On était le 25 décembre 2013. J'allais retrouver des membres du groupe Paris Sketchers au musée Jacquemart-André, dans le 9ème arrondissement de Paris. Ce ne serait que ma deuxième sortie avec le groupe depuis que je suis devenu membre le mois précédent, et je ne connaissais pas Marie-Christine, qui avait proposé la sortie. Il me semblait initialement étrange que quelqu'un ait l'idée de demander à des personnes en dehors de sa famille et de ses amis de le rejoindre dans la visite d'un musée le jour de Noël. Du coup, j'avais pensé faire tout sauf y participer. Mais sachant que
je serais à Paris pendant que le jour s'approchait, je trouvais l'idée de plus en plus curieuse. En fin de compte, j'étais conquis par son étrangeté.
Passant par la cour qui se trouvait entre le guichet et l'entrée du bâtiment du musée, je sentais le froid. J'étais même surpris d'y découvrir deux sketcheurs, absorbés dans leur travail. Je suis allé faire connaissance avec ces
deux courageux. Il y avait d'abord Marie-Christine et, un peu plus loin, Savath. Ils étaient sympathiques et m'ont montré leurs croquis. C'était formidable de savoir qu'ils étaient là, comme si c'était l'encouragement dont j'avais besoin pour me lancer dans un dessin. Mais je n'allais pas le
faire à l'extérieur. Ca semblait trop insupportable pour mon corps. Je suis donc entré dans le bâtiment pour faire un tour. C'était un petit musée, mais ses salles étaient agréablement disposées et bien ornées de tableaux, de sculptures, de plantes, de miroirs, de lustres et d'autres jolis objets. En dépit de cette richesse, je n'ai pas pu choisir de sujet afin de me mettre au travail. J'ai fini par retourner dans la cour pour m'attaquer à la façade du bâtiment. Si Marie-Christine et Savath pouvaient braver le froid, je le pouvais aussi.
J'ai trouvé un banc vide au bout de la cour et en face du centre du bâtiment qui semblait parfait. Le trépied pliable que j'avais apporté n'était plus nécessaire, alors je l'ai mis sur le banc, à coté de la trousse contenant crayons, gomme et cutter que j'ai gardée près de moi. Et c'est parti. Pendant que je dessinais, des visiteurs passaient, soit pour entrer dans le bâtiment soit pour en partir, et d'autant que je sache, ils ne m'ont pas toujours remarqué. Quand ils l'ont fait, leur attention a été généralement retenue un instant avant qu'ils continuent leur chemin comme s'il ne s'était rien passée. Parmi les moins discrets comptaient plusieurs touristes asiatiques. Certains d'entre eux m'ont pris en photo, parfois après m'avoir demandé permission, parfois non. D'autres sont venus voir mon croquis et ont peut-être fait un compliment. Un monsieur est même venu s'asseoir sur le banc avec moi pour un temps. Il y avait d'autres bancs vides tout près, mais il a fait en sorte de choisir le mien. Coïncidence ? Qui sait. En tout cas, j'étais trop concentré dans mon dessin pour le chasser.
Cette concentration a disparu aussi lentement que la pluie a apparu. J'avais fait beaucoup de progrès sur le croquis, mais il était loin d'être fini. J'avais l'impression d'être arrivé à un tournant. Ayant toujours réussi à amener mes dessins à un état de finition, je voulais terminer ce que j'avais commencé. Mais j'avais peur que la pluie tombe plus fort que dans les petites gouttes que je sentais. Par ailleurs, j'avais pris conscience du froid. A la fin, j'ai abandonné et je suis rentré à l'intérieur. Je n'étais pas particulièrement satisfait du croquis, mais je croyais avoir fait ce que je
pouvais étant donné les circonstances.
Après avoir parcouru le bâtiment d'étage en étage à la recherche d'un endroit depuis lequel je pourrais croquer sans être dérangé par le flot de visiteurs qui passaient, j'ai trouvé un coin au bout d'un cul-de-sac au dernier étage qui était suffisamment petit pour décourager une foule d'approcher. De plus, il offrait une vue superbe du rez-de-chaussée et de l'escalier qui reliait celui-ci au dernier étage. C'était parfait. Alors j'ai déplié mon trépied là-bas, taillé mes crayons avec le cutter et commencé à croquer. Comme le coin était partiellement bordé par une rampe décorative qui s'étendait horizontalement du haut de l'escalier, j'ai passé quelque temps debout afin de saisir une vue plongeante plus claire. De temps en temps, j'ai aperçu des gens montant par l'escalier, notamment un grand groupe de filles italiennes, mais ils n'ont guère osé venir vers le coin où j'étais. Les rares personnes qui l'ont fait ont généralement demandé la permission de regarder mon croquis et sont parties après avoir dit un
mot gentil. Une femme en particulier est venue et a dit autre chose que les autres curieux avant elle. Je ne l'ai pas reconnue après qu'elle a attiré mon attention et elle a commencé à se présenter, en anglais d'ailleurs. Puis j'ai compris. C'était Kim, l'administratrice du groupe Paris Sketchers, avec qui j'avais correspondu par mail quand j'essayais de devenir membre. J'avais eu l'impression à cette époque-là qu'elle était américaine simplement par la façon dont elle s'exprimait à l'écrit. En personne, m'adressant la parole, elle devait être américaine. En tout cas, elle s'est montrée amicale et nous avons tout de suite sympathisé. Elle m'a informé qu'elle venait d'arriver au musée et que tous les sketcheurs allaient se retrouver au café au rez-de-chaussée vers 16h30 ‒ ce qui j'ai pris comme l'heure d'arrêter les croquis. Et puis elle est partie et trouverait plus tard un banc au bas de l'escalier où s'asseoir en vue de croquer. Sachant qu'il y avait une heure de fin fixée m'a encouragé à m'investir davantage dans mon dessin, et j'ai commencé à remplir celui-ci de détails partout là où je pouvais. Finalement, j'étais perdu dans mon travail. L'effort et les résultats progressifs de celui-ci compensaient certainement le croquis incomplet de la façade du bâtiment. Quand j'ai décidé que je ne pourrais plus rien enrichir, j'étais très content. En pleine euphorie, je croyais même avoir franchi un nouveau cap dans mon dessin. En fait, l'euphorie allait au-delà du dessin, car jusqu'à ce moment-là, je n'avais jamais passé plus de 4 heures dans un musée sans apprécier une seule oeuvre d'art mise en exposition ‒ tout en m'amusant.
Peu avant que la cloche sonne 16h30, j'ai rangé mes affaires et je suis descendu au café pour retrouver les autres sketcheurs. Toujours euphorique, j'ai marché dans la salle sans me rendre compte qu'il y avait une queue à l'entrée. Tandis que quelqu'un a fait en sorte de me le faire savoir, cela n'avait plus d'importance car j'avais déjà repéré Kim et Marie-Christine assises à table. Je suis allé prendre place en face de Kim et j'ai commencé à bavarder avec elles. Nous avons commandé quelque temps après ‒ le fait d'avoir autant dessiné m'avait rendu affamé ‒ et puis repris notre bavardage. Savath arriverait plus tard. Lors de notre pot au café, nous nous sommes montré les uns aux autres nos oeuvres du jour, donnant et recevant compliments et commentaires. Je suis resté en admiration de certains des dessins que j'ai vus, souhaitant maîtriser les techniques utilisées. A part les dessins, j'ai eu l'occasion de mieux connaître les autres sketcheurs. Je me sentais détendu en leur compagnie, ce qui était dû en grande partie à Kim. Nous nous sommes tous les deux très bien entendus si rapidement que j'étais surpris par ma spontanéité et mon expressivité envers des trois personnes que je venais de rencontrer.
Pendant que nous partions du musée, je me suis mis à prévoir d'autres sorties futures pour faire des croquis urbains à Paris, qu'on soit le jour de Noël ou pas.
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