jeudi 8 août 2013

pour la défense du conservateur

All creative people need something to rebel against, it's what gives their lives excitement, and it's creative people who make the clients' lives exciting.

Les gens créatifs ont besoin de quelque chose contre quoi se rebeller, c'est ce qui donne de l'excitation à leurs vies, et c'est les gens créatifs qui rendent les vies des clients excitantes.

‒ Paul Arden

Un vendredi soir de décembre dernier, je suis allé au Basile, un café du 7ème arrondissement de Paris, pour lancer l'opération Bar Games.  J'avais déjà couvert les arrondissements 1 à 6, alors il était temps de passer au 7ème.  J'étais inquiet car je ne savais pas si j'allais trouver assez de convivialité dans les bars de cette partie de Paris, qui regorge d'ambassades et d'immeubles de bureaux du gouvernement et qui est habitée par beaucoup de gens très aisés.  Pourtant, je n'allais pas me laisser décourager.

Le Basile est connu pour être le lieu de prédilection des élèves de Sciences Po, la plus élite des écoles de la science politique en France, située juste en face.  J'étais venu au café plusieurs fois le vendredi et je me suis littéralement perdu dans des discussions sur des sujets de science politique qui dépassaient mes connaissances.

Alors, ce soir-là, après avoir pris mon verre de canneberge au comptoir, je me suis dirigé vers le fond de la salle pour chercher des gens qui correspondaient à ma cible, qu'ils soient élèves de science politique ou non.  J'ai trouvé mon bonheur dans la découverte d'une table de quatre à côté du mur face à la rue et je suis parti dans cette direction.  En arrivant, j'ai commencé ma routine, en anglais :

Moi : Salut !
Table de Quatre (surpris) : Salut.
Moi (invitant à trinquer) : Santé !
Table de Quatre (encore surpris, certains partants, d'autres réticents) : Santé.
Moi : Alors, vous êtes des left-siders ?
Table de Quatre (perdus) : Un quoi ?
Moi : Un left-sider.
Table de Quatre (encore perdus) : C'est quoi ça ?
Moi : Un left-sider est quelqu'un qui croit qu'il peut changer le monde.
Table de Quatre (souriants, mais sceptiques) : Ah.

Peu après, la conversation a pris un tour plus typique, similaire à celle que peuvent avoir des étrangers à Paris se rencontrant pour la première fois : "Vous venez d'où ?", "Vous êtes à Paris depuis combien de temps ?", "Vous faites quoi à Paris ?"   Au cours de cet échange, un membre de la table a proposé une pause-cigarette.  Et je suis invité à les accompagner.  Combien j'adore les moments quand un groupe d'inconnus à Paris m'accepte comme l'un des siens.

Alors nous sommes tous sortis du café et la conversation a repris.  Puis, une fille du groupe m'a dit : "Je ne pense pas que tu réussisses beaucoup à trouver ici le type de gens que tu cherches, parce que ce quartier est très conservateur."

Et je me suis dit : "Et ça c'est un problème ?"

Je pense que le fait d'essayer de changer le monde dans un endroit considéré comme très conservateur peut avoir plus de sens que dans un endroit qui est considéré comme l'inverse.  Pourquoi ?  Parce que les opportunités d'agir sont abondantes dans un tel endroit.  Elles tiendront motivée une personne totalement dédiée à la tâche de changer le monde, la poussant à s'améliorer.  Elle peut finir par réaliser sa quête, ou bien elle peut finalement y faillir.  Quel que soit le résultat, l'expérience aura néanmoins valu le coup en raison de son engagement dans la réalisation de quelque chose de grand.

C'est comme le travail d'un éboueur.  Quelle satisfaction se procurerait une personne totalement dédiée à la tâche de nettoyer des rues si elle travaillait dans des rues qui étaient déjà propres ?  Combien d'expérience, de satisfaction pourrait-elle obtenir en nettoyant ce qui est déjà propre ?  J'imagine que peu.  Peut-être qu'il n'aime pas travailler dans la plus sale des rues, mais pour qu'un éboueur dévoué se sente utile, il a besoin de rues sales.

Et pour qu'un "changeur du monde" dévoué ‒ ou left-sider ‒ se sente utile, il a besoin de situations conservatrices.  Tout le temps ?  Probablement pas.  Mais beaucoup du temps ?  Ah oui.

En plus, c'est un travail excitant.  Qui ne s'amuserait pas en essayant de changer le monde dans un endroit où on croyait qu'il était impossible de le faire, ou où on n'y pensait guère, voire pas du tout ?

Les endroits conservateurs existent pour une raison.  Donc essayons de voir les avantages là-dedans.

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