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samedi 15 juin 2019

l'art de dire bonjour (2)

Après être entré dans la zone où on se déchausse à la piscine du quartier dimanche dernier, j'ai dit bonjour à un monsieur en prenant place à côté de lui sur un banc. Le bonjour est sorti d'une manière spontanée ; je ne cherchais pas à sourire autant que je le fais lorsque je fais un effort délibéré de dire bonjour ou d'échanger avec quelqu'un. Aussitôt que j'ai commencé à me déchausser, j'ai senti sur moi le regard insistant de ce monsieur, comme s'il essayait d'attirer mon attention. J'ai donc regardé vers lui et effectivement, il donnait l'impression de me poser une question. Alors j'ai retiré mes écouteurs pour écouter ce qu'il avait à dire. "On se connaît ?" J'ai répondu que non. J'ai pu constater une expression d'étonnement sur son visage avant qu'elle cède la place à quelque chose de plus décontracté. Puis il a dit quelque chose que je n'ai pas pu comprendre. La seule chose que j'ai bien reconnue, c'était "C'est poli". J'ai souri, lui il a souri aussi, et je suis parti pour les vestiaires ‒ mais pas avant qu'on échange des "Bonne journée !"

Ah, le bon vieux bonjour. J'ai appris pendant ma vie en France qu'il est coutume de dire bonjour aux gens qu'on connaît plus ou moins ou de qui on a besoin d'obtenir une information ou autre chose. Mais jamais aux inconnus avec qui on n'a pas l'intention d'avoir une conversation. Je ne vais pas aller jusqu'à dire "C'est dommage", mais je dirai ceci : dire bonjour aux inconnus simplement dans l'intérêt de le dire peut être thérapeutique. Pour celui qui le donne ainsi que pour celui que le reçoit. Mais surtout celui qui le donne.

C'est sûrement pour cette raison que je compte donner des bonjours aux cinquante inconnus tous les jours à Paris pour le reste de l'année. A l'extérieur, à l'intérieur, dans le métro et presque n'importe où d'autre.

Plus je peux mettre de l'amour dans chaque bonjour, plus je peux guérir. Avec un peu de chance, celui qui reçoit le bonjour pourra guérir aussi.

vendredi 9 mai 2014

l'art de dire bonjour (1)

Je suis arrivé sur le quai de la ligne 14 dans la station de métro de Bercy à Paris en allant au travail un matin l'année dernière.  L'endroit auquel j'ai choisi de rester était là où il fallait être afin de se retrouver en face de l'escalier mécanique dans la station à laquelle j'allais descendre.  Tout près, une femme qui devait être quadragénaire ou quinquagénaire attendait aussi.  Le métro est venu peu après, et nous sommes entrés tous les deux à travers les mêmes portes glissantes.  Lors de la fermeture de celles-ci, j'ai tourné vers la dame et je lui ai dit "Bonjour".  Elle m'a regardé et elle m'a dit "Bonjour" en retour.  Sa réponse était claire quoique timide, et elle avait une expression sur le visage qui évoquait un peu la confusion.  Elle a jeté des coups d'oeil sur moi, et j'ai commencé à me sentir mal à l'aise.  Puis elle s'est rapprochée de moi et a demandé : "On se connaît ?"  Calmement, j'ai répondu "Non".  Elle avait l'air toujours perplexe et j'ai imaginé qu'elle cherchait une explication sans vouloir m'en demander une.  Je ne pouvais plus tolérer la situation, alors j'ai décidé de la dénouer en rassurant la dame avec un "C'est comme ça."  Elle a laissé s'échapper un sourire.  Je n'étais plus mal à l'aise.  En fait, j'étais content.

Le bon vieux "Bonjour".  Crois-moi, ce mot est magique.  Le dire est clairement l'une des interactions les plus simples et les plus socialement acceptables qu'on peut avoir avec quasiment n'importe qui.  Et je pense que beaucoup de gens ne s'en rendent pas compte.  Parfois, nous avons tendance à attendre que les autres nous disent bonjour avant que nous décidions de rendre la pareille.  Quand ils le font, nous les saluons de façon similaire et nous devenons souvent plus agréables envers eux.  S'ils ne répondent pas à notre attente, nous risquons d'éprouver du ressentiment, nous disant des choses comme "Il ne m'a même pas dit bonjour !"  Pour moi, ces attitudes reflètent la valeur de dire bonjour, pas seulement aux gens que nous connaissons, mais à n'importe qui autour de nous.  Il va sans dire que c'est une étape initiale quand on veut reconnaître quelqu'un ou établir le contact avec quelqu'un, même si pour 30 secondes.  De plus, j'y ai trouvé parfois un moyen simple et efficace de désarmer ou d'apaiser des personnes que je peux percevoir au début comme dangereuses ou méfiantes.  En disant bonjour régulièrement à ces personnes, j'ai vu que ma perception devenir plus neutre, me laissant conclure que je les avais jugées car je ne les connaissais pas suffisamment bien.  En effet, à chaque fois qu'on tente d'entrer en contact avec quelqu'un, qu'on la connaisse ou pas, on s'expose au risque du rejet.  Mais quel est le pire qu'une personne puisse te faire quand tu lui dis bonjour ?  Je suppose que soit elle t'ignorerait, soit elle ferait un geste de désapprobation inoffensif vers toi.  En tout cas, toute déception ressentie après ce genre de réaction est éphémère surtout si tu considères qu'il y a probablement quelqu'un d'autre pas loin qui est prêt à répondre plus favorablement à tes bonjours.  Par ailleurs, de telles expériences de déception peuvent être très bien tolérées si les bonjours sont donnés avec de la joie d'une manière généreuse, puisque la plupart des gens répondent à la joie avec de la joie.  En plus de leur joie est celle que tu peux te donner en faisant du cadeau de "Bonjour" un art à pratiquer régulièrement.

Par exemple, tu peux dire "Bonjour" :

Dans ma propre expérience, dire "Bonjour" me permet de m'ouvrir plus.  C'est génial quand le destinataire renvoie le bonjour, car ça peut faire avancer l'interaction.  Cependant, comme c'est le fait de m'ouvrir qui importe plus, je ne dépends pas trop de la réaction du destinataire.  Ayant donné le cadeau du bonjour d'une façon que je trouve intéressante est suffisamment gratifiant.  Et bien naturellement, il y a une opération consacrée à dire bonjour, convenablement appelée Bonjour.  Peut-être que c'était naturel aussi que ce soit le précurseur de toutes les opérations.

Je te laisse un petit message ci-dessous de nos amis à la RATP.

Vive le bonjour !

"1 bonjour coûte 3 fois rien, et ça change le quotidien."