mardi 23 avril 2013

come alive time

(le moment de devenir vivant)

J'ai passé le week-end dernier en Champagne-Ardenne avec le groupe de Meetup "Franco-Américains à Paris".  Environ 25 d'entre nous sommes venus dans cette région pour une visite qui comprenait des dégustations de champagne, des promenades à vélo dans les vignes, un dîner dans un restaurant local, et une soirée jusqu'au petit matin.




Après s'être arrêté devant deux maisons de champagne sur la route en provenance de Paris, notre autocar est arrivé à Reims, où nous avons passé presque toute la journée de samedi.  Nous nous sommes enregistrés dans notre hôtel avant de nous réunir pour aller participer à une visite guidée de la célèbre cathédrale Notre-Dame.  Après, nous avons passé notre temps libre avant les festivités du soir à explorer le centre-ville, à nous reposer ou à faire toute autre chose.




J'ai loupé l'apéritif avec les autres mais je les ai rejoints plus tard pour le dîner.  Celui-ci était magnifique – j'ai découvert la pintade !  J'en suis tombé immédiatement amoureux.  Après, nous sommes allés au Cuba, un bar/discothèque dans le quartier pour bien démarrer la fête.




Il y avait beaucoup de monde au Cuba et la musique était géniale.  Du hip-hop populaire avec quelques chansons de pop de temps en temps – c'était juste ce sur quoi j'aimais danser.  Pourtant, je me suis retrouvé coincé peu après l'arrivée dans le bar.  Trop de réflexion ?  Peut-être.  Au lieu de m'immerger dans la bonne ambiance et de m'y exprimer librement, ce que j'aurais bien aimé faire, je me suis bloqué, comme j’étais mal à l’aise.  En compagnie des gens de notre groupe dont je connaissais à peine la plupart, mais surtout dans la plus grande foule autour de nous.  J’avais le corps rigide, des pas de danse simples, un visage peu expressif, une voix quasiment inexistante, un regard constamment fixé sur les gens autour de moi.  Je me contentais d’admirer les quelques personnes qui avaient pu entrer dans la danse, voire se mettre sur les tables.  Voilà le rôle dans lequel je me confine habituellement quand je suis dans une boîte de nuit.  Rares ont été les fois où j'ai réussi à m'ouvrir dans un tel environnement.  Sinon, c'est un malaise qui me gagne la plupart du temps.  Peut-être que celui-ci est d'un faible degré en absolu, mais ayant conscience des possibilités de s'amuser dans des lieux pareils, j'éprouve de la gêne.  Ce qui est drôle, c'est que j'avais imaginé l'opération Body Rock dans le but d'être capable de transformer cette gêne chronique en quelque chose qui ressemblait au confort, mais qui serait en vérité plus proche de la joie.  Cependant, plusieurs mois après sa conception, l'opération n’a toujours pas décollé.  Et samedi soir ne serait pas le moment pour cela, et le Cuba ne serait pas le lieu.

J'ai commencé à considérer la possibilité d'écourter la soirée (déjà) en rentrant à l'hôtel.  Quelques personnes ont finalement suivi ce plan d'action.  Néanmoins, j'espérais me sentir plus à l'aise dans l'endroit où on allait après, une boîte de karaoké.  En attendant, les choses empiraient au Cuba, et j'ai commencé à m'inquiéter de l'attitude que je dégageais envers les membres de Meetup autour de moi.  C'était horrible – j'ai eu sentiment de "comment me suis-je retrouvé encore là ?" – mais je suis parvenu à garder la destruction à l'intérieur.  Au moins, j'ai pu me féliciter de rester suffisamment calme.

Je me suis senti rafraîchi une fois que nous sommes arrivés au Curtayn Club, situé au coin de la rue.  L'endroit avait deux étages.  Au rez-de-chaussée, il y avait un bar avec une scène de karaoké à côté qui était entourée de tables et de canapés à disposition du public.  Au sous-sol, il y avait une ambiance boîte de nuit.  Nous nous sommes installés au fond du rez-de-chaussée à côté de la scène, et la plupart des filles de notre groupe – huit environ – ont rapidement mis la main sur le catalogue des chansons et commencé à chercher quels morceaux chanter et à discuter comment elles aimeraient les chanter.

Je suis resté à côté de cette scène mouvementée avec d'autres membres de Meetup.  Nous, on ne s'embêtait pas trop ; plus que tout, on était tranquilles.  Pendant ce temps, je me sentais détendu.  Mais j'étais aussi déçu de l'attitude que j'avais au Cuba.  Je savais que je pourrais mieux faire, mieux être.  Mais avant tout, je me demandais si j'allais chanter sur scène.  J'ai eu du mal à me décider.  Je ne savais pas si je voulais m'exposer dans un lieu inconnu en face des personnes inconnues.  En même temps, j'avais toujours considéré le karaoké comme une activité cathartique, et je voulais me donner une nouvelle chance, me manifester.  Mais j'ai hésité, pas encore prêt à prendre une décision.  Les filles, par contre, sont montées sur scène à deux reprises , la première pour "Barbie Girl", l'autre pour "Human Nature" de Madonna.  Elles ont hurlé, dansé et presque tout fait pour créer une scène de folie.  C'était hilarant, et j'ai pensé que c’était un excellent complément aux reprises en français sans intérêt que faisaient d'autres personnes.

Finalement, je me suis décidé – le temps manquait et il a fallu agir vite.  Je me suis emparé du catalogue et je l'ai parcouru.  J'ai fini par réduire mes choix à deux de mes chansons préférées : "Redemption Song" de Bob Marley et "Lose Yourself" d'Eminem.  J'ai opté pour la seconde, même si je craignais d'être capable de prononcer tout le texte, car une fois le rap commencé, Eminem a enchaîné sans relâche jusqu'à la fin du morceau.  On parle de quatre minutes de rap continu !  Y compris le refrain !  J'ai décidé quand même de relever le défi, tout en me disant que ça allait apporter de l'air frais si pas du choc au public (je doutais que certains d'entre eux aient imaginé voir et entendre un Noir faire du rap en anglais ce soir-là).  En plus, j'étais plus rassuré car je connaissais la plupart des paroles.  Elles sont sans aucun doute certaines des plus habilement construites que j'aie jamais entendues.

Ma détermination a été quand même testée après que je me suis inscrit au karaoké.  Les huit filles qui ont allumé la scène plus tôt ont disparu.  Certaines sont descendues danser au sous-sol, d'autres sont rentrées à l'hôtel.  Il ne restait que quatre d'entre nous, et, oui, on était parmi les plus tranquilles du groupe.  Aucun d'entre eux n'avait l'intention de chanter.  En plus, la boîte se remplissait petit à petit.  Je me suis même demandé, "Il me faudrait combien d'inconnus pour me regarder ?"  Et aussi, le DJ n'arrêtait pas à reporter mon tour.  Après avoir été contraint d'attendre une demi-heure, je suis allé lui rendre visite.  Il m'a expliqué qu'il y avait sept chansons avant que je passe.  Impossible !  Je l'ai embêté jusqu'à ce qu'il concède, en me disant que j'irais après le chanteur suivant.  Sauf qu’après le chanteur suivant, il a appelé quelqu'un d'autre à venir sur scène.  Alors, je suis retourné le voir, cette fois-ci avec Phlippe, l'organisateur du week-end Meetup.  Et le DJ nous a dit qu'il restait quatre chansons avant mon tour.  Ridicule !  Enervé, Philippe lui a adressé quelques mots peu tendres, jusqu'à ce qu'il nous accorde la place suivante.  Convaincu plus que jamais que j'allais passer le suivant, je suis parti faire une préparation mentale rapide.  Je suis retourné aux toilettes encore une fois – j'y étais déjà passé trois fois toutes les deux chansons précédentes, d'une part pour me calmer les nerfs, d'autre part parce qu'il fallait vraiment que j'y aille !

De retour dans la salle bien remplie, j'ai entendu appeler mon nom depuis la scène.  L'heure de vérité !  Alors, je suis monté sur scène, j'ai vérifié les microphones, j'ai assuré que je prenais le bon, et je me suis retourné pour faire face au public.  Aïe !  Je voyais beaucoup de gens, mais ils ne me regardaient pas tous.  En attendant désespérément que le rythme commence, j’ai essayé de surmonter mon trac en jetant des regards sur les autres membres de Meetup au fond de la salle.  J'étais toujours mal à l'aise, pourtant moins qu'avant.

Plus que tout, je me concentrais.  Une fois que les paroles ont apparu sur l’écran, je suis parti.  J'ai gardé le flow, même si j'avais commencé à avoir du mal au bout de 30 secondes.  En comparaison avec la voix qu'a utilisée Eminem sur le morceau, la mienne était plutôt faible.  Mais la musique était tellement puissante – comment ai-je pu oublier ? – que je me suis naturellement mis à remuer les mains, comme si j'étais un rappeur se produisant sur scène.  Convenablement, je me suis finalement perdu dans la musique, le moment.  Je n'ai eu de temps en temps qu'un petit espace en rappant pour faire un constat de la réaction du public.  Un bon nombre de personnes regardaient.  Les visages ne laissaient pas apparaître une certaine surprise.  J'ai trouvé ça marrant, mais je ne pouvais pas me laisser arrêter par cela parce que perdu dans la musique, le moment.  Près de la fin du morceau, j'ai sauté des lignes parce que j'avais du mal à reprendre mon souffle tout en essayant de suivre la cadence d'Eminem, dont le flow était rapide et très fluide.  J'ai adopté la stratégie d'écourter la prononciation de chaque ligne pour être prêt à bien prononcer la suivante, mais mes efforts étaient à peine réussis.  J'étais effectivement essoufflé ligne après ligne, et quelques personnes proches ont manifesté leur soutien.  C'était émouvant.  Il y avait même une jeune fille sur le bord de la scène qui imitait mes gestes et rappait le dernier refrain avec moi.  Qui sait, elle aurait pu être mon hype woman !

Le public m'a applaudi une fois que j'ai fini, mais comme j'étais trop ravi, je n'ai pas pu vraiment apprécier leur geste.  Le DJ lui m'a félicité quand je lui ai rendu le microphone.  Je me suis senti soulagé.  Et bien.  L'attitude que j'avais plus tôt dans la soirée était du passé.  Je me sentais (plus) vivant .  J'ai rejoint les gens de Meetup qui avaient sacrifié leur temps pour me regarder rapper, et nous sommes ensuite descendus au sous-sol pour danser.  Là, la musique était correcte, et je suis entré dans la danse avec moins d'hésitation qu'avant.

Ce n'était que plus tard que je me suis rendu compte que le thème de "Lose Yourself", surtout l'introduction de la chanson, coïncidait avec mon expérience de la soirée après dîner.  C'est-à-dire, tirer avantage d'une unique opportunité désirable en s'en imprégnant complètement.  Ce qui est le contraire de mon expérience typique en boîte de nuit.  Généralement, quand je suis dans une boîte, et surtout sur la piste, je passe beaucoup de temps à essayer de déterminer ce que je devrais faire et ne pas faire et comment je devrais me comporter et ne pas me comporter, au lieu de faire ce qui me rend plein de vie.

Don’t ask yourself what the world needs; ask yourself what makes you come alive. And then go and do that. Because what the world needs is people who have come alive. – Howard Thurman

Ne te demandes pas ce dont le monde a besoin. Demande-toi ce qui te rend plein de vie et ne fais que cela.  Car ce dont le monde a besoin, ce sont des gens pleins de vie. – Howard Thurman


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