ce que je veux être est un esprit libre, pas seulement dans ce que je fais mais aussi par rapport à qui je suis.  Vaincre sa timidité, je trouve ça important à cette fin, mais ce n'est qu'un moyen.

Etre un esprit libre va au-delà de ce moyen.  Et il me semble que le sujet n'occupe pas de place dans le discours populaire.  Peut-être parce que le terme "esprit libre" n'est pas facilement défini.  Ou peut-être parce qu'une telle existence paraît difficile à atteindre, si pas impossible.  Est-ce meme important, pour commencer ?  Qui sait.  Bon, il n'y a pas de souci.  Nous allons juste résoudre le problème en nous contentant de quelque chose que nous pouvons reconnaître ou à quoi nous pouvons nous identifier.  La timidité, et le fait de la vaincre.

Donc, si tu vois, entends ou lis que je fais des choses débiles, mal ou peut-être purement et simplement sublimes, sache que j'essaie seulement de vaincre ma timidité.

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