samedi 17 janvier 2015

au-delà de la conversation

Quand il s'agit de fréquenter des gens, une énorme importance est accordée à la conversation.  Commencer une conversation.  Continuer une conversation.  Changer de conversation.  Eviter un sujet de conversation.  Et ainsi de suite.

Je pense que c'est juste.  Après tout, sans converser, on aurait du mal à savoir si on s'entendait bien avec quelqu'un d'autre, à développer des relations sociales et à apprendre de nouvelles choses sur les gens et parfois sur le monde qu'on partage avec eux.  Certainement, les gens qui réussissent ensemble dans un couple, dans une amitié ou dans un partenariat commercial doivent généralement une grande partie de leur succès à des conversations.

Cependant, en ce qui concerne le plaisir de communiquer en face à face et en temps réel, les conversations ne semblent pas toujours suffisantes ou convenables.  Elles nécessitent en général un temps substantiel de la part des participants, elles peuvent facilement devenir trop factuelles, leur structure est très prévisible et les sujets traités ont tendance à être les mêmes.  Et je dis cela en reconnaissant que je ne maîtrise pas l'art d'engager des conversations qui sont à la fois stimulantes et instructives.  En tant que membre de la société pourtant, je porte une certaine responsabilité pour l'état actuel de la conversation.

Au coeur de la communication en face à face et en temps réel est l'interaction sociale et la conversation n'en est qu'une forme.  C'est au moins la façon dont je vois la chose.  Et il y a plus de joie à tirer d'autres formes d'interaction sociale qui sont libres des contraintes inhérentes dans la conversation courante.  Je ne peux même pas oser les nommer toutes, car elles sont sans limite à mon avis.  Mais il y en a quelques-unes que j'utilise régulièrement, et d'autres moins fréquemment.  Je vous présente quelques exemples ci-dessous.
  • Quand une personne qui regarde dans votre direction fait un signe de la main à quelqu'un d'autre (qui peut être visible selon vous ou pas), renvoyez-lui le même signe.
  • Quand vous êtes à bord d'un avion et celui-ci atterrit après un vol sans histoires et relativement court (1 à 2 heures), applaudissez fort pour célébrer l'atterrissage.
  • Quand vous lisez un livre dans le métro et vous voyez un autre passager lire un livre écrit dans la même langue que le votre, rapprochez-vous de lui et demandez-lui : "On échange de livres ?"
  • Quand vous croisez quelqu'un en mangeant un délicieux morceau de pâtisserie offert par la boulangerie d'où vous venez de sortir, demandez-lui s'il a déjà essayé cette pâtisserie de cette boulangerie.  S'il répond d'une façon autre que de dire oui, dites-lui "Bon, je vous la recommande !"
  • Quand vous tombez sur un animal peu fréquent présenté sur la rue où vous marchez dans le cadre d'un évènement ou d'une fête, par ex. un chameau à l'Epiphanie, pensez à demander à un autre piéton que vous croiserez quelques moments plus tard sur la même rue s'il aime ce genre d'animal.  Encore mieux, convainquez-lui qu'une grosse surprise l'attend.
  • Quand, peu après être sortie d'une station de métro lors de votre trajet au travail le matin, vous voyez quelqu'un devant vous sortir d'un immeuble et puis marcher vers la station de métro, dites-lui bonjour et demandez-lui : "Vous rentrez ?"
  • Quand vous voyez un groupe de cinq filles ou plus confortablement assises dans un bar en train de bavarder, abordez-les, dites-leur bonjour, et demandez-leur : "Alors les filles, de quoi voulez-vous parler ?"
  • Quand vous voyez une fille debout les yeux fixés sur l'écran de son téléphone portable, allez à côté d'elle, sortez rapidement votre téléphone portable et en faisant semblant de l'utiliser, demandez-lui : "OK, je t'écoute, 06 ..."
  • Quand vous êtes dans un bar bondé et une fille est en train de vous passer en portant une pinte de bière qu'elle vient d'acheter, dites-lui, "Hmmmn, ça sent bon !"
  • Quand une personne dans la rue vient vous demander la direction, aidez-lui en disant d'abord : "Vous avez combien ?"
  • Quand vous êtes en conversation avec des pairs que vous ne connaissez pas bien, interrompez à un moment inattendu en disant "Vous savez, c'est comme le fromage".

En effet, il n'y a aucune limite aux formes d'interaction que nous pouvons avoir avec les gens, si ce n'est notre propre imagination qui l'impose.  Nous n'avons même pas besoin d'utiliser des mots, dont une conversation ne peut pas se passer.  Tout ce qu'il faut, au minimum, ce sont des gens et une idée qui inclut les gens.  Plus l'idée est étrange, meilleure elle est, mais elle doit respecter les souhaits et le bien-être de tout le monde inclus.  C'est un art dans lequel le collectif ImprovEverywhere est clairement passé maître.

Mais pourquoi s'embêter avec les interactions sociales alternatives de toute façon ?  Parce que, dans un premier temps, c'est simplement fun de les utiliser pour aller au-delà des limites de ce qui est normal ‒ la conversation courante  ‒ de temps en temps.  Deuxièmement, elles peuvent servir de sources d'inspiration, nous permettant de concevoir de nouvelles idées destinées à des cadres sociaux, de les réaliser, et de peaufiner nos méthodes, voire d'imaginer d'autres formes d'interaction selon les impressions que nous recevons.  Une troisième raison est plus personnelle quoique universelle.  Ce genre d'interaction est un moyen rapide d'entrer en contact avec les gens autour de nous, avec lesquels nous n'aurions peut-être jamais imaginé avoir une conversation stimulante (une activité que beaucoup d'entre nous semblons aimer).  Je pense que certains problèmes auxquels nous faisons face en tant qu'individus en société n'auraient pas besoin d'être si nous entrions régulièrement en contact avec des gens que nous ne connaissions pas et que nous partagions avec eux plus de ce que nous appréciions de nos vies, même si cela ne durait que 10 secondes.  Brené Brown, professeur et chercheuse au Graduate College of Social Work de l'université de Houston, a affirmé lors d'un discours à la conférence TED que "les relations humaines sont la raison de notre présence sur terre. C'est ce qui donne un but et du sens à nos vies."  Je n'ai lu nulle part que nouer des relations avec quelqu'un nécessitait cinq minutes de conversation.

Cela dit, une conversation de cinq minutes a ses mérites.  Et elle ne doit pas être restreinte aux sujets courants.  Si ce sont des conversations stimulantes que nous voulons, nous avons une responsabilité de les encourager, en utilisant nos ressources personnelles (telles que la créativité, le savoir et le sens de l'humour, entre autres) autant que nécessaire.  Si j'ose dire, se plaindre qu'une conversation est banale ou superficielle peut être une signe qu'on n'exprime pas ses vrais intérêts ou ses vraies valeurs pendant la conversation.

Alors je suis partant pour une conversation, avec la famille, les amis, les collègues.  Mais je ne veux pas toujours attendre d'être réuni avec des gens de mon cercle social avant de pouvoir partager une idée, une découverte ou une expérience qui valent la peine d'être partagées.  Si, pour une raison ou pour une autre, je suis incapable de converser avec les gens autour de moi à un moment donné, je préfère établir le contact avec eux d'une autre manière, car ça peut être aussi fun que la conversation, et parfois plus.  Par ailleurs, ça donne du sens à ma vie.

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