Ça a pris presque trois ans, mais le nez rouge est enfin revenu.
Il fait actuellement plus froid que la matinée du 1 avril 2016, mais il est hors question de se décourager. Le temps n'est pas responsable.
Après cinq sorties du nez rouge cette année, avec des règles de jeu progressivement exigeantes, je ressens de moins en moins d'anxiété en mettant et en portant le nez. Je devrais me demander la raison de l'anxiété vu que les gens ont généralement l'air de se moquer de la façon dont on apparaît. Et s'ils semblent intrigués, il est très probable qu'ils finiront par ne rien dire. Pour la plupart, tout ce qu'on reçoit comme réaction, c'est un regard curieux, un sourire chaleureux ou un rire refoulé. Mais pas de parole, adressée à moi en tout cas. Parce que ‒ et vous le savez bien ‒ on ne parle pas aux inconnus auxquels on n'a aucune (bonne) raison de parler.
Porter le nez en public, c'est une expérience intéressante. Il y a bien un sentiment d'inconfort, mais il est loin de ressembler à quelque chose de troublant. Je ne ressens pas tout à fait de bonheur ni de tristesse. Même si je n'engage la conversation avec personne (pas encore au moins), j'ai l'esprit plus ouvert à l'environnement. Ce à moins que je ne sois pas en train de lire, parce qu'objectivement, porter un nez rouge ne change pas vraiment grand-chose ‒ c'est comme porter une paire de lunettes. Et le nez enlevé à la fin de l'expérience, il n'y a pas autant un ressenti de victoire ou de succès que de calme ‒ par rapport à la souffrance qui aurait été éprouvée si l'opportunité de porter le nez n'avait pas été saisie. C'est du genre "soit on y va, soit on n'y va pas." Le choix neutre, ça n'existe pas. Et il est bien trop tard de se dire "je n'avais pas conscience de ça, il n'était donc pas question de faire un choix."
Mais le plus grand changement que cette expérience entraîne semble être au niveau mental. La perception de ce qu'on se sent capable de faire et celle de ce qu'on pense du jugement que les autres ont de soi change. Pour le mieux. Autrement dit, on se sent plus libéré de notre pensée sur le regard des autres pour faire ce qu'on n'aurait pas osé faire précédemment.
Les gens, dans le métro ou dans la rue, ne sont qu'une et même chose : des inconnus. On s'habitue à eux plus ou moins rapidement. Ce sont plutôt les collègues au travail qui font grimper l'anxiété. Peut-être que c'est la peur de s'éloigner d'un rôle très confortable dans lequel ils ont l'habitude de me voir et la peur de présenter quelque chose d'anormal, quelque chose que les autres ne font pas. Oh non, qu'est-ce qu'ils en penseraient ? Jusqu'ici, tout va bien, ils ont l'air de le trouver amusant pour la plupart. Et tout ce temps je craignais le ridicule et la désapprobation. Suis-je bête !
Au-delà de la peur, j'essaie surtout d'honorer l'idée autour du nez rouge afin qu'elle ne se termine pas dans la poubelle comme d'autres avant elle. Il est temps que le refoulement cesse de prendre le dessus.
Honorer l'idée est essentiel vu la charge que l'idée porte. Premièrement, l'idée est la mienne. Deuxièmement, elle est peu conventionnelle. Troisièmement, il y a un aspect sentimental : le nez est venu de Corinne, professeur de théâtre extraordinaire, qui m'en a fait cadeau il y a quelques années et avec qui je l'ai porté en public pour la première fois en prenant le métro après un cours (et oui, j'adore aussi Corinne). Et dernièrement, le nez est rouge, donc ce qui ne rentre pas dans le moule, on le fait ressortir.
Voilà plusieurs réactions intéressantes que j'ai déjà eues :
1) Juste quelques secondes après avoir mis le nez en allant au travail, je suis tombé sur une dame.
Dame : C'est quoi ça ? ... C'est quoi ça ?
Moi : A votre avis ?
Dame : C'est parce qu'il fait froid ?
Moi : Non, j'aime ça !
Dame : Ah, ok !
2) En sortant d'une gare du RER, je me suis fait arrêter par un journaliste qui m'avait repéré quelque temps avant.
Journaliste : Vous portez ce nez rouge en réponse aux manifestations de gilets jaunes et en solidarité du mouvement (soi-disant pacifiste) de gilets rouges ?
Moi : Non, c'est personnel. C'est une expression personnelle.
Il a manifesté son soutien pour mon action, ce que j'ai apprécié.
3) Un collègue m'a rencontré devant les ascenseurs du rez-de-chaussée au travail.
Collègue : Alors, c'est quoi la punition ?
Moi : Non, c'est un embellissement !
4) Pendant que je suis assis dans le métro, une femme m'aperçoit et sourit. Je lui rends le sourire. Elle se faufile entre les gens qui nous séparent et vient me parler.
Femme : Les gens voient que ... ?
Moi : Ben je ne sais pas ce que les gens voient ... Je ne suis pas "les gens."
Femme : Et pourquoi ... ?
Moi : C'est juste un moyen d'expression.
Femme : Alors on voit ça et ça fait sourire.
Moi : Tant mieux ! Merci !
Elle était adorable. Et courageuse.
5) En attendant sur un quai de métro parmi une ligne de personnes, un métro arrive et il est rempli. Les portes s'ouvrent et je vois une femme à l'intérieur à côté d'un enfant, et elle me remarque. Souriante, elle fait signe à l'enfant pour qu'il regarde dans ma direction. Ce qu'il fait, et puis il sourit. Que faire d'autre ? Je lui souris également.
samedi 26 janvier 2019
vendredi 18 janvier 2019
amour et peur
Quand vous faites quelque chose que vous aimez assez, vous ne pensez vraiment pas à la peur.
Vous le faites, c'est tout. Il n'y a que de l'amour.
La prochaine fois que la peur surgit lorsque vous essayez d'atteindre un but qui vaut la peine selon vous, prenez un moment pour vous poser la question suivante :
Peut-être que c'est un but que je devrais aimer davantage ?
Le mieux, c'est quand vous aurez fini par aimer ce dont vous aviez initialement peur.
Fear for a linchpin is a clue that you're getting close to doing something important.
La peur pour un linchpin, ça indique que vous êtes près de faire quelque chose d'important.
‒ Seth Godin
Vous le faites, c'est tout. Il n'y a que de l'amour.
La prochaine fois que la peur surgit lorsque vous essayez d'atteindre un but qui vaut la peine selon vous, prenez un moment pour vous poser la question suivante :
Peut-être que c'est un but que je devrais aimer davantage ?
Le mieux, c'est quand vous aurez fini par aimer ce dont vous aviez initialement peur.
Fear for a linchpin is a clue that you're getting close to doing something important.
La peur pour un linchpin, ça indique que vous êtes près de faire quelque chose d'important.
‒ Seth Godin
jeudi 10 janvier 2019
ace yourself
Si on aime quelque chose, on l'accepte.
Si on aime quelque chose, on en prend soin.
Si on aime quelque chose, on l'exprime.
S'AIMER SOI-MÊME
mardi 1 janvier 2019
bonne année
jeudi 20 décembre 2018
on the streets of la butte aux cailles
Au mois d'octobre, lors des derniers jours de l'été indien, je suis parti à la redécouverte de la Butte aux Cailles. Une premiere sortie organisée par Marie-Christine avait suscité en moi l'envie d'explorer davantage ce quartier pittoresque et animé à travers mes yeux de sketcher.
Chaque samedi, pendant trois semaines consécutives, j'ai porté mon regard sur une rue du quartier qui avait retenu mon attention : Rue Buot pour sa pente montante et descendante et la vue qu'elle offrait sur l'église Sainte-Anne, Rue du Moulinet pour la fresque inspirée des jeux vidéo de mon enfance qu'arborait l'un de ses immeubles et Rue de la Butte aux Cailles pour ses bordures d'arbres et d'immeubles qui se présentaient en perspective depuis la place de la Commune de Paris.
Les sujets de dessin ne manquant pas dans ce quartier du 13ème arrondissement, je me vois bien arpenter encore ses rues à l'avenir, toujours avec mon carnet et mes feutres.
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| Rue Buot |
Chaque samedi, pendant trois semaines consécutives, j'ai porté mon regard sur une rue du quartier qui avait retenu mon attention : Rue Buot pour sa pente montante et descendante et la vue qu'elle offrait sur l'église Sainte-Anne, Rue du Moulinet pour la fresque inspirée des jeux vidéo de mon enfance qu'arborait l'un de ses immeubles et Rue de la Butte aux Cailles pour ses bordures d'arbres et d'immeubles qui se présentaient en perspective depuis la place de la Commune de Paris.
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| Rue du Moulinet |
Les sujets de dessin ne manquant pas dans ce quartier du 13ème arrondissement, je me vois bien arpenter encore ses rues à l'avenir, toujours avec mon carnet et mes feutres.
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| Rue de la Butte aux Cailles |
lundi 15 octobre 2018
outdoors at lunchtime in courbevoie
Après avoir fait connaissance de Stéphanie, une sketcheuse parisienne qui comme moi travaille à Courbevoie, j'ai sauté sur son invitation de passer des pauses déjeuner à dessiner ensemble dans "notre quartier".
Nos sorties nous ont amenés à découvrir des espaces verts qui embellissent notre cadre de travail dans la partie ouest de la ville. Ensemble, nous avons visité le square Henri Regnault et le parc du Millénaire, avant que je tente l'aventure en solo dans le parc Jacques Cartier.
De la fin du printemps jusqu'au début de l'automne, j'ai réussi à trouver des coins à l'ombre et à l'abri du monde pour achever trois croquis. Se retrouver à quelques pas du travail pendant l'heure du déjeuner pour croquer, ensemble ou seul, me permet non seulement d’oublier temporairement le travail, mais aussi d'apprécier un peu plus l'environnement qui m'entoure, où des gens prennent plaisir à jouer, à pique-niquer, ou tout simplement se reposer.
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| Square Henri Regnault |
Nos sorties nous ont amenés à découvrir des espaces verts qui embellissent notre cadre de travail dans la partie ouest de la ville. Ensemble, nous avons visité le square Henri Regnault et le parc du Millénaire, avant que je tente l'aventure en solo dans le parc Jacques Cartier.
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| Parc du Millénaire |
De la fin du printemps jusqu'au début de l'automne, j'ai réussi à trouver des coins à l'ombre et à l'abri du monde pour achever trois croquis. Se retrouver à quelques pas du travail pendant l'heure du déjeuner pour croquer, ensemble ou seul, me permet non seulement d’oublier temporairement le travail, mais aussi d'apprécier un peu plus l'environnement qui m'entoure, où des gens prennent plaisir à jouer, à pique-niquer, ou tout simplement se reposer.
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| Parc Jacques Cartier |
dimanche 22 mai 2016
pourquoi j'aime paris (10)
La date du 48ème Worldwide SketchCrawl était fixée pour le samedi 25 juillet 2015 et, comme pour les SketchCrawls précédents, le groupe Paris Sketchers avait l'intention de faire quelque chose de grand. Se joignant à des groupes de sketchers qui participaient dans plus de soixante villes du monde entier, une trentaine d'entre nous se sont rassemblés à Paris pour passer une journée à dessiner dans un lieu choisi. Ce lieu, c'était le Parc Floral, l'un des quatre jardins formant le Jardin botanique de Paris, au sud-est de Paris. Deux semaines avant l'événement, j'étais allé y faire un repérage avec Agnès, Blandine, Valie et Estelle pour trouver des endroits où nous pourrions nous rencontrer, déjeuner et nous désaltérer le jour de l'évènement. On savait alors qu'Agnès, qui menait l'effort d'organiser le SketchCrawl pour Paris Sketchers, ne serait pas là le jour J. En tant que co-modérateur du groupe avec elle, j'ai décidé de prendre le relais en son absence. En réalité, tout ce que j'avais à faire, c'était d'annoncer le programme déjà parfait sur notre site Web, ainsi que sur le forum de discussion en ligne de la communauté SketchCrawl. Pourtant, j'ai hésité parce que le site des prévisions météo ne pouvait pas garantir une journée sans pluie avec autant de jours d'avance. Les chances de pluie étaient faibles mais je me suis quand même tracassé. Nous n'avions pas un autre endroit où aller en cas de mauvais temps. Et cela n'aidait pas que la large majorité des espaces du parc étaient à l'extérieur (à savoir : sans toit). Au pire des cas, la quarantaine d'entre nous passeraient la journée dans les deux restaurants du parc et les quelques bâtiments qui abritaient des bonsaïs. Moyennement à l'aise avec cette idée, je suis allé publier le programme en ligne. Pour reprendre les mots de Seth Godin, j'avais "shippé", c'est-à-dire, j'avais passé à l'acte.
J'ai commencé la journée du SketchCrawl assez inquiet pour le déroulement de l'évènement, dû au vent fort et aux averses qui m'ont réveillé vers 6 heures et qui dureraient jusqu'à ce que le froid vienne. On se trouvait peut-être au milieu de l'été, mais ça ne sentait pas trop l'été ce matin-là. Sans me décourager, je me suis préparé physiquement et mentalement à me rendre au Parc Floral. C'était super de prendre un bus qui y allait directement depuis mon quartier ‒ la deuxième fois en trois SketchCrawls consécutifs que j'avais pu faire cela. Encore mieux, le trajet était court ; il n'a duré que dix minutes.
Il était vers 9 heures et demie quand je suis arrivé à l'entrée du parc. J'ai passé les portes et attendu tout près jusqu'à 10 heures avant d'avancer plus (10 heures parce que c'était l'heure du premier rendez-vous, dans un restaurant du parc qui s'appelait le Bosquet). Quelques minutes plus tard, Pierre et Annie, la dernière venant d'arriver de Rouen, sont entrés dans le parc. Je suis allé les saluer, rencontrant officiellement Annie, qui j'avais vue lors d'un SketchCrawl à la Cité des sciences et de l'industrie l'année précédente. J'avais déjà rencontré Pierre, aussi pendant un SketchCrawl. Par ailleurs, je l'avais aperçu un quart d'heure auparavant dans le café où nous nous retrouverions en fin d'après-midi.
Nous avons tous les trois avons marché vers le Bosquet sur un chemin battu encadré par une végétation luxuriante. A l'arrivée, nous nous sommes installés à une table à l'intérieur. Un quart d'heure après, nous étions sept. Un autre quart d'heure après, nous étions neuf. Et pendant tout ce temps, le soleil est devenu de plus en plus présent, à la joie de tous. Ravi, j'ai publié un message en ligne via mon smartphone pour tenter de rassurer ceux qui se trouvaient indécis. Je ne sais pas si ça a payé, mais le soleil brillerait fort le reste de la journée. Comme si on était en été.
Après avoir pris un café, la plupart des gens sont partis dans différents coins du parc à la recherche de quelque chose à dessiner. Moi, je suis resté au restaurant pour accueillir ceux qui allaient arriver, passant le temps sur le croquis ci-dessous. C'est une vue de l'extérieur depuis l'entrée centrale du restaurant. Heureusement, je l'ai achevé avant l'heure du déjeuner.
Nous nous sommes réunis au Bosquet à 13 heures. Nous étions une bonne vingtaine en nombre, et le soleil était bien présent. La plupart des gens se sont assis à table sur la terrasse en plein air, tandis que quelques personnes ont fait un pique-nique sur la pelouse juste à côté. Au cours du déjeuner, tout le monde a naturellement pris le temps de bavarder un peu et certains ont même montré les dessins qu'ils ont réalisés de la journée jour jusque-là. C'était agréable à voir.
Nous sommes tous partis du restaurant à peu près au même moment, vers 14 heures. Alors que le reste du groupe s'est dispersé pour croquer davantage, je suis resté. J'avais une autre idée : pourquoi ne pas aller photographier les autres sketchers en plein travail ? Le parc étant si grand (trente hectares), j'ai passé trois heures sans avoir tout vu ‒ et je n'ai pas pu trouver chaque membre du groupe. Je me doutais que certains faisaient partie du public dans l'Espace Delta, où Imani Winds se produisait à l'occasion du Paris Jazz Festival, et que d'autres étaient dans les parties les plus reculées du parc qui avaient l'air forestier. Quant à quelques "non-rencontres", il n'y avait juste pas de chance ; nous étions bien au même endroit, mais pas là ensemble au même moment.
Malgré ce revers, j'ai su me servir des photos que j'ai pu prendre.
Le dernier rendez-vous était fixé à 17 heures au Drapeau, le café situé en face de l'entrée principale du château de Vincennes et à cinq minutes environ au nord du parc. Quelques sketchers y étaient déjà installés et d'autres les ont rejoints peu à peu. Je comptais parmi les retardataires ‒ de 20 to 30 minutes ‒ et quelques-uns sont arrivés encore plus tard que moi. Pendant deux heures dans une atmosphère conviviale, les gens ont partagé leurs carnets et parlé de presque tout, du matériel aux techniques en passant par le SketchCrawl même.
En tout, il y avait environ 35 personnes qui ont participé au SketchCrawl, dans son intégralité ou en partie. Et compte tenu de l'état d'esprit dans lequel j'étais avant l'évènement, j'étais très content qu'il se soit bien déroulé, du début jusqu'à la fin.
UPDATE
Lundi dernier, le 16 mai 2016, j'ai organisé une autre sortie Paris Sketchers au Parc Floral. Ce n'était pas pour un SketchCrawl ; c'était le lundi de Pentecôte (un jour férié en France, mais pas pour tous), j'étais en congé et j'avais simplement eu l'idée de retourner au parc ‒ avant que le festival de jazz commence et que, par conséquent, l'entrée devienne payante ‒ pour faire autre chose que de prendre des photos. Autre chose comme dessiner, et ce toute la journée (comme dans un SketchCrawl). Heureusement, ça plaisait à d'autres sketchers (une vingtaine) et ils sont venus s'amuser.
Voilà mes dessins de la journée :
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| Plan du Parc Floral |
J'ai commencé la journée du SketchCrawl assez inquiet pour le déroulement de l'évènement, dû au vent fort et aux averses qui m'ont réveillé vers 6 heures et qui dureraient jusqu'à ce que le froid vienne. On se trouvait peut-être au milieu de l'été, mais ça ne sentait pas trop l'été ce matin-là. Sans me décourager, je me suis préparé physiquement et mentalement à me rendre au Parc Floral. C'était super de prendre un bus qui y allait directement depuis mon quartier ‒ la deuxième fois en trois SketchCrawls consécutifs que j'avais pu faire cela. Encore mieux, le trajet était court ; il n'a duré que dix minutes.
Il était vers 9 heures et demie quand je suis arrivé à l'entrée du parc. J'ai passé les portes et attendu tout près jusqu'à 10 heures avant d'avancer plus (10 heures parce que c'était l'heure du premier rendez-vous, dans un restaurant du parc qui s'appelait le Bosquet). Quelques minutes plus tard, Pierre et Annie, la dernière venant d'arriver de Rouen, sont entrés dans le parc. Je suis allé les saluer, rencontrant officiellement Annie, qui j'avais vue lors d'un SketchCrawl à la Cité des sciences et de l'industrie l'année précédente. J'avais déjà rencontré Pierre, aussi pendant un SketchCrawl. Par ailleurs, je l'avais aperçu un quart d'heure auparavant dans le café où nous nous retrouverions en fin d'après-midi.
Nous avons tous les trois avons marché vers le Bosquet sur un chemin battu encadré par une végétation luxuriante. A l'arrivée, nous nous sommes installés à une table à l'intérieur. Un quart d'heure après, nous étions sept. Un autre quart d'heure après, nous étions neuf. Et pendant tout ce temps, le soleil est devenu de plus en plus présent, à la joie de tous. Ravi, j'ai publié un message en ligne via mon smartphone pour tenter de rassurer ceux qui se trouvaient indécis. Je ne sais pas si ça a payé, mais le soleil brillerait fort le reste de la journée. Comme si on était en été.
Après avoir pris un café, la plupart des gens sont partis dans différents coins du parc à la recherche de quelque chose à dessiner. Moi, je suis resté au restaurant pour accueillir ceux qui allaient arriver, passant le temps sur le croquis ci-dessous. C'est une vue de l'extérieur depuis l'entrée centrale du restaurant. Heureusement, je l'ai achevé avant l'heure du déjeuner.
Nous nous sommes réunis au Bosquet à 13 heures. Nous étions une bonne vingtaine en nombre, et le soleil était bien présent. La plupart des gens se sont assis à table sur la terrasse en plein air, tandis que quelques personnes ont fait un pique-nique sur la pelouse juste à côté. Au cours du déjeuner, tout le monde a naturellement pris le temps de bavarder un peu et certains ont même montré les dessins qu'ils ont réalisés de la journée jour jusque-là. C'était agréable à voir.
Nous sommes tous partis du restaurant à peu près au même moment, vers 14 heures. Alors que le reste du groupe s'est dispersé pour croquer davantage, je suis resté. J'avais une autre idée : pourquoi ne pas aller photographier les autres sketchers en plein travail ? Le parc étant si grand (trente hectares), j'ai passé trois heures sans avoir tout vu ‒ et je n'ai pas pu trouver chaque membre du groupe. Je me doutais que certains faisaient partie du public dans l'Espace Delta, où Imani Winds se produisait à l'occasion du Paris Jazz Festival, et que d'autres étaient dans les parties les plus reculées du parc qui avaient l'air forestier. Quant à quelques "non-rencontres", il n'y avait juste pas de chance ; nous étions bien au même endroit, mais pas là ensemble au même moment.
Malgré ce revers, j'ai su me servir des photos que j'ai pu prendre.
Le dernier rendez-vous était fixé à 17 heures au Drapeau, le café situé en face de l'entrée principale du château de Vincennes et à cinq minutes environ au nord du parc. Quelques sketchers y étaient déjà installés et d'autres les ont rejoints peu à peu. Je comptais parmi les retardataires ‒ de 20 to 30 minutes ‒ et quelques-uns sont arrivés encore plus tard que moi. Pendant deux heures dans une atmosphère conviviale, les gens ont partagé leurs carnets et parlé de presque tout, du matériel aux techniques en passant par le SketchCrawl même.
En tout, il y avait environ 35 personnes qui ont participé au SketchCrawl, dans son intégralité ou en partie. Et compte tenu de l'état d'esprit dans lequel j'étais avant l'évènement, j'étais très content qu'il se soit bien déroulé, du début jusqu'à la fin.
UPDATE
Lundi dernier, le 16 mai 2016, j'ai organisé une autre sortie Paris Sketchers au Parc Floral. Ce n'était pas pour un SketchCrawl ; c'était le lundi de Pentecôte (un jour férié en France, mais pas pour tous), j'étais en congé et j'avais simplement eu l'idée de retourner au parc ‒ avant que le festival de jazz commence et que, par conséquent, l'entrée devienne payante ‒ pour faire autre chose que de prendre des photos. Autre chose comme dessiner, et ce toute la journée (comme dans un SketchCrawl). Heureusement, ça plaisait à d'autres sketchers (une vingtaine) et ils sont venus s'amuser.
Voilà mes dessins de la journée :
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| Espace Delta |
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| Fontaine monumentale |
mercredi 20 avril 2016
mon nez rouge
Le premier avril a été un jour spécial dans ma vie ces quelques dernières années. C'était à ce jour-là en 2013 que j'ai publié l'article inaugural de ce blog et que je l'ai annoncé à un petit groupe de personnes. En 2014, j'ai déclaré la raison d'être du blog. Il n'y a pas eu d'articles commémoratifs en 2015, mais j'ai pris la décision de devenir un linchpin. Si j'ai erré dans ma quête après, il faut que nous soyons clairs : une décision importante a été prise, et à ce jour-là. Alors aujourd'hui en 2016, je voulais marquer le coup, m'étant rappelé l'anniversaire seulement au milieu du mois de mars. Vu l'état d'esprit dans lequel j'étais à ce moment-là et ce que j'avais fait les années précédentes, j'ai ressenti une envie pressante de faire quelque chose qui avait autant de sens, mais qui était nouveau et certainement différent.
Différent, comme le fait de porter un nez rouge pendant mon trajet au travail dans la matinée. Ca tombait bien, j'en avais déjà un, offert par Corinne après un exercice de clown qu'elle nous avait fait faire il y a plusieurs années. J'avais en fait déjà porté le nez depuis, en 2012, mais seulement le temps d'un tour dans mon quartier. A l'époque, je trouvais l'idée de faire cela si audacieuse que je la voyais comme un exemple de l'opération Original. Cette "originalité", je la dois à Hypnotica, une sorte d'artiste qui a une fois décidé de porter un godemiché collé à son front en marchant dans un centre commercial. C'était sa tentative de vaincre ses peurs de l'incertitude et du ridicule public, ce qu'il considérait comme des obstacles à sa capacité de penser librement. Je ne peux pas sincèrement dire que j'avais les mêmes intentions que lui, mais j'étais captivé par la nature extravagante de son expérience et encouragé à l'imiter. Pas tout à fait avec un godemiché, mais avec un nez rouge.
A vrai dire, j'ai mis quatre ans à sauter le pas. Je m'étais imaginé porter le nez rouge dans une situation de tous les jours, comme en en allant au travail en métro ou en faisant mes courses au supermarché, mais j'avais trop peur de faire cela à l'époque. Je ne pouvais juste pas m'y mettre. Le truc que j'avais réalisé dans mon quartier n'était qu'un petit test, une simulation qui a duré moins de cinq minutes et qui n'avait pas d'objectif pratique ‒ je n'allais rien faire d'utile quelque part. Je me souviens d'avoir été tout de même très content (et soulagé) en rentrant dans mon appartement après le test, même s'il ne s'était vraiment rien passé, excepté quelques regards curieux de la part de plusieurs passants et d'une cliente assise à la terrasse d'un café. Mais il s'était passé quelque chose ; c'est-à-dire, quelque chose en moi. J'étais sorti de ma zone de confort. Aujourd'hui, quatre ans après, je me sentais plus prêt à aller au-delà du test, à "le faire réellement". L'idée était dans un coin de ma tête, et même si je n'y pensais pas tous les jours pendant toute cette période, elle n'a jamais été oubliée. Elle a fini par rester l'unique expérience sociale ‒ parmi celles que j'avais conçues ‒ que je n'avais pas encore osé faire, notamment parce qu'elle était vraiment saugrenue. Par ailleurs, quand le mois de mars est venu, j'avais souvent le cafard, au travail, parmi d'autres personnes ou même tout seul. Je savais plus ou moins ce que j'avais à faire pour me relever, et ça se réduisait à être plus engagé, entre autres. Alors j'ai décidé de m'engager davantage ... avec moi-même. C'est comment que la vie commence à s'améliorer, non ? Vu mon désespoir, il me semblait logique de faire quelque chose de grand. Grand comme nez-rouge grand. Et puis, quelque temps plus tard, par hasard, je me suis rappelé que le premier avril approchait. Il tomberait un vendredi, soit un jour de travail. Je me suis mis à me rendre compte de ce que le jour avait signifié pour moi. Souvenirs et pensées se sont naturellement rejoints pour donner naissance à l'idée parfaite quoique troublante. Je me suis demandé : "Souviens-toi de la jeune et grande femme blonde que tu as vue ce matin-là il y a quelque temps lorsque tu te rendais à l'immeuble de travail depuis la gare du RER ? Souviens-toi qu'elle portait un nez rouge, avec un air si naturel, en marchant et en parlant avec quelqu'un ? Et si ... c'était toi ?"
La décision de frapper, pour ainsi dire, a été prise deux semaines avant le premier avril. Au cours de ces deux semaines, qui paraissaient plus longues qu'elles l'étaient réellement, j'ai vécu certains moments de joie et d'autres d'angoisse. Non seulement je tentais de me décourager parfois, disant des choses du genre "Qui porte un nez rouge dans le métro, dans le RER ou au travail ?" et "As-tu l'air d'être un gamin ?", mais en plus, je m'inquiétais de la réaction qu'auraient les autres à moi, ou à quelque chose de tellement inhabituel. Est-ce que je me ferais arrêter ? Est-ce que je me ferais tabasser ? Est-ce qu'on m'arracherait mon téléphone portable ? Des questions qui sont restées sans réponse. J'ai été pourtant légèrement réconforté par le fait que ce monologue intérieur incessant révélait quelque chose de fondamental. Les peurs du ridicule public et de l'incertitude, les mêmes que Hypnotica disait qu'il voulait surmonter, je les avais aussi. Malgré la tentation de céder aux peurs, je me suis efforcé d'accepter l'opportunité qui se présentait à moi, une opportunité que j'avais moi-même créée. De plus, dans les moments où j'étais lucide, je savais que je ne voulais pas être rongé de regrets dans la soirée de la veille du deux avril. Alors le mieux que je puisse faire, c'était de me préparer à la bataille.
Je suis resté motivé en me nourrissant encore et encore de mes citations préférées, de mes articles préférés et de mes vidéos préférées. J'ai même lu plusieurs articles de mon propre blog, comme celui au titre de "amour et responsabilité", qui était particulièrement utile. J'ai aussi utilisé de simples techniques de visualisation chaque jour, pour me convaincre de ma capacité d'être performant le jour J. Au travail, en compagnie d'amis, dans le métro ou en dessinant en groupe à Paris, je me suis retrouvé parfois préoccupé du défi que je m'étais lancé. Sûrement, ce n'était quelque chose à partager avec personne. Pas avant de relever le défi au moins.
A l'époque du test il y a quatre ans, j'ai imaginé quelques aspects du plan d'action. Je me voyais surtout dans le métro, tout vêtu de noir ‒ chemise, pantalon, chaussettes, chaussures ‒ sauf pour ce truc rouge qui n'allait pas. L'une des touches 2016 de ce plan était plutôt une mesure de sécurité : mettre le nez rouge à un arrêt de bus dans mon quartier plutôt que chez moi et laisser mes objets de valeur à la maison. En plus, je partirais au travail aux heures de pointe, prendrais les transports publics aux heures de pointe et arriverais aux heures de pointe. Je n'enlèverais le nez que dans deux cas : 1) dès que je serais à mon bureau et 2) si j'avais besoin de prendre l'air sans blocage pour quelques secondes, après quoi je remettrais le nez. A part cela, je me comporterais comme je le faisais normalement pendant le trajet (c'est-à-dire, ne parler à personne, comme la plupart des gens, et avoir de la lecture si possible). Autrement dit, mon comportement ne changerait pas. Et je ne tenterais certainement pas de cacher mon visage dans un journal.ne
Pendant le trajet de 45 minutes au travail, tout s'est déroulé comme prévu. C'était les heures de pointe. J'ai marché jusqu'à l'arrêt de bus. Je me suis changé. J'ai marché jusqu'à la station de métro. Je suis monté dans le métro. Je suis descendu et allé vers la gare du RER. Je suis monté dans le RER. Je suis descendu et allé vers l'immeuble de travail. Je suis entré à l'intérieur. Je suis monté dans l'ascenseur. Je suis descendu à mon étage. Je suis arrivé à mon bureau.
J'ai éprouvé une variété de choses. Tout a commencé pendant la nuit. J'avais beaucoup, beaucoup de mal à m'endormir. Après avoir finalement réussi, j'ai fini par me réveiller à plusieurs reprises, à chaque fois plus tôt qu'à l'heure prévue. C'était très bizarre, mais j'ai compris que l'anxiété m'avait très bien pris. J'avais l'esprit très occupé et concentré sur la même chose : ce que je m'étais décidé à commencer à 8h55. Quand je me suis levé pour de bon, vers 7h, j'avais peu dormi. Manquant de temps pour me décourager, je devais aller jusqu'au bout. Vers 9h, à l'arrêt de bus, j'ai hésité un moment. "On y va ou pas ?", me suis-je demandé, laborieusement. Avant de pouvoir répondre, j'ai sorti le plastique rouge de la poche intérieure de mon manteau et j'y ai fourré mon nez. Aussitôt, j'ai fait demi-tour et je me suis dirigé vers la station de métro. Je me sentais un peu étrange, tout en restant concentré sur mon chemin. J'ai attiré des regards, dont j'ai cherché souvent en croisant des passants ou en restant debout dans une foule. Durant un voyage en métro compris de deux arrêts, j'ai remarqué un gamin tenant la main de son papa jeter un oeil sur moi plusieurs fois, toujours discrètement. Si j'ai vu quelques sourires ici et là ainsi et des têtes tournées lors de mon trajet, les gens avaient l'air largement indifférents à ma présence. Certains ne m'ont simplement pas remarqué, et d'autres qui l'ont fait ont fini par regarder ailleurs après quelques secondes. Pourriez-vous les reprocher ? Après tout, ce n'était pas comme si j'exécutais un numéro de clown pour tenter de retenir leur attention. Soit je marchais, soit je restais debout. Le manque d'une réaction marquée de quelqu'un ‒ sauf d'un homme distribuant des journaux gratuits, qui a fait une blague que je n'ai pas bien entendue mais que j'ai estimée gentille ‒ m'a fait demander si l'expérience était un fiasco. Peut-être que je me moquais peu de ce que les autres pensaient de moi ? L'interrogation m'a donné l'idée d'arrêter de porter le nez. Mais j'ai balayée celle-ci aussitôt.
En entrant dans l'immeuble de travail, j'ai réussi à échapper à la vue des personnes assises à l'accueil et surtout à celle des deux vigiles devant les tourniquets menant aux ascenseurs. J'avais brièvement cherché le regard des vigiles par habitude, sans succès. Alors que je n'avais pas l'intention de les esquiver, je n'essayais pas en même temps de faire face à eux en leur disant "Ben regardez-moi ! Je porte un nez rouge !" Bon. Dans l'allée des ascenseurs, j'ai rencontré un type qui travaillait à mon étage et avec qui j'étais allé parler d'un problème plusieurs mois auparavant, quand il était encore nouveau dans l'organisation. S'il avait l'air perplexe en me voyant, il semblait l'être plus agréablement après que je lui ai dit "Bonjour" (il m'a dit "Bonjour" en retour). Sortant de l'ascenseur avec lui, je suis parvenu à atteindre mon bureau sans voir personne d'autre sur le chemin. Les membres de mon équipe dans les environs étaient en conversation et n'avaient pas vu que j'étais arrivé. J'ai trouvé deux options pour la suite d'évènements ‒ 1) enlever le nez, me féliciter et aller saluer les collègues ou 2) garder le nez, aller saluer les collègues et revenir enlever le nez à mon bureau. Evidemment, la seconde option était plus intéressante, donc je l'ai choisie. Pendant mon apparition, j'ai laissé tout le monde assez étonné, attirant des réactions plus ou moins accueillantes de la majorité (sept personnes environ). Quelques autres sont restés dans un léger état de confusion, sans prononcer un seul mot même lorsque je me suis serré la main avec eux. Au milieu de l'agitation, quelqu'un a deviné que c'était un poisson d'avril, ce que je n'ai ni confirmé ni infirmé. En fait, je n'ai pas donné une justification poussée pour ma tenue, et personne ne m'en a demandé une. Ce qui s'est passé s'est juste passé, et dans moins d'une minute, ayant fait le tour de l'équipe, j'étais de retour à mon bureau, seul. J'ai retiré le nez. Enfin.
La journée de travail s'est déroulée et comme beaucoup d'autres collègues, j'y ai trouvé ma place habituelle, comme si de rien n'était. Pourtant, de temps en temps, je me suis demandé si j'étais vraiment venu au travail en portant un nez rouge. Et à chaque fois, je me suis dit que oui, sinon je me serais pas posé une telle question. Alors, qu'est-ce que j'ai éprouvé en m'exposant en public, surtout avant d'entrer dans l'immeuble de travail ? Le sentiment d'être un peu drôle, un peu mal à l'aise mais rien de vraiment effrayant. J'ai fait de mon mieux pour passer par des espaces bondés, après avoir consciemment fait le choix d'apparaître pendant les heures de pointe, mais il me semblait qu'il y avait moins de monde que d'habitude. Et, encore une fois, tout le monde semblait s'en moquer en fin du compte. Ce que j'avais redouté a fini par être un non-évènement. Quelques regards ici et là, c'était tout. Toutefois, lorsque j'ai pris un peu de recul quelques temps plus tard, j'ai ressenti une satisfaction particulière. Une qui semblait profonde et durable.
Pourtant, je dois être très déçu. Pourquoi ? Parce que je n'ai fait que la moitié du boulot que j'avais imaginé pendant deux semaines. Qu'est-ce qu'il restait ? Juste le trajet retour jusque chez moi ‒ ou bien à l'arrêt de bus de mon quartier ‒ avec le nez rouge, à partir de mon bureau. Essentiellement, la même chose que j'avais faite le matin. Sauf que vers 18h15, lorsque je me préparais à partir en week-end, l'enthousiasme du matin s'était érodé et les vielles anxiétés étaient de nouveau libérées. Hors de question de me laisser passer pour un idiot devant toutes ces personnes qui me connaissaient et qui, pour la plupart, ne savaient rien de mon arrivée au travail. Alors je n'ai pas franchi le pas. Le nez confortablement caché dans la poche intérieure de mon manteau, je me suis levé de mon siège, j'ai pris congé et je suis parti. L'incertitude et le ridicule public resteraient des choses à craindre ...
Mais le nez rouge reviendra.
Différent, comme le fait de porter un nez rouge pendant mon trajet au travail dans la matinée. Ca tombait bien, j'en avais déjà un, offert par Corinne après un exercice de clown qu'elle nous avait fait faire il y a plusieurs années. J'avais en fait déjà porté le nez depuis, en 2012, mais seulement le temps d'un tour dans mon quartier. A l'époque, je trouvais l'idée de faire cela si audacieuse que je la voyais comme un exemple de l'opération Original. Cette "originalité", je la dois à Hypnotica, une sorte d'artiste qui a une fois décidé de porter un godemiché collé à son front en marchant dans un centre commercial. C'était sa tentative de vaincre ses peurs de l'incertitude et du ridicule public, ce qu'il considérait comme des obstacles à sa capacité de penser librement. Je ne peux pas sincèrement dire que j'avais les mêmes intentions que lui, mais j'étais captivé par la nature extravagante de son expérience et encouragé à l'imiter. Pas tout à fait avec un godemiché, mais avec un nez rouge.
A vrai dire, j'ai mis quatre ans à sauter le pas. Je m'étais imaginé porter le nez rouge dans une situation de tous les jours, comme en en allant au travail en métro ou en faisant mes courses au supermarché, mais j'avais trop peur de faire cela à l'époque. Je ne pouvais juste pas m'y mettre. Le truc que j'avais réalisé dans mon quartier n'était qu'un petit test, une simulation qui a duré moins de cinq minutes et qui n'avait pas d'objectif pratique ‒ je n'allais rien faire d'utile quelque part. Je me souviens d'avoir été tout de même très content (et soulagé) en rentrant dans mon appartement après le test, même s'il ne s'était vraiment rien passé, excepté quelques regards curieux de la part de plusieurs passants et d'une cliente assise à la terrasse d'un café. Mais il s'était passé quelque chose ; c'est-à-dire, quelque chose en moi. J'étais sorti de ma zone de confort. Aujourd'hui, quatre ans après, je me sentais plus prêt à aller au-delà du test, à "le faire réellement". L'idée était dans un coin de ma tête, et même si je n'y pensais pas tous les jours pendant toute cette période, elle n'a jamais été oubliée. Elle a fini par rester l'unique expérience sociale ‒ parmi celles que j'avais conçues ‒ que je n'avais pas encore osé faire, notamment parce qu'elle était vraiment saugrenue. Par ailleurs, quand le mois de mars est venu, j'avais souvent le cafard, au travail, parmi d'autres personnes ou même tout seul. Je savais plus ou moins ce que j'avais à faire pour me relever, et ça se réduisait à être plus engagé, entre autres. Alors j'ai décidé de m'engager davantage ... avec moi-même. C'est comment que la vie commence à s'améliorer, non ? Vu mon désespoir, il me semblait logique de faire quelque chose de grand. Grand comme nez-rouge grand. Et puis, quelque temps plus tard, par hasard, je me suis rappelé que le premier avril approchait. Il tomberait un vendredi, soit un jour de travail. Je me suis mis à me rendre compte de ce que le jour avait signifié pour moi. Souvenirs et pensées se sont naturellement rejoints pour donner naissance à l'idée parfaite quoique troublante. Je me suis demandé : "Souviens-toi de la jeune et grande femme blonde que tu as vue ce matin-là il y a quelque temps lorsque tu te rendais à l'immeuble de travail depuis la gare du RER ? Souviens-toi qu'elle portait un nez rouge, avec un air si naturel, en marchant et en parlant avec quelqu'un ? Et si ... c'était toi ?"
La décision de frapper, pour ainsi dire, a été prise deux semaines avant le premier avril. Au cours de ces deux semaines, qui paraissaient plus longues qu'elles l'étaient réellement, j'ai vécu certains moments de joie et d'autres d'angoisse. Non seulement je tentais de me décourager parfois, disant des choses du genre "Qui porte un nez rouge dans le métro, dans le RER ou au travail ?" et "As-tu l'air d'être un gamin ?", mais en plus, je m'inquiétais de la réaction qu'auraient les autres à moi, ou à quelque chose de tellement inhabituel. Est-ce que je me ferais arrêter ? Est-ce que je me ferais tabasser ? Est-ce qu'on m'arracherait mon téléphone portable ? Des questions qui sont restées sans réponse. J'ai été pourtant légèrement réconforté par le fait que ce monologue intérieur incessant révélait quelque chose de fondamental. Les peurs du ridicule public et de l'incertitude, les mêmes que Hypnotica disait qu'il voulait surmonter, je les avais aussi. Malgré la tentation de céder aux peurs, je me suis efforcé d'accepter l'opportunité qui se présentait à moi, une opportunité que j'avais moi-même créée. De plus, dans les moments où j'étais lucide, je savais que je ne voulais pas être rongé de regrets dans la soirée de la veille du deux avril. Alors le mieux que je puisse faire, c'était de me préparer à la bataille.
Je suis resté motivé en me nourrissant encore et encore de mes citations préférées, de mes articles préférés et de mes vidéos préférées. J'ai même lu plusieurs articles de mon propre blog, comme celui au titre de "amour et responsabilité", qui était particulièrement utile. J'ai aussi utilisé de simples techniques de visualisation chaque jour, pour me convaincre de ma capacité d'être performant le jour J. Au travail, en compagnie d'amis, dans le métro ou en dessinant en groupe à Paris, je me suis retrouvé parfois préoccupé du défi que je m'étais lancé. Sûrement, ce n'était quelque chose à partager avec personne. Pas avant de relever le défi au moins.
A l'époque du test il y a quatre ans, j'ai imaginé quelques aspects du plan d'action. Je me voyais surtout dans le métro, tout vêtu de noir ‒ chemise, pantalon, chaussettes, chaussures ‒ sauf pour ce truc rouge qui n'allait pas. L'une des touches 2016 de ce plan était plutôt une mesure de sécurité : mettre le nez rouge à un arrêt de bus dans mon quartier plutôt que chez moi et laisser mes objets de valeur à la maison. En plus, je partirais au travail aux heures de pointe, prendrais les transports publics aux heures de pointe et arriverais aux heures de pointe. Je n'enlèverais le nez que dans deux cas : 1) dès que je serais à mon bureau et 2) si j'avais besoin de prendre l'air sans blocage pour quelques secondes, après quoi je remettrais le nez. A part cela, je me comporterais comme je le faisais normalement pendant le trajet (c'est-à-dire, ne parler à personne, comme la plupart des gens, et avoir de la lecture si possible). Autrement dit, mon comportement ne changerait pas. Et je ne tenterais certainement pas de cacher mon visage dans un journal.ne
Pendant le trajet de 45 minutes au travail, tout s'est déroulé comme prévu. C'était les heures de pointe. J'ai marché jusqu'à l'arrêt de bus. Je me suis changé. J'ai marché jusqu'à la station de métro. Je suis monté dans le métro. Je suis descendu et allé vers la gare du RER. Je suis monté dans le RER. Je suis descendu et allé vers l'immeuble de travail. Je suis entré à l'intérieur. Je suis monté dans l'ascenseur. Je suis descendu à mon étage. Je suis arrivé à mon bureau.
J'ai éprouvé une variété de choses. Tout a commencé pendant la nuit. J'avais beaucoup, beaucoup de mal à m'endormir. Après avoir finalement réussi, j'ai fini par me réveiller à plusieurs reprises, à chaque fois plus tôt qu'à l'heure prévue. C'était très bizarre, mais j'ai compris que l'anxiété m'avait très bien pris. J'avais l'esprit très occupé et concentré sur la même chose : ce que je m'étais décidé à commencer à 8h55. Quand je me suis levé pour de bon, vers 7h, j'avais peu dormi. Manquant de temps pour me décourager, je devais aller jusqu'au bout. Vers 9h, à l'arrêt de bus, j'ai hésité un moment. "On y va ou pas ?", me suis-je demandé, laborieusement. Avant de pouvoir répondre, j'ai sorti le plastique rouge de la poche intérieure de mon manteau et j'y ai fourré mon nez. Aussitôt, j'ai fait demi-tour et je me suis dirigé vers la station de métro. Je me sentais un peu étrange, tout en restant concentré sur mon chemin. J'ai attiré des regards, dont j'ai cherché souvent en croisant des passants ou en restant debout dans une foule. Durant un voyage en métro compris de deux arrêts, j'ai remarqué un gamin tenant la main de son papa jeter un oeil sur moi plusieurs fois, toujours discrètement. Si j'ai vu quelques sourires ici et là ainsi et des têtes tournées lors de mon trajet, les gens avaient l'air largement indifférents à ma présence. Certains ne m'ont simplement pas remarqué, et d'autres qui l'ont fait ont fini par regarder ailleurs après quelques secondes. Pourriez-vous les reprocher ? Après tout, ce n'était pas comme si j'exécutais un numéro de clown pour tenter de retenir leur attention. Soit je marchais, soit je restais debout. Le manque d'une réaction marquée de quelqu'un ‒ sauf d'un homme distribuant des journaux gratuits, qui a fait une blague que je n'ai pas bien entendue mais que j'ai estimée gentille ‒ m'a fait demander si l'expérience était un fiasco. Peut-être que je me moquais peu de ce que les autres pensaient de moi ? L'interrogation m'a donné l'idée d'arrêter de porter le nez. Mais j'ai balayée celle-ci aussitôt.
En entrant dans l'immeuble de travail, j'ai réussi à échapper à la vue des personnes assises à l'accueil et surtout à celle des deux vigiles devant les tourniquets menant aux ascenseurs. J'avais brièvement cherché le regard des vigiles par habitude, sans succès. Alors que je n'avais pas l'intention de les esquiver, je n'essayais pas en même temps de faire face à eux en leur disant "Ben regardez-moi ! Je porte un nez rouge !" Bon. Dans l'allée des ascenseurs, j'ai rencontré un type qui travaillait à mon étage et avec qui j'étais allé parler d'un problème plusieurs mois auparavant, quand il était encore nouveau dans l'organisation. S'il avait l'air perplexe en me voyant, il semblait l'être plus agréablement après que je lui ai dit "Bonjour" (il m'a dit "Bonjour" en retour). Sortant de l'ascenseur avec lui, je suis parvenu à atteindre mon bureau sans voir personne d'autre sur le chemin. Les membres de mon équipe dans les environs étaient en conversation et n'avaient pas vu que j'étais arrivé. J'ai trouvé deux options pour la suite d'évènements ‒ 1) enlever le nez, me féliciter et aller saluer les collègues ou 2) garder le nez, aller saluer les collègues et revenir enlever le nez à mon bureau. Evidemment, la seconde option était plus intéressante, donc je l'ai choisie. Pendant mon apparition, j'ai laissé tout le monde assez étonné, attirant des réactions plus ou moins accueillantes de la majorité (sept personnes environ). Quelques autres sont restés dans un léger état de confusion, sans prononcer un seul mot même lorsque je me suis serré la main avec eux. Au milieu de l'agitation, quelqu'un a deviné que c'était un poisson d'avril, ce que je n'ai ni confirmé ni infirmé. En fait, je n'ai pas donné une justification poussée pour ma tenue, et personne ne m'en a demandé une. Ce qui s'est passé s'est juste passé, et dans moins d'une minute, ayant fait le tour de l'équipe, j'étais de retour à mon bureau, seul. J'ai retiré le nez. Enfin.
La journée de travail s'est déroulée et comme beaucoup d'autres collègues, j'y ai trouvé ma place habituelle, comme si de rien n'était. Pourtant, de temps en temps, je me suis demandé si j'étais vraiment venu au travail en portant un nez rouge. Et à chaque fois, je me suis dit que oui, sinon je me serais pas posé une telle question. Alors, qu'est-ce que j'ai éprouvé en m'exposant en public, surtout avant d'entrer dans l'immeuble de travail ? Le sentiment d'être un peu drôle, un peu mal à l'aise mais rien de vraiment effrayant. J'ai fait de mon mieux pour passer par des espaces bondés, après avoir consciemment fait le choix d'apparaître pendant les heures de pointe, mais il me semblait qu'il y avait moins de monde que d'habitude. Et, encore une fois, tout le monde semblait s'en moquer en fin du compte. Ce que j'avais redouté a fini par être un non-évènement. Quelques regards ici et là, c'était tout. Toutefois, lorsque j'ai pris un peu de recul quelques temps plus tard, j'ai ressenti une satisfaction particulière. Une qui semblait profonde et durable.
Pourtant, je dois être très déçu. Pourquoi ? Parce que je n'ai fait que la moitié du boulot que j'avais imaginé pendant deux semaines. Qu'est-ce qu'il restait ? Juste le trajet retour jusque chez moi ‒ ou bien à l'arrêt de bus de mon quartier ‒ avec le nez rouge, à partir de mon bureau. Essentiellement, la même chose que j'avais faite le matin. Sauf que vers 18h15, lorsque je me préparais à partir en week-end, l'enthousiasme du matin s'était érodé et les vielles anxiétés étaient de nouveau libérées. Hors de question de me laisser passer pour un idiot devant toutes ces personnes qui me connaissaient et qui, pour la plupart, ne savaient rien de mon arrivée au travail. Alors je n'ai pas franchi le pas. Le nez confortablement caché dans la poche intérieure de mon manteau, je me suis levé de mon siège, j'ai pris congé et je suis parti. L'incertitude et le ridicule public resteraient des choses à craindre ...
Mais le nez rouge reviendra.
dimanche 13 septembre 2015
souvenirs danois
En août 2015, je suis allé passer cinq jours au Danemark. J'avais été invité par ma copine Inga à la rejoindre ainsi qu'un groupe de ses amis et des amis de leurs amis à Vejby, une petite ville maritime à environ 58 kilomètres au nord de Copenhague. Comme ça allait être mon premier voyage en Scandinavie, j'étais très enthousiaste mais surtout curieux. Il y avait aussi le fait de passer du temps avec six inconnus qui me rendait un peu anxieux, d'autant plus qu'ils semblaient se connaître déjà pour la plupart. Mais ils avaient l'air sympathiques d'après les mails échangés dans le groupe et Eglantine, qui avait organisé le séjour avec Inga, ne pouvait pas être plus accueillante par rapport à ma participation. C'était aussi génial que nous habitions tous dans la région parisienne. J'avais l'idée que s'ils arrivaient au Danemark avant moi pour démarrer les festivités, le moins que je puisse faire, ce serait de contribuer à la bonne ambiance une fois que je serais sur place.
Voilà un retour au "Danmark", en photos et dessins.
C'était au Frederiksborg Slot, à Hillerød, que j'ai fait mon premier arrêt avec la bande après avoir rencontré certains d'entre eux à l'aéroport de Copenhague et d'autres à la gare d'Hillerød quelque temps plus tard. Nous étions huit au total ‒ Inga, Eglantine, Vincent, David, Christophe, Nilu, Olivier et moi-même ‒ pour affronter ce château, qui abrite le Musée national d'histoire.
Le domaine élégant du château m'a donné l'idée de sortir mon carnet. J'ai réalisé ce croquis au site de notre pique-nique, sur une pelouse qui se trouvait adjacente au jardin baroque et qui offrait une vue splendide du château à l'autre côté du slotssø (lac de château). Si on pouvait regarder à l'intérieur du château pendant que je le dessinais, on pourrait trouver le reste de la bande, dans une salle ou plusieurs d'entre elles, en train d'admirer les collections du musée.
Voilà un moment intéressant, pendant lequel j'ai appris un peu de la culture danoise. Deux jeunes à vélo, probablement adolescents, se sont pointés derrière moi sur la pelouse où je croquais, ont laissé tomber leurs vélos contre le tronc d'un arbre proche et s'en sont allés aussitôt à pied, nonchalamment. Je les ai regardés jusqu'à ce qu'ils disparaissent de vue. Pourtant leurs vélos n'étaient verrouillés ni attachés à rien. Vraiment, rien. Quand j'avais arrêté de croquer et j'allais partir, quelque quinze minutes plus tard, les vélos étaient encore là. J'ai observé des situations similaires plusieurs fois pendant le reste du séjour, où des vélos étaient garés dans des lieux publics ‒ de l'entrée d'un célèbre site au mur extérieur d'une maison au bord de la rue ‒ sans antivol.
Après une journée riche en visites touristiques, nous nous sommes arrêtés près de la plage dans notre quartier à Vejby pour regarder le soleil se coucher. J'ai vite compris que cette activité était devenue une sorte de tradition dans le groupe. Enchantés, Christophe, Olivier et Vincent absorbaient tout.
Le jour suivant était marqué par une visite à Louisiana, soit "le plus beau musée d'art moderne dans le monde", situé à Humlebæk. L'une des découvertes importantes de notre visite était une ambitieuse exposition sur l'Afrique qui présentait des oeuvres multimédias, architecturales et sculpturales remarquables des artistes majoritairement d'origine africaine et avec divers points de vue.
Jouer au volley-ball ‒ or à quelque chose qui ressemble plus ou moins au volley-ball ‒ sous le soleil dans la mer à bord d'un beau musée est généralement une proposition attrayante. Dommage que j'aie laissé mon maillot de bain à la maison.
"Gleaming Lights of the Souls" de Yayoi Kusama est l'une des attractions principales du musée, sans conteste. Et moi, captivé largement par le paysage littoral du sculpture park du musée, j'aurais raté cette installation si je n'avais pas entendu certaines personnes de notre groupe demander à d'autres "Vous l'avez vu ? Vous l'avez vu ?" vers la fin de notre pique-nique. Naturellement, j'étais curieux. "Vu quoi ?", ai-je demandé. Ils ne pouvaient pas le décrire, ou peut-être qu'ils ne voulaient pas le décrire. J'ai compris que la seule issue était d'aller voir la chose moi-même, tout simplement.
J'ai ressenti l'envie pressante de croquer dans un endroit si beau. Par ailleurs, j'aimais l'idée de croquer au lieu de notre pique-nique, comme je l'avais fait justement la veille. Alors je me suis installé en haut de la colline dans le sculpture park du musée qui donnait sur le Sund et me suis mis à dessiner. Ce qui était extra, c'était de figurer deux pays dans le même croquis.
Sur notre chemin au Kronborg Slot, alias Château de Kronborg, à Elseneur, un d'entre nous a eu la grande capacité de remarquer nos ombres toutes alignées sur l'herbe. Je ne peux plus me souvenir de qui c'était mais je le remercie de nous l'avoir fait savoir. Je voulais saisir le moment, ne m'attendant pas à ce que le pied d'Eglantine y figure.
Deux jours plus tard. Inga, Olivier, David et Vincent sont allés courir dans le quartier, comme tous les matins ou presque. Quelque temps après, j'accompagnais Eglantine et Nilu à la plage près de la maison pour y faire une promenade. Pour y arriver, nous avons dû descendre cette remarquable série de marches ‒ les mêmes marches depuis lesquelles nous avions regardé le coucher du soleil le jour de mon arrivée au Danemark.
Après jours consacrés à visiter des châteaux et des musées, nous avons passé la plus grande partie de notre dernière journée au Danemark à nous reposer à la maison à Vejby. Cette pause était juste ce dont j'avais besoin pour me lancer dans un croquis panoramique de la vue de l'arrière de la maison. Les encouragements que j'ai reçus de chaque personne qui est passée pendant que je dessinais n'a fait que rendre le moment encore spécial.
Accompagnés de Sylvine, qui est arrivée à la maison dans la matinée, mais sans Christophe ni Nilu, qui étaient déjà retournés en France, nous sommes allés nous promener en fin d'après-midi à Tisvilde Hegn, une forêt près de Vejby qui serait également la cinquième plus grande du pays. C'est en partant de cet espace vert au bord de la mer que j'ai remarqué ce bijou sur la plage.
Pour la plupart d'entre nous, le lendemain était le dernier jour au Danemark. C'était aussi, pour certains d'entre nous, une occasion de passer quelques heures à Copenhague avant de rejoindre l'aéroport pour nos vols de retour à Paris. Après que nous avons déposé Inga à Østerport Station et que nous avons mis nos bagages à la consigne à l'aéroport, j'ai commencé ma découverte de la ville avec un arrêt collectif à Torvehallerne KPH, un marché couvert bien connu près de Nørreport Station. Cela va sans dire que nous avons pris quelques-uns de leurs pâtisseries pour un brunch rapide et impromptu.
De quoi m'attirer encore à Copenhague pour une visite plus appropriée : un souvenir de Nyhavn, un canal qui partage le nom avec le quartier portuaire environnant.
Voilà un retour au "Danmark", en photos et dessins.
C'était au Frederiksborg Slot, à Hillerød, que j'ai fait mon premier arrêt avec la bande après avoir rencontré certains d'entre eux à l'aéroport de Copenhague et d'autres à la gare d'Hillerød quelque temps plus tard. Nous étions huit au total ‒ Inga, Eglantine, Vincent, David, Christophe, Nilu, Olivier et moi-même ‒ pour affronter ce château, qui abrite le Musée national d'histoire.
Le domaine élégant du château m'a donné l'idée de sortir mon carnet. J'ai réalisé ce croquis au site de notre pique-nique, sur une pelouse qui se trouvait adjacente au jardin baroque et qui offrait une vue splendide du château à l'autre côté du slotssø (lac de château). Si on pouvait regarder à l'intérieur du château pendant que je le dessinais, on pourrait trouver le reste de la bande, dans une salle ou plusieurs d'entre elles, en train d'admirer les collections du musée.
Voilà un moment intéressant, pendant lequel j'ai appris un peu de la culture danoise. Deux jeunes à vélo, probablement adolescents, se sont pointés derrière moi sur la pelouse où je croquais, ont laissé tomber leurs vélos contre le tronc d'un arbre proche et s'en sont allés aussitôt à pied, nonchalamment. Je les ai regardés jusqu'à ce qu'ils disparaissent de vue. Pourtant leurs vélos n'étaient verrouillés ni attachés à rien. Vraiment, rien. Quand j'avais arrêté de croquer et j'allais partir, quelque quinze minutes plus tard, les vélos étaient encore là. J'ai observé des situations similaires plusieurs fois pendant le reste du séjour, où des vélos étaient garés dans des lieux publics ‒ de l'entrée d'un célèbre site au mur extérieur d'une maison au bord de la rue ‒ sans antivol.
Après une journée riche en visites touristiques, nous nous sommes arrêtés près de la plage dans notre quartier à Vejby pour regarder le soleil se coucher. J'ai vite compris que cette activité était devenue une sorte de tradition dans le groupe. Enchantés, Christophe, Olivier et Vincent absorbaient tout.
Le jour suivant était marqué par une visite à Louisiana, soit "le plus beau musée d'art moderne dans le monde", situé à Humlebæk. L'une des découvertes importantes de notre visite était une ambitieuse exposition sur l'Afrique qui présentait des oeuvres multimédias, architecturales et sculpturales remarquables des artistes majoritairement d'origine africaine et avec divers points de vue.
Jouer au volley-ball ‒ or à quelque chose qui ressemble plus ou moins au volley-ball ‒ sous le soleil dans la mer à bord d'un beau musée est généralement une proposition attrayante. Dommage que j'aie laissé mon maillot de bain à la maison.
"Gleaming Lights of the Souls" de Yayoi Kusama est l'une des attractions principales du musée, sans conteste. Et moi, captivé largement par le paysage littoral du sculpture park du musée, j'aurais raté cette installation si je n'avais pas entendu certaines personnes de notre groupe demander à d'autres "Vous l'avez vu ? Vous l'avez vu ?" vers la fin de notre pique-nique. Naturellement, j'étais curieux. "Vu quoi ?", ai-je demandé. Ils ne pouvaient pas le décrire, ou peut-être qu'ils ne voulaient pas le décrire. J'ai compris que la seule issue était d'aller voir la chose moi-même, tout simplement.
J'ai ressenti l'envie pressante de croquer dans un endroit si beau. Par ailleurs, j'aimais l'idée de croquer au lieu de notre pique-nique, comme je l'avais fait justement la veille. Alors je me suis installé en haut de la colline dans le sculpture park du musée qui donnait sur le Sund et me suis mis à dessiner. Ce qui était extra, c'était de figurer deux pays dans le même croquis.
Sur notre chemin au Kronborg Slot, alias Château de Kronborg, à Elseneur, un d'entre nous a eu la grande capacité de remarquer nos ombres toutes alignées sur l'herbe. Je ne peux plus me souvenir de qui c'était mais je le remercie de nous l'avoir fait savoir. Je voulais saisir le moment, ne m'attendant pas à ce que le pied d'Eglantine y figure.
Deux jours plus tard. Inga, Olivier, David et Vincent sont allés courir dans le quartier, comme tous les matins ou presque. Quelque temps après, j'accompagnais Eglantine et Nilu à la plage près de la maison pour y faire une promenade. Pour y arriver, nous avons dû descendre cette remarquable série de marches ‒ les mêmes marches depuis lesquelles nous avions regardé le coucher du soleil le jour de mon arrivée au Danemark.

Après jours consacrés à visiter des châteaux et des musées, nous avons passé la plus grande partie de notre dernière journée au Danemark à nous reposer à la maison à Vejby. Cette pause était juste ce dont j'avais besoin pour me lancer dans un croquis panoramique de la vue de l'arrière de la maison. Les encouragements que j'ai reçus de chaque personne qui est passée pendant que je dessinais n'a fait que rendre le moment encore spécial.
Accompagnés de Sylvine, qui est arrivée à la maison dans la matinée, mais sans Christophe ni Nilu, qui étaient déjà retournés en France, nous sommes allés nous promener en fin d'après-midi à Tisvilde Hegn, une forêt près de Vejby qui serait également la cinquième plus grande du pays. C'est en partant de cet espace vert au bord de la mer que j'ai remarqué ce bijou sur la plage.
Pour la plupart d'entre nous, le lendemain était le dernier jour au Danemark. C'était aussi, pour certains d'entre nous, une occasion de passer quelques heures à Copenhague avant de rejoindre l'aéroport pour nos vols de retour à Paris. Après que nous avons déposé Inga à Østerport Station et que nous avons mis nos bagages à la consigne à l'aéroport, j'ai commencé ma découverte de la ville avec un arrêt collectif à Torvehallerne KPH, un marché couvert bien connu près de Nørreport Station. Cela va sans dire que nous avons pris quelques-uns de leurs pâtisseries pour un brunch rapide et impromptu.
De quoi m'attirer encore à Copenhague pour une visite plus appropriée : un souvenir de Nyhavn, un canal qui partage le nom avec le quartier portuaire environnant.
lundi 31 août 2015
exposure to annihilation
La peur.
C'était ce dont je ressentais souvent avant de lancer une opération en public. Peu importe le nombre de fois que j'avais effectué la même opération auparavant, sous les mêmes conditions, ces sentiments de peur étaient toujours présents et forts, alors que je m'attendais à ce qu'ils soient absents ou au moins plus faibles avec le temps. Puis, un jour, je suis tombé sur les mots suivants :
J'avais longtemps attribué les mots à Pema Chödrön, qui les ai écrits dans son libre, "When Things Fall Apart" (Edition française : "Quand tout s'effondre"). Ce n'était qu'il y a quelques semaines que j'ai appris qu'elle aurait cité Karlfried Graf Dürckheim, qui avait inclus les mots dans son livre "The Way of Transformation". Alors je suis allé à la recherche de la source et j'ai découvert le passage ci-dessous. Que de l'amour.
C'était ce dont je ressentais souvent avant de lancer une opération en public. Peu importe le nombre de fois que j'avais effectué la même opération auparavant, sous les mêmes conditions, ces sentiments de peur étaient toujours présents et forts, alors que je m'attendais à ce qu'ils soient absents ou au moins plus faibles avec le temps. Puis, un jour, je suis tombé sur les mots suivants :
Only to the extent that we expose ourselves over and over to annihilation can that which is indestructible be found in us.A cet instant, j'étais amoureux. Amoureux de ces mots. Je croyais qu'ils disaient la vérité, quoique d'une façon assez poétique. Après tout, ils exprimaient ce que j'avais vécu encore et encore ‒ la peur d'être exposé au moment de lancer une opération et la peur de se faire annihiler après, métaphoriquement parlant. Pourtant, à la fin, c'était plutôt le contraire, car je me sentais plus fort en général pour avoir agi. Parfois, ça allait plus loin que le sentiment de pouvoir ‒ ça frôlait celui d'invincibilité. Mais seulement pendant un moment, naturellement.
Seulement dans la mesure où nous nous exposons à plusieurs reprises à l'annihilation que peut se trouver ce qui est indestructible en nous. (traduction personnelle)
J'avais longtemps attribué les mots à Pema Chödrön, qui les ai écrits dans son libre, "When Things Fall Apart" (Edition française : "Quand tout s'effondre"). Ce n'était qu'il y a quelques semaines que j'ai appris qu'elle aurait cité Karlfried Graf Dürckheim, qui avait inclus les mots dans son livre "The Way of Transformation". Alors je suis allé à la recherche de la source et j'ai découvert le passage ci-dessous. Que de l'amour.
The man, who, being really on the Way, falls upon hard times in the world will not, as a consequence, turn to that friend who offers him refuge and comfort and encourages his old self to survive. Rather, he will seek out someone who will faithfully and inexorably help him to risk himself, so that he may endure the suffering and pass courageously through it, thus making of it a 'raft that leads to the far shore.' Only to the extent that man exposes himself over and over again to annihilation, can that which is indestructible arise within him. In this lies the dignity of daring.
L'homme, qui, suivant vraiment le Chemin, tombe sur des moments difficiles dans le monde ne fera pas appel, par conséquent, à cet ami qui lui donne un refuge, qui assure son confort et qui l'encourage à garder ses vieilles habitudes. Au contraire, il recherchera quelqu'un qui l'aidera fidèlement et inexorablement à risquer sa vie, pour qu'il puisse endurer la souffrance et affronter celle-ci avec courage, en en faisant ainsi un 'radeau qui mène à la côte lointaine.' Seulement dans la mesure où cet homme s'expose à plusieurs reprises à l'annihilation que peut émerger ce qui est indestructible en lui. Dans cela se trouve la dignité de l'audace. (traduction personnelle)
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