J'ai un plaisir coupable.
Et il s'appelle l'écriture.
Bon, peut-être que ce n'est pas un véritable plaisir coupable. Cependant, ça fait très longtemps que j'aime écrire. Quand j'étais adolescent, j'ai commencé à échanger des lettres écrites à la main avec de la famille et des amis, une activité que j'ai bien continuée dans ma vie d'adulte. Puis, à l'université, les choses ont bousculé lorsque j'ai redécouvert la langue française. Je me suis mis à prendre intérêt à la conjugaison des verbes, au genre des mots et à d'autres aspects de la grammaire, faisant en sorte que tous les éléments fonctionnent dans une phrase écrite. Écrire sur un sujet de rédaction à un examen de français était un moment très stimulant, car c'était essentiellement une opportunité d'écriture créative. Plus tard, quelques années d'expérience professionnelle à mon actif, je me suis inscrit à des cours du soir à l'Alliance française dans l'intention de maîtriser le français, afin de pouvoir décrire ce que je voulais d'une manière claire, riche et naturelle. De nouveau amoureux des cours de français, j'ai pu développer mes compétences en écriture pendant quatre ans, parfois même faisant revoir mes rapports à mon professeur (et il ne s'agissait pas des devoirs). Pendant la même période, j'ai entretenu des correspondances qui dureraient plusieurs années avec quelques amis francophiles et francophones (vous pouvez devenir qui a écrit plus). Pour un temps quand j'avais une vingtaine d'années, je me suis même consacré au reportage touristique, faisant des récits de voyage détaillés en français et quelquefois en anglais aussi. La rédaction des 11 pages d'un document Microsoft Word décrivant deux semaines de vacances estivales passées en Europe reste l'un de mes plus beaux souvenirs. On dirait un souvenir d'un souvenir. Et une fois que je me suis finalement installé en France et que la maîtrise de la langue française n'était plus une priorité, j'ai décidé de m'essayer à l'espagnol. Devinez comment j'ai commencé à apprendre la langue. Par l'écriture. Alors que j'ai passé du temps à améliorer mes capacités d'écoute et ma prononciation, c'était notamment en écrivant des réponses à des questions d'exercices de grammaire et en rédigeant des mails destinés à des amis hispanophones que j'ai nourri mon intérêt pour español pendant deux ans. Aussi dans les relations amoureuses, l'écriture a trouvé une place. Je me rappelle une dispute avec une ancienne copine. J'avais un point de vue sur le sujet au coeur de la dispute mais j'avais du mal à le clarifier pour elle par la parole. Alors j'ai décidé de l'exprimer en écrivant. Cela m'a donné l'opportunité de rassembler mes pensées et de les rendre cohérentes. Après avoir vu (ou plutôt lu) le fruit de ce travail, ma copine a pu accepter une perspective différente et mieux comprendre ce qui se passait. Ou semblait-il. Elle avait rompu avec moi un mois après. J'ai essayé de me remettre avec elle quelques fois en écrivant de longs mails la suppliant de reconsidérer les choses. Aujourd'hui, avec du recul, cela n'a peut-être pas été le meilleur moyen, mais je ne pouvais pas m'en empêcher alors. J'avais très envie d'écrire, donc j'ai écrit.
Aujourd'hui, trentenaire, j'écris toujours. En fait, mes efforts d'écriture sont largement concentrés sur mon blog. Ce blog. Avoir des idées à explorer et à exprimer, c'est beau. Ca prend un temps substantiel pour développer une idée et pour structurer le texte qui présente celle-ci, mais, au final, c'est une activité qui me procure du plaisir.
Pourtant, écrire, c'est comme parler ou penser. C'est tellement facile à faire. Et alors qu'on peut réussir à donner le discours le plus captivant ou à produire la réflexion la plus éclairante, cela ne suffirait pas tout seul quand il est question de changer une vie pour le meilleur. Au moins, des actes seraient nécessaires. En fait, beaucoup d'actes seraient nécessaires si le but exact est celui de changer, et peut-être ce plus que beaucoup de paroles ou de pensées.
Mais j'adore écrire et je ne veux pas abandonner ça. C'est un plaisir coupable après tout. Qui renonce aux plaisirs coupables ? Par ailleurs, j'essaie de libérer mon esprit, et l'écriture paraît utile à cette fin. Alors que faire ? Eh bien, écrire ... et agir. Encore mieux ‒ tu agis et tu récompenses toi-même des actes accomplis en te donnant la possibilité d'écrire. Parlons d'une situation gagnant-gagnant.
Grosso modo, la moitié des articles sur ce blog ont été produits ainsi. Normalement, un article sort chaque semaine. Toutes les semaines paires, je publie un article librement. Mais pour pouvoir publier pendant une semaine impaire, je dois agir en complétant un certain nombre d'actes, ou d'opérations comme je préfère les appeler. Si ce quota n'est pas atteint, cette semaine-là se termine sans aucun article publié. Certainement, je pourrais me ficher du nombre d'opérations complétées et attendre tranquillement de publier pendant les semaines paires. Mais je continue à avoir des idées que j'aimerais bien explorer et exprimer, et je préférerais qu'elles soient là-dehors au lieu d'encombrer mon esprit. Aussi, je veux accomplir des choses, juste parce que cela a tendance à changer une situation plus que de penser, de parler ou encore d'écrire un blog. Etre récompensé d'avoir accompli des choses importantes en me permettant un plaisir coupable, je trouve ça vraiment cool.
Avec une discipline continuelle, cette relation entre écrire et agir devient plus forte. Mais si les actes restent les mêmes avec le temps comme une habitude, le niveau d'excitation qui était là à l'origine finira par diminuer, écrire commencera à perdre son sens, et, à la fin, il n'y aura rien pour quoi se battre. Alors les actes doivent évoluer sans cesse, en quantité et en qualité.
Je ne veux pas que les idées exprimées sur ce blog manquent de sens pour moi. Alors je choisis de continuer à les appliquer en agissant. Plus et mieux. Heureusement, il y a beaucoup de choses à faire.
Soyez rassurés que je me suis battu pour le droit d'écrire ceci.
Merci à Rémy de m'avoir donné le titre de cet article. Ca déchire !
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