vendredi 16 août 2013

faire venir la foule

Le quatorze juillet, soit la fête nationale de la France, j'ai entrepris de lancer l'opération 50 First States dans le 11ème arrondissement de Paris.  En plus d'essayer de faire de l'opération une affaire mensuelle après avoir parcouru le 9ème en mai et le 10ème en juin, je savourais l'opportunité de célébrer la fête nationale en passant par la place de la Bastille, le site où l'ancienne prison de la Bastille fût prise le 17 juillet 1789.  Un mariage de mon histore avec celle de la France, je ne pouvais pas rater l'occasion !

L'opération prenait le départ à la place de la Nation, qui est située à l'intersection des 11ème et 12ème arrondissements.  Comme j'avais déjà relevé le défi d'aborder individus, couples et groupes, chaque catégorie au moins une centaine de fois, j'avais senti le besoin de rendre les choses plus intéressantes.  Par ailleurs, j'étais tout au milieu de ma découverte de Paris, ayant déjà parcouru 10 arrondissements avec 10 dix autres à visiter.  Pourrait-il exister un meilleur moment de changer les règles du jeu ?

Le changement était souhaité, mais lequel serait le meilleur pour rendre le jeu plus significatif et plus passionnant à la fois, pour moi et éventuellement pour les gens que je rencontrerais ?  Certainement ni celui de rendre les questions moins ridicules ni celui de les poser en français.  Alors j'avais cherché en moi et rappelé que même si j'avais réussi à poser aux gens les 50 questions, j'étais souvent mal à l'aise s'il y avait beaucoup de gens à proximité, allant jusqu'à fuir la cible.  Les endroits populaires bondés étaient souvent les plus difficiles.  Je n'appréhendais pas seulement le rejet de la part de la cible à cause de mon comportement bizarre, mais aussi le regard des gens autour de la cible et moi.  C'étaient juste un truc gênant pour moi.  Pourtant, il était nécessaire que ça soit la base pour le changement que je souhaitais.

Alors j'avais décidé de poser les mêmes questions aux mêmes catégories de gens, tout en m'assurant qu'il y avait du monde autour de moi susceptible d'assister à l'évènement.

Maintenant, revenons au jour J.  La fête nationale tombait un dimanche et la place de la Nation, l'une des plus grandes de Paris, était plutôt vide de monde dans la matinée.  En plus, la plupart des gens sur place, moi y compris, étaient distraits par les avions de l'armée de l'air française qui filaient dans le ciel pour célébrer la fête.  N'oublions même pas mon objectif : 10 sites à visiter, 50 personnes à aborder, chacune avec la présence d'un public.  J'avais le temps d'y réfléchir ‒ les rues étant pratiquement désertes, je n'avais pas grand-chose à faire ‒ et il me semblait que tout devenait de moins en moins possible ce jour-là.  Du coup, j'ai avoué ma défaite et fini par me joindre à ceux qui regardaient les avions voler.

Dès que je suis rentré, j'ai cherché des moyens de restructurer l'opération.  Un changement important était de diviser les 50 états en lots de 10 et de consacrer un lancement de l'opération à un lot unique, rien de plus.  10 étant beaucoup plus gérable que 50, la nouvelle opération me dissuaderait de vouloir arriver vite à la fin.  En d'autres termes, je pourrais prendre plus mon temps avec 10.  D'ailleurs, il me semblait que la restructuration ressemblait à une transition depuis la quantité vers la qualité, ce que j'ai apprécié.  En ce qui concernait les sites, j'ai divisé la sélection par 5 aussi, exigeant ainsi la visite de deux sites à chaque lancement.  Je continuerais là où j'avais terminé la fois précédente, et ne célébrerais qu'à la fin des 5 lots en écrivant un blog sur l'aventure.

Pour donner le coup d'envoi à l'opération recadrée ‒ qui pourrait s'appeler l'opération 5 * 10 States ‒ je suis retourné à la place de la Nation, que j'avais choisie avec la rue de Charonne pour être mes deux sites.  Le samedi en août où je démarrais l'opération, les cibles étaient faciles à trouver.  Pourtant, les publics ne l'étaient pas, en partie parce que je ne savais pas quelle taille serait suffisante.  J'ai finalement opté pour un minimum de quatre personnes, sans compter ni la cible ni moi.  Ca aurait été difficile de trouver un plus grand public pour chaque question.  Mais encore, au moins au début, j'ai dû faire et refaire le tour de la place de la Nation pour trouver des foules.  C'était comme si je me battais pour donner la vie à un nouveau-né !

La naissance était ultimement réussie, et j'ai trouvé mon chemin vers la rue de Charonne après avoir compté 2 cibles.  Sur le boulevard de Charonne, il y avait un marché et des gens y faisaient leurs courses.  Après avoir eu de l'appréhension à être dans une foule et débattu l'éthique de ce que j'avais décidé de faire, je suis entré dans l'action, abordant les gens pendant que je prenais le long couloir du marché.  Comme il était facile de trouver là-bas assez de personnes pour former le public, je n'ai pas eu besoin de compter.  Pour le choix de la cible, je me suis contenté d'interrompre les gens qui ne semblait rien avoir d'autre à faire que de marcher, ignorant ceux qui faisaient la queue.  C'était surprenant que ce que j'avais eu peur de faire se soit réalisé sans grand effort.  Je dois avoir été dans une autre dimension.

Je suis sorti du marché ayant abordé 4 personnes, mais je n'en avais toujours pas atteint 10.  Ce que j'ai atteint, par contre, c'était la rue de Charonne.  Alors je l'ai prise, avec l'intention de terminer près du quartier de la Bastille.  Presque immédiatement, j'ai vu un arrêt de bus couvert où attendaient une dizaine de gens, dont la plupart étaient debout.  Opportunité !  C'était le tour de demander à une femme, donc j'ai scruté l'arrêt de bus.  J'ai aperçu quelques femmes d'âge mur avant que mes yeux tombent sur une jeune femme, plutôt jolie.  Ayant tendance à reculer devant les jolies filles, j'étais certain que c'était à elle qui il fallait que je me présente.  Et sans hésiter, je suis allé vers elle, faisait de mon mieux pour rester concentré, et je lui ai dit : "Bonjour.  Est-ce que vous êtes de Tallahassee ?"  Elle n'avait pas l'air de comprendre, et n'a rien dit.  Mais j'avais clairement son attention.  Au même moment, j'avais l'impression d'avoir attiré le regard de plusieurs personnes ‒ ce que j'ai en fait confirmé par la vue ‒, et j'ai commencé à me sentir mal à l'aise.  Mais j'ai pu reposer la question à la jeune femme, m'efforçant d'être plus clair.  Elle a répondu "Je ne comprends pas", à quel moment j'ai laissé échapper un léger sourire et disparu.  Je n'arrivais pas à croire ce que je venais de faire.  J'avais réussi à entrer dans une foule dense composée d'inconnus, dans la rue, attirant l'attention de plusieurs d'entre eux pendant que je posais à la plus jolie d'entre eux une question ridicule et apparemment incompréhensible.

C'était comme si quelque chose de fondamental s'était débloqué dans ma psyché.  Mon esprit s'est mis à courir, alors que je me suis laissé imaginer combien j'allais m'amuser à jouer avec des foules.

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