Je le fais tout mal.
Simon Sinek serait en colère contre moi.
Oui, Simon Sinek, lui dont l'oeuvre m'a énormément influencé ces dernières années. Depuis novembre 2009, quand mon amie Tinu m'a envoyé un lien à un podcast "Finding Your Dream Job" ("Trouvez votre job de rêve") où Simon était l'invité, je suis accro. En plus du site Web du mouvement qu'il a commencé, j'ai dévoré son livre, son blog, ses tweets, ses articles, ses interviews, ses téléconférences, et certainement son TED talk. Celui-ci a apparu sur la liste des TED talk les plus vus en 2011 à la 19ème place, atteint la 7ème position l'année suivante, et pourrait finir par être le plus populaire (mes excuses, Sir Ken Robinson).
Simon consacre beaucoup de son temps à faire connaître le WHY. C'est un concept qui peut être facilement compris en considérant les questions suivantes : Pourquoi fais-tu ce que tu fais ? Pourquoi existes-tu ? Pourquoi est-tu sorti du lit ce matin ? Et pourquoi faudrait-il que ça nous importe ? D'après Simon, c'est en trouvant des réponses à ces questions — ou en trouvant son WHY, comme il dit — qu'on peut arriver à avoir une vie plus profondément satisfaisante. Le WHY évoque un sens, une cause, ou une croyance qui va plus loin que le WHAT (ce qu'on fait) ou le HOW (comment on le fait), même si le WHAT et le HOW sont aussi essentiels. Le WHY, le HOW et le WHAT forment ensemble ce que Simon appelle le Golden Circle (cercle d'or), un ensemble de trois cercles concentriques ayant le WHY au centre. Simon affirme que la vie a un sens et qu'elle est satisfaisante quand tous les trois sont en équilibre chez un individu (ou au sein d'un groupe de personnes). Et il ne s'agit pas de se concentrer sur les WHAT ou les HOW quand cet équilibre est faible ou absent. Plutôt, il est question de se rappeler le WHY. En fait, c'est par là qu'il faut commencer pour remettre de l'ordre, ainsi que pour pouvoir mieux communiquer ou s'identifier aux autres.
Le concept du WHY est aussi attirant qu'il est simple. Peut-être son attrait se trouve-t-il dans sa simplicité.
Mais je l'avais oublié récemment, et ce pour la énième fois, étant trop occupé par le cours des évènements. Il a fallu une pause thé avec mon pote Rémy à deux pas de Bastille il y a quelques semaines pour que le sujet remonte à l'esprit. Il avait découvert le concept et appris que je le connaissais, et il voulait en discuter.
Mais je l'avais encore oublié quand je rentrais chez moi, absorbé encore une fois dans l'évènement en cours. Je me préparais à dessiner pour la quatrième fois en quatre jours, ce que je n'avais jamais réalisé avant. Mais seul dans mon appartement, en fin d'un après-midi de samedi, le soleil brillant dehors, j'étais pris par le même sentiment de solitude que je connaissais déjà bien. Une lutte s'est déclenchée entre mes pensées, et il m'est arrivé soudainement à me poser des questions, comme "Ca sert à quoi le fait de dessiner quand on se sent régulièrement seul ?", par exemple. Eprouvant était-il de commencer à dessiner dans de telles conditions. Finalement, je m'en suis sorti, bien persuadé que je devais aller jusqu'au bout malgré les circonstances. Après avoir pris un moment pour savourer les résultats d'un labeur plutôt mental que physique, je suis allé déterrer sur mon ordinateur une liste de "Why Exploration Questions" (questions d'exploration du WHY) que la discussion avec Rémy m'avait rappelée. Une fois trouvée, je l'ai envoyée à Rémy.
De nouveau assis à la table de dessin, j'ai décidé de contempler la liste. En abordant les questions, je ne cherchais pas forcément à clarifier mon WHY ; j'étais simplement motivé pour comprendre pourquoi je m'étais obstiné à dessiner alors que je souffrais encore de la solitude. Je savais bien que j'avais déjà fait ce genre d'exercice maintes fois dans le passé, arrivant souvent à des réponses qui n'étaient ni suffisamment claires ni suffisamment convaincantes pour être retenues. Mais j'étais plus sûr de ce que j'étais sur le point de faire, alors j'ai foncé. Question numéro 1: "Dans votre vie jusqu'à présent, quels sont vos plus grands accomplissements ? Pourquoi avez-vous fait ces choses-là ?" J'ai noté le fait d'avoir découvert le flow et de m'être désensibilisé à des évènements précédemment pénibles. J'ai ajouté aussi le fait d'avoir appris à parler couramment le français, pour terminer avec un accomplissement plus normal. Alors pourquoi ai-je fait ces choses-là ? "Pour découvrir ma passion" était une réponse rapide. La suivante par contre m'a frappé brusquement une fois que je l'ai écrite : "Pour m'améliorer ; pour me débarrasser de l'habitude de refouler mes idées préférées devant les masses et/ou l'autorité." Je croyais pouvoir trouver encore des raisons derrière mes accomplissements et par ailleurs, il restait douze autres questions dans la liste. Mais je n'ai pas vraiment voulu continuer. J'avais l'impression d'être tombé sur quelque chose de fondamental et qu'il n'était pas nécessaire de continuer à chercher des réponses plus adéquates. C'était un moment fort en émotion, pendant lequel j'ai éprouvé une profonde paix qui durerait quelque temps.
Alors j'avais l'habitude de refouler des choses — pas seulement mes idées préférées — quand je me sentais intimidé par les masses ou par l'autorité, et c'était pourquoi j'étais motivé pour accomplir les choses que je considérais comme les plus grandes dans ma vie. Pour être honnête, j'avais déjà eu cette révélation plusieurs fois avant, alors que les mots utilisés n'étaient pas exactement les mêmes. A la fin, j'ai estimé que cette réponse à la question d'origine manquait la clarté et la puissance émotionnelle qu'il fallait à mon sens pour être un WHY — le WHY de Simon, par exemple, c'est "inspirer les gens pour qu'ils fassent les choses qui les inspirent le plus" —, mais je me suis dit que ça serait suffisant pour l'instant.
J'imagine que ma vie ne pourra qu'aller mieux (et être moins solitaire, pourquoi pas) si je me rappelle qu'il faut prendre le temps pour commencer par "why", ou simplement pour demander "why". Alors, Simon, je vais m'efforcer. Ne sois pas en colère contre moi.
Remarque : Mes mots étant incapables de rendre justice à la valeur de l'oeuvre de Simon, je t'invite à aller sur le site Web Start With Why à l'adresse http://www.startwithwhy.com pour en savoir plus.

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